About This Publication

This issue is mostly devoted to international news, and more specifically, France’s war with Russia. The end of issue number six also contains the prices of the most popular commodities in the country, such as coffee, sugar, cocoa, cotton, indigo, and more.

*Provenance: British Library

 

(  N u m é r o   6.  )

                                                                                                                                                           

 

GAZETTE OFFICIELLE

d e

L’ É T A T   D ’ H A Y T I,

 

Du  J e u d i   11  Juin  1807 , l’an quatrième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple , à son tour , a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

                                                                                                                       

 

V  A  R  I  É  T  É.

Avantages de la Russie dans la Guerre

                   contre la France.

CE pamphlet est fort à distinguer de la foule de ceux qui paraissent journellement sur les affaires du temps ; et la nature du sujet et la manière dont il est traité , et la conjoncture actuelle , lui donnent un triple intérêt. Il était écrit et même il a éte imprimé , avant que nous eussions reçu officiellement la nouvelle des avantages signalés , que les russes ont remportés sur les français à l’ouverture de cette guerre. Ainsi les opinions de l’auteur ont partagé en quelque sorte les triomphes qu’il avait anticipés.

Le grand objet de cette publication est de détruire l’impression qu’ont pu faire quelques écrivains alarmistes , qui , stupéfiés par le fracas et la jactance qui distinguent les bulletins français , prennent pour articles de leur foi les louanges que Napoléon s’accorde et les mépris outrageans qu’il verse à pleines mains sur ses ennemis. Ces écrivains posent , en principe incontestable , que la Russie ne peut pas se mesurer contre la France , parce que les victoires que les troupes russes ont obtenues dans le siècle dernier sur des peuples barbares , elles ne les auraient pas remportées sur des nations européennes , et à plus forte raison sur la grande armée. C’est à combattre cette fausse idée qu’il s’applique d’abord. Après avoir exposé dans une courte introduction , que dans la situation critique actuelle des affaires , la Russie est la seule puissance du continent sur laquelle repose l’espoir de délivrer le monde du joug de la tyrannie et de l’oppression des français ; que l’on ne peut croire une telle entreprise au-dessus de ses forces , sans ignorer complétement l’étendue prodigieuse de ses ressources intérieures ; et que douter des dispositions de son auguste souverain à tenter cette entreprise , serait un acte manifeste d’ingratitude envers un prince dont les efforts magnanimes et les sacrifices généreux pour la cause commune , doivent attirer l’admiration , le respect et la reconnaissance de toute l’Europe ; il entre en matière.

Pour prouver que le militaire russe n’est inférieur à aucun autre en Europe , il cite le témoignage du Grand Frédéric , qui avoue , dans l’histoire de son temps , que l’infanterie russe est la première infanterie du monde , que son artillerie est terrible ,

 

 

 

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que sa cavalerie est formée comme par enchantement ; enfin que ses soldats , bien conduits , sont invincibles. Il entre ensuite dans le détail des guerres que la Russie a eu à soutenir depuis un siècle.  Il fait voir que la Turquie n’est tombée dans son état actuel d’affaissement , que par les effets continus de la valeur russe , qui seule était capable de contenir et de réduire une puissance qui , antérieurement , avait ébranlé jusques dans leurs fondemens tous les trônes de l’Europe. Il montre ensuite la Russie luttant avec même succès contre les armées régulières et le militaire le plus habile et le plus parfait en discipline de l’Europe.  Etait – ce un barbare , dit -il , que cet héroïque descendant de Gustave , Charles XII , dont les armes victorieuses avaient fait sentir leur influence jusqu’aux extrémités de l’Europe , et dont la carrière rapide et brillante avait rempli l’Univers d’étonnement et de terreur. Cependant la Russie , qui était encore dans son enfance , s’opposa à cette marche triomphante ; elle y mit un terme et vainquit ce fameux conquérant ? Etait-ce aussi un barbare que ce Grand Frédéric , l’honneur de la maison de Brandebourg , l’idole et le sauveur de son pays , le vainqueur de la France et de l’Autriche ? Etait-ce une armée de barbares qu’il commandait ? Et cependant ce héros qui , avec une poignée de monde , avait dispersé les armées les plus formidables coalisées contre lui , fut arrête à forces égales par les russes seuls. L’homme qui avait résisté aux efforts réunis des plus puissans Etats de l’Europe , éprouva plus d’une fois les effets de la valeur indomptable et de l’excellente discipline des russes.

Des guerres qui ont honoré les armes russes au commencement et au milieu de ce siècle , l’auteur arrive à l’époque où la révolution française , portant au-dehors le feu qui la consumait intérieurement , dévorait tous les Etats voisins , grâce à la ligue criminelle qu’un de ces Etats avait formée avec les parvenus et les assassins , pour partager le fruit de leurs rapines. A cette époque , dit-il , on implora les secours de la Russie , comme la seule puissance capable d’arrêter le torrent qui menaçait dès-lors de tout engloutir.

Il suppose ici dans le cœur de quelques généraux et de quelques membres du cabinet autrichien , des sentimens si vils et si bas , que nous serions aussi honteux de répéter ses opinions à cet égard , que malheureux de les partager. Nous préférons retracer le tableau qu’il fait de la marche rapide et toujours victorieuse de Suwarow.

« Précédé par la renommée , conduit par la gloire , illustré par une suite brillante de victoires, et respecté par le temps l’immortel , l’invincible Suwarow parut sur l’immense théâtre de la guerre. Ses pas devançaient les vents ; son armée semblait portée sur des ailes. Chaque boulevard, opposé à ses progrès rapides et impétueux , était renversé , détruit , arraché ; armées sur armées étaient balayées ; et les terribles chefs , instrumens des hordes effrénées qui se vautraient dans le sang , ces fameux enthousiastes du crime et du pillage , qui faisaient trembler les nations , ces géans qui s’étaient créés eux-mêmes ; et qui , révoltés contre Dieu et les hommes, menaçaient de couvrir le monde de ruines, tombaient devant lui , comme la forêt devant l’ouragan furieux. Les Macdonald , les Joubert , les Moreau , les plus célèbres défenseurs de cette effroyable république , sentirent successivement combien il était difficile de résister à la force de son bras vigoureux ».

Le passage du St. Gothard par Suwarow, les difficultés inouïes qu’il eut à surmonter, soit de la nature du pays , soit de l’opposition de l’ennemi , soit de l’ingratitude , de la jalousie et de la duplicité de ceux qui auraient dû être ses amis et qui étaient ses rivaux , lui fournissent des tableaux non

 

 

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moins vigoureux que celui qui précède. Ce passage , d’Italie en Suisse , marqué presque à chaque pas par une victoire , lui parait l’époque la plus brillante de la gloire personnelle du héros russe; la page la plus glorieuse des annales de la Russie ; un fait d’armes si prodigieux , que , pour être balancé par la France , il exigera de ses guerriers des travaux d’Hercule.

« La balance en faveur de la Russie , paraîtra encore plus forte , ajoute-t-il , si l’on y joint les affaires d’une moindre importance , qui toutes ont été décidément en faveur des russes ; telles que la défaite des français à Krems , et la brillante affaire de l’élève de Suwarow , le prince Bagration , qui , avec six mille hommes , se fit jour au travers de 30 mille , presque sous les yeux de Bonaparte. Ces actions , dit-il , suffisent et au – delà pour compenser les défaites de Zurich et de Hollande , où , dans l’une , les russes étaient inférieurs de moitié , et où , dans l’autre , ils ne formaient qu’une très-petite partie des troupes employées à cette malheureuse expédition.

» Quant à l’issue de la bataille d’Austerlitz , dit-il , on ne peut l’appeler une défaite , que faute de termes propres pour la qualifier. On pourrait à plus juste titre l’appeler « un fort beau présent fait par le cabinet d’Autriche à l’empereur des français » ; car , dans le fait , elle ne fut ni gagnée ni perdue , mais elle fut donnée respectueusement à Bonaparte avant d’être décidée.      »          Ce qui constitue , dit-il , une défaite , c’est lorsqu’une armée cherche sa sûreté ou dans la fuite , ou en se soumettant aux conditions exigées par le vainqueur ; c’est lorsqu’elle est entièrement dispersée , mise en déroute , ou qu’elle court le risque d’être prise ; mais ce ne fut point là le cas avec les russes à la journée d’Austerlitz ; ils restèrent ensemble , en bon ordre , et à très-peu de distance du champ de bataille , en face du prétendu vainqueur. Bonaparte , loin de les poursuivre , ne fit pas un seul pas en avant. Les officiers russes , faits prisonniers pendant la bataille , ont déclaré , sur leur parole d’honneur , que les troupes françaises n’auraient pas pu tenir un quart d’heure de plus , et qu’il ne fallut pas moins que la terreur que leur inspirait Bonaparte , pour les faire résister aux violentes attaques des russes. Pour être défait , il faut être mis hors d’état de combattre. En était-il ainsi du côté des russes ? Non ; ils étaient prêts à recommencer le combat le lendemain ; Kutusof en pressait même l’empereur Alexandre , lorsque tout-à-coup une espèce de souffle pestilentiel vint paralyser leurs bras. La paix avait été signée pendant la nuit. Or , privés de la coopération de l’Autriche , dont ils n’étaient que les auxiliaires , force leur fut de se retirer. Il faudrait être idiot , pour croire que la sûreté de la retraite de l’armée russe ait été due à la clémence et à la générosité sans bornes d’un homme tel que le tyran actuel de la France. Sa générosité , en pareil cas , ressemble beaucoup à celle du loup , qui laisse passer les moutons sans les molester , et qui ne voudrait , pour rien au monde , faire du mal à ces innocentes créatures en présence du dogue qui lui montre les dents. Si un seul des généraux de Bonaparte avait laissé échapper impunément l’empereur Alexandre , il l’aurait fait fusiller sans miséricorde. A plus forte raison , s’il laissa  échapper lui-même son terrible rival, il avait de toutes autres raisons de le faire , que celles dont il fait un pompeux étalage dans ses Moniteurs. L’empereur Alexandre se retira du champ de bataille que l’Autriche désertait , non-seulement sans faire la paix , mais même sans vouloir en écouter aucune proposition. Une semblable marque de mépris aurait suffi à Bonaparte , au généreux et à l’indulgent Bonaparte , pour renoncer à sa clémence , et pour prononcer une sentence d’extermination

 

 

 

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contre ces pauvres russes , s’il avait été seulement en état de les poursuivre.

» Mais bien loin d’être en cet état , bien loin d’être sur un lit de roses, il était au contraire sur le bord d’un abîme. Sa grande armée était absolument en l’air , en proie à la disette et à la maladie ; ses hôpitaux encombrés de blessés ; il avançait de tout côté des renforts aux troupes russes ; les prussiens étaient sur ses derrières ; l’archiduc Ferdinand , qui venait de remporter une victoire importante sur les bavarois , était entre lui et la France ; l’archiduc Charles , à la tête de 90 mille hommes , était déjà aux portes de Vienne. Le fier Napoléon était au milieu des dangers les plus imminens un trait de plume le sauva. Quelques taches d’encre le firent vainqueur , là où quelques semaines plus tard il courait risque d’être anéanti. Une espèce de fantasmagorie , suscitée par Talleyrand Périgord , effraya un ministère qui avait déjà le cochemar [sic] , et produisit un effet que la terrible réalité de l’épée n’eut jamais pu produire ».

Après avoir ainsi prouvé qu’il n’est aucun Etat civilisé de l’Europe auquel la Russie ne soit égale sous le point de vue militaire , l’auteur observe que si elle n’a pu , comme la France , porser ses armes au loin , c’est que sa morale politique , les principes d’honneur qui dirigent son gouvernement , ne lui permettent pas de violer , comme la France , le droit des gens et les propriétés de ses alliés. Son revenu s’oppose à ce qu’elle déploie au loin toute l’étendue de ses forces ; mais aujourd’hui il n’existe plus de barrière entre elle et la France ; c’est sur sa propre frontière quelle va maintenant développer tous ses efforts, et se mesurer avec son ennemi à force égale. Le moment décisif est venu. Le génie de la France l’a enfin mise en contact immédiat avec les russes ; il doit aujourd’hui l’abandonner pour jamais ou l’élever à une hauteur inaccessible à toute puissance humaine.

Une circonstance qui forme en ce moment un des avantages de la Russie , c’est qu’elle ne combat plus comme auxiliaire dans une coalition composée d’élémens hétérogènes et de principes discordans; elle se bat actuellement comme partie principale , pro aris et focis. A ce sujet , l’auteur examine les inconvéniens des coalitions les plus formidables en apparence , et il fait voir qu’elles n’ont jamais réussi , momentanément , que lorsqu’elles ont eu à leur tête des hommes d’un caractère extraordinaire , tels que le duc de Marlborough, ou Suwarow ; mais en général elles portent toutes en elles-mêmes le principe de leur dissolution ; tandis qu’un Etat , réduit à faire face à une mutitude d’ennemis conjurés , tend tons ses ressorts , concentre toutes ses facultés morales et physiques , ne songe qu’à un seul objet , profite de toutes les fautes , de toutes les négligences et de toutes les jalousies de ses ennemis, et finit par les vaincre ou les détacher tous les uns après les autres , ainsi que le fit le Grand Frédéric , lorsqu’on le vit , avec moins de 80 mille de hommes , tenir tête glorieusement à 700 mille ennemis coalisés.

La suite au Numéro prochain.

                                                     

P r i x   d e s   D e n r é e s.

Café .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .      25 sous la livre.

Sucre terré .  .  .  .  .  .  .  .  .     18 gourdes le cent.

brut .  .  .  .  .  .  .  .  .       8 gourdes le cent.

Cacao  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .      13 sous la livre.

Coton  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .      14 gourdes le cent.

Indigo .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .        1 gourde la liv.

Sirop ou Molasse  .  .  .  .  .   2 gourdins la velte.

Tafia.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .      50 gourdes la bar.

Cuirs de bœufs , en poils .    6 gourdins.

moutons et cabr.   3 gourdins.

tannés  .  .  .  .  .  .  .   2 g. le côté.

Écailles .  .  .  .  .  .  .  .  .  .   2 gourd. la liv.

Huile de Palma Christi .  .     1 g. et demie le galon.

Casse médecinale .  .  .  .  . 10 sous la livre.

Confitures , sèch. et liquides.  2 gourdins la livre.

                                                                                                                                                           

 

Au Cap , chez P. Roux , imprimeur de l’Etat.