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This third issue of the Gazette Officielle contains the first part of an important abolitionist statement entitled, “Commerce des esclaves.” The author of this unsigned article describes the bill under consideration in Great Britain regarding the abolition of the international slave trade in that country and refers to the trafficking of human beings as the “most revolting and dishonorable system in any epoch of the civilized world.”

*Provenance: Britsh Library

 

(  N u m é r o   3.  )

                                                                                                                                                           

 

GAZETTE OFFICIELLE

d e

L’ É T A T   D ’ H A Y T I,

 

Du  J e u d i   21  Mai  1807 , l’an quatrième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple , à son tour , a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

                                                                                                                        

 

P A R L E M E N T   I M P É R I A L.

C  h  a  m  b  r  e    d  e  s    P  a  i  r  s.

                  Séance du 5 Février.

C o m m e r c e    d e s   E s c l a v e s.

 

Nous allons donner, conformément à notre promesse , la substance des discours prononcés dans cette séance , tant à l’appui du bill portant abolition du commerce des esclaves qu’en opposition à cette mesure. On va voir qu’une circonstance , qui tient à l’ordre intérieur de la chambre , a empêché que ce débat ne fût publié plus amplement.

Lord Grenville , en appelant l’attention de Leurs Seigneuries sur l’important sujet du bill , se trouvait dans la nécessité de leur retracer des objets parfaitement connus d’elles , et des argumens que de plus habiles orateurs que lui avaient déjà fait valoir ; mais il valait encore mieux les répéter , que de rien omettre de ce qui pouvait jeter de la lumière sur cette grande question. Il allait donc rappeler les grands principes sur lesquels elle reposait. Suivant cette opinion, l’abolition du commerce des esclaves était indispensable pour la sécurité de l’Empire britannique , qui n’avait en que trop de part dans ce trafic , non moins pernicieux qu’immoral.

Nous avions donné notre sanction et notre appui au système le plus révoltant qui jamais eût déshonoré aucune époque du monde civilisé ; et lorsqu’il aurait prouvé cela à la chambre , il croirait avoir fait tout ce qui était nécessaire. Les conseils qui avaient été entendus à la barre , avaient beaucoup appuyé sur le tort que l’abolition du commerce des esclaves en Afrique ferait à des individus. C’était là un argument auquel , en sa qualité de législateur , délibérant sur une grande question nationale , qui n’embrassait pas moins l’honneur que les intérêts de son pays , il ne se croyait pas obligé de répondre ; il voulait bien cependant s’occuper de ce point , et l’examiner comme un objet de calcul. On avait dit qu’il était impossible d’entretenir la population dans les îles occidentales sans de nouvelles importations. Le contraire avait été prouvé. Pourquoi les lois de la nature seraient-elles renversées dans les Indes occidentales ? Pourquoi ce grand précepte , croissez et multipliez , serait-il rendu inefficace là , et là seulement? Que l’on me montre , a dit le noble Lord , un pays où la population décroît , et je

 

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me charge de démontrer que ce déchet provient de quelque autre cause que l’influence du climat, et d’une cause morale plutôt que d’une cause physique. Si donc il y a eu un déclin rapide dans la population de quelques îles occidentales , j’ose dire que c’est parce que les classes ouvrières ont été surchargées de travail. Le planteur qui n’y réside pas , ne peut juger que d’après les comptes qui lui sont rendus , si les esclaves ont été surchargés ; et lorsqu’il s’en aperçoit , il est trop tard pour empêcher cet abus et même pour y remédier ; mais loin qu’il y ait aucune diminution dans la population de nos colonies occidentales , le contraire a été constaté. Depuis quatorze et même depuis vingt ans ce sujet a été examiné dans tous ses détails et habilement approfondi par le plus grand calculateur politique que ce pays-ci ou tout autre ait jamais produit ; je veux dire feu M. Pitt ; et il a prouvé à la chambre des communes , d’après les aveux des planteurs et d’autres renseignemens , que quoique la population eût décliné , à des époques antérieures , dans l’île de la Jamaïque , cependant ce déclin était devenu moindre à mesure que l’on se rapprochait du temps actuel , et cela dans les proportions successives de trois et demi , deux et demi , un et trois quarts , et enfin moins d’un pour cent ; il a fait voir que les allégations des planteurs , au sujet du dépérissement de la population étaient mal fondées , et qu’elles étaient moins le fruit de leur ignorance , que de leur négligence à prendre des informations sur ce fait. Depuis 1778 jusqu’a présent , en prenant le taux moyen des trois dernières années , il n’y a pas eu de diminution , ou du moins , s’il y en a eu , elle est si faible , qu’elle ne vaut pas la peine d’être citée. Ce calcul s’applique à la Jamaïque , et le résultat en a été le même à la Dominique. On dit que si l’importation des nègres est prohibée , l’ancienne population ne suffira pas pour entretenir la culture. Je suis persuadé du contraire. Je suis convaincu que toutes les parties des anciennes îles qui sont maintenant cultivées , peuvent continuer à l’être sans qu’il soit nécessaire de tirer de nouveaux nègres d’Afrique. Pourquoi donc fait-on tant d’efforts pour la continuation de ce commerce ? c’est pour rendre les parties inclutes aussi productives que celles qui sont en culture, ce qui donnerait maintenant beaucoup d’embarras au planteur , et finirait par le ruiner. S’il a aujourd’hui à lutter contre effets fâcheux d’une grande baisse dans le prix de l’article qu’il cultive , baisse qu’il faut imputer en grande partie au défrichement de nouvelles terres , il est évident que ses embarras s’accroîtront d’avantage si on lui fournit le moyens d’en diminuer encore le prix. Où serait donc la politique de l’encourager à importer de nouveaux esclaves , pour le mettre en état de soutenir une rivalité destructive , lorsque le succès même doit entraîner sa ruine ? Ainsi donc , en considérant la question dans ses détails et sous le rapport de la perte au gain , ju puis prouver que ce commerce finirait par ruiner les planteurs , et conséquemment compromettre la sécurité de l’Empire. On dit que lorsque toutes les terres en friche seront cultivées , alors il sera temps de mettre fin à ce commerce. Mais a t-on calculé combien de temps il faudrait pour importer le nombre d’esclaves nécessaire pour faire ces défrichemens. Non , car on ne raisonnerait pas ainsi. Suivant le cours actuel de l’importation , il ne faudrait pas moins que deux ou trois siècles pour importer assez d’esclaves dans l’île de la Jamaïque , pour défricher toutes les parties incultes. La même opération exigerait le même temps à la Trinidad ; et dans chacune de ces deux îles un million de nouveaux esclaves serait nécessaire. Ainsi il faudrait que deux millions d’africains fussent arrachés à leurs familles , pour être

 

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condamnés à mener une vie misérable , dans une condition pire que la mort même. Tel est cependant le but des demandes que la législature de l’île de la Jamaïque fait à la chambre des pairs. Mais je me flatte que le moment de l’abolition de cet infâme trafic est enfin arrivé , et que cette législature et les propriétaires sont parvenus à un point fixe.

Le noble Lord a répondu ensuite à plusieurs objections , et entr’autres à celle que l’on tirait de l’état actuel de Saint-Domingue , et du danger d’une insurrection semblable à celle qui avait fini par mettre cette île dans la possession des nègres. Il a soutenu que cet exemple même militait puissamment en faveur de l’abolition immédiate du trafic des esclaves. Les insurrections , suivant M. Long , qui a écrit l’histoire de la Jamaïque , et qui était planteur lui-même , avaient toujours eu pour instigateurs des nègres nouvellement importés. Les nègres créoles , qui étaient en quelque sorte introduits dans les familles , restaient attachés à leurs maîtres , tandis que les nègres africains , excités par leur ressentiment et exaspérés par leurs souffrances , se révoltaient. A la vérité , dans les scènes qui avaient eu lieu à Saint-Domingue , les nouveaux nègres n’étaient pas les principaux acteurs ; mais si l’on examinait la vraie cause des insurrections qui avaient désolé cette île , on reconnaîtrait qu’elles n’avaient pas eu pour origine l’émancipation de nègres , ainsi qu’on l’avait faussement supposé , mais la plus scandaleuse infraction des engagemens pris avec eux , et le retrait inhumain de la liberté qui leur avait été accordée. Le véritable moyen de prévenir les insurrections dans nos îles , était de se concilier l’amitié des nègres qui y étaient actuellement ; et il espérait que le parlement britannique le ferait, en mettant les planteurs dans la nécessité de bien traiter leurs esclaves.

La suite au Numéro prochain.

                                                                                               

O R D R E   D U   C O N S E I L.

Instructions additionnelles aux commandans de nos vaisseaux de guerres et corsaires , données à notre cour de Saint-James , le 11 Février 1807 , dans la 47eme année de notre règne.

Notre volonté et bon plaisir est que tous les navires britanniques , expédiés de quelqu’un de nos ports de notre Royaume-Uni pour Buenos-Ayres et la Rivière de la Plata , aient la faculté de procéder et se rendre , sans interruption , à tout port de l’île de Saint-Domingue , qui ne sera pas dans la possession immédiate ou dans la dépendance de la France et de l’Espagne , pour y disposer de leurs cargaisons, en charger les denrées en retour , et rapporter ces denrées dans les ports de notre Royaume-Uni , ou d’embarquer leurs cargaisons à bord de vaisseaux neutres , pour les envoyer vendre dans quelque colonie ennemie , et en faire le retour à bord des navires neutres dans les ports de notre Royaume-Uni.

Par ordre de Sa Majesté ,

Signé   S P E N C E R.

                                                                                                                                                           

 

E T A T   D ’ H A Y T I.

                          

P R O C L A M A T I O N.

A U

P E U P L E   ET   A   L’ A R M É E.

Le masque est levé ! Ils sont à découverts maintenant ces hommes qui , aveuglés par l’ambition et la soif des richesses , veulent , pour satisfaire leurs vicieux penchans , détruire la tranquillité de notre pays et sacrifier la liberté de nos frères.

Il n’est donc que trop vrai que ces projets qui , depuis long – temps étaient dirigés dans le silence , projets dont j’ai toujours été instruit , et qu’il me répugnait de croire , viennent enfin d’éclater. L’on ne dissimule plus la volonté de s’emparer de l’autorité suprême , de bouleverser l’Etat et de se rendre maître des finances.

 

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Petion , Bonnet , Domecq , Lys , les deux Blanchet , Canon , et quelques autres de leurs vils complices , au mépris de tout ce qu’il y a de sacré parmi les hommes , veulent rallumer la guerre civile dans le sein de notre patrie , et verser le sang de nos concitoyens pour satisfaire leurs infâmes passions. Ils ont trahis la confiance que j’avais eu de placer au milieu d’eux l’assemblée d’Haïti , et veulent maîtriser ses délibérations.

Ils ont retardés l’installation de cette assemblée , pour avoir le temps de la circonvenir , afin de lui dicter une constitution odieuse , et faite uniquement pour enchaîner le peuple aux pieds de leur puissance. Ils se destinent déjà les places à leur convenance , et partagent d’avance la fortune de l’Etat. Pour mieux étouffer le vœu des députés des paroisses du Nord et de la première division de l’Ouest , ils les ont environnés d’une force militaire , pour tâcher d’arracher leurs suffrages. La 3e demi-brigade , la 11e , la 12e et la 13e , venant de Jacmel , remplissent en foule les rues du Port-au-Prince , et offrent , aux yeux des législateurs intimides , l’appareil et le tumulte d’un camp. On les menace journellement de les conduire à Léogane , s’ils ne consentent à signer leur honte et leur déshonneur ; et de les garder comme ôtages , en cas que leurs communes refusent de sanctionner la constitution infâme qu’on leur prépare. Enfin la situation de ces deputés n’est autre chose que celle de veritables prisonniers gardes à vue.

Ils font des menaces de marcher , les armes à la main , sur les paisibles habitans des campagnes , qui chérissent assez leur liberté pour ne pas vouloir se soumettre au nouvel esclavage qui leur est preparé. Ils ont , par la terreur , ou par d’autres instigations , engagés les habitans de Saint-Marc et de l’Arcahaye , à déserter leurs foyers et à se réunir à leurs bandes séditieuses.

Des renseignemens sûrs ne nous permettent plus de douter de leurs intentions hostiles ; ils enlèvent les bras de la culture pour recruter leurs brigades. Des compagnies d’artillerie se forment , et sont exercées sans aucun relâche , et l’on monte avec activité de compagnies nombreuses de cavalerie ; l’on fait de toutes parts des préparatifs de guerre. Enfin l’étendard de la révolte est levé !

Habitans et cultivateurs paisibles , soldats , qui avez versé votre sang pour la liberté , dont vous êtes idolâtres , et qui avez les armes en main pour sa défense , ralliez-vous à ma voix ! Des sacrilèges veulent porter sur elle une main destructive , et veulent vous rejetter dans les fers , d’où tant d’efforts nous ont tirés. Il est temps de mettre fin à leurs attentats et de détruire leurs complots ! Votre salut , celui de l’Etat , mon propre devoir , me commandent de prendre les mesures nécessaires pour le maintien du bon ordre. J’ai patienté autant qu’il m’a été possible ; j’ai souffert tout ce que l’honneur et le bien le notre patrie m’ont permis de tolérer ; mais je serais coupable , devant Dieu et les hommes , si j’avais la faiblesse de permettre plus long-temps le cours de tant d’atrocites ; je serai coupable devant ma propre conscience , si je vous laissais exposes d’avantage à la merci de leur perfidie.

Je déclare , à la face de l’Univers entier , que ce n’est point la couleur que je poursuis ; les factieux , les intrigans , ceux qui cherchent à troubler le bon ordre ; voilà les ennemis qu’il nous faut extirper ! Hommes  paisibles de toutes les couleurs , pères de familles , qui aimez votre bonheur , réunissez – vous contre les perturbateurs de notre tranquillité ! Vous , vos familles et vos propriétés seront respectées et protégées au milieu de tous les événemens que les circonstances pourront faire naître. Mais autant je vous garantirai contre tous les malheurs qu’attirent les scélérats que je vous dévoile , autant je les poursuivrai avec opiniâtreté , s’ils ne veulent point abjurer les affreux principes qu’ils osent professer. Qu’ils tremblent de tous les maux qui vont fourmiller autour d’eux ! Qu’ils tremblent de songer aux moyens que j’ai en main de les confondre ! Qu’ils réfléchissent sur les conséquences terribles de la guerre civile , qu’ils me mettent dans la nécessité cruelle d’entreprendre.

Donné au Cap , le 24 Novembre 1806 , l’an trois de l’indépendance.

Le Chef du Gouvernement d’Haïti ,

H E N R Y   C H R I S T O P H E.

Par Son Excellence ,

Le Secrétaire du Gouvernement ,

R o u a n e z   jeune.

                                                                                                                                                           

Au Cap , chez P. R o u x , imprimeur de l’Etat.