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This issue contains more news from Russia and also reports on the progress of the proposed ban on the abolition of the slave trade in England. News of President Henry Christophe’s return to Cap rounds out the periodical.

*Provenance: British Library

 

(  N u m é r o   8.  )

                                                                                                                                                           

 

GAZETTE OFFICIELLE

d e

L’ É T A T   D ’ H A Y T I,

 

Du  J e u d i   25  Juin  1807 , l’an quatrième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple , à son tour , a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

                                                                                                                       

 

              Fin du Résumé politique.

LA lettre que le général Beningsen écrivit au roi de Prusse , le lendemain de cette attaque , servira à donner la mesure du prétendu succès des français , quoiqu’il n’y dise pas tout.

Lettre du général Beningsen à S. M. le Roi de Prusse , rendant compte de la Bataille

   du 26 Décembre.

« J’ai l’honneur d’informer respectueusement Votre Majesté , que je suis parvenu à repousser l’ennemi , qui m’attaqua hier matin , sur tous les points , auprès de Pultusk. L’attaque principale fut dirigée par le général Soucher , à la tête de 15 mille hommes , contre mon aile gauche , près Farmgurka , avec l’intention de se mettre en possession de cette ville. Je n’avais de ce côté que cinq mille hommes , sous le général Bagonaut , à opposer à l’ennemi ; ils se défendirent bravement , jusqu’à ce que j’y envoyasse un renfort de trois bataillons de réserve , et bientôt après trois bataillons de plus avec le général Tolstoy , au moyen de quoi l’aile droite des français fut totalement défaite. La seconde attaque, également vive , eut lieu contre ma droite , où était posté le général Barkelay de Tolly avec l’avant-garde. Cette aile s’étendait le long de la route de Stzegocyn , jusqu’à un petit bois , où j’avais placé une batterie masquée , que l’ennemi essaya de tourner. Je fis en conséquence un mouvement en arrière sur sa droite ; et ce mouvement réussit , au point que non-seulement je fis échouer le dessein de l’ennemi , mais même que je parvins à renforcer le corps du général de Tolly de trois bataillons , de dix escadrons et d’un train d’artillerie. L’ennemi fut repoussé et forcé de se retirer du bois. L’attaque commença à onze heures du matin et ne se termina qu’à la nuit. D’après le rapport unanime des prisonniers , j’ai eu affaire à MM. Murat , Davouest et Lannes , dont les corps d’armée réunis faisaient plus de 50 mille hommes. Ils en ont perdu environ cinq mille de leur propre aveu.

» Toutes mes troupes ont combattu avec la plus grande valeur. Les généraux Osterman , Tolstoy , Barkelay de Tolly , prince Dolgorouki , Bagonaut , Sommot et Sitoff , se sont distingués particulièrement , ainsi que les colonels Davidnoffski et Goudoff.

» Le feld maréchald Kameskoi était parti de Pultusk pour Ostrolenka , dans la

 

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matinée du 26 , avant l’attaque , et m’avait laissé le commandement , de manière que j’ai eu la bonne fortune de commander seul dans cette affaire , et de battre l’ennemi.

» J’ai à regretter , que le secours , longtemps attendu , du général Buxhofden , ne fût pas arrivé , quoiqu’il ne fût qu’à deux milles allemands de distance , et même qu’il eût fait halte à moitié chemin. Sans cela , j’aurais pu suivre ma victoire. J’ai de plus à regretter que le manque total de provisions et de fourrage m’oblige de me retirer avec mon corps à Rozaw. L’ennemi ne m’a pas inquiété dans ma retraite.

» Rozaw , le 27 Décembre 1806.

«  B e n i n s e n  ».

                                                           

De Londres , le 28 Février.

P i è c e s  relatives à l’abolition de la Traite des Nègres , communiquées au Parlement.

Extrait d’une dépêche du comte de Yarmouth à M. Fox , datée de Paris le 1er Juillet 1806 , et

   reçue le 4.

« J’ai remis , à M. de Talleyrand ,  une copie des adresses présentées à Sa Majesté pour l’abolition de la traite de nègres. Après les avoir lues , il me dit qu’il ne pouvait recevoir la communication d’une personne qui n’a point de caractère officiel ; mais que je pouvais vous dire que , sous le point de vue général de la question , la France avait le mêmes sentimens , et formait les mêmes vœux que la Grande-Bretagne ; que , cependant , on ne donnerait point de réponse décisive , jusqu’à ce qu’on eût examiné les intérêts des colonies françaises , ce qui prendrait du temps , la question étant toute nouvelle pour eux».

Extrait d’une dépêche de M. Fox au comte de Yarmouth , datée de Downing Street , le 5 Juillet 1806.

      « Si la discussion continue , Votre Seigneurie profitera de la première occasion favorable pour revenir sur l’objet des adresses des deux chambres du parlement , relatives à la traite des nègres , représentera fortement qu’on ne doit pas perdre l’occasion d’effectuer , par la coopération de la Grande-Bretagne et de la France , l’accomplissement d’une mesure aussi honorable pour les deux pays , et aussi intéressante pour l’humanité ».

Extrait d’une dépêche du comte de Yarmouth à M. Fox , datée de Paris le 9 Juillet 1806 , et reçue le 12.

« J’ai demandé à M. de Talleyrand si je devais demander des instructions qui m’autorisassent à traiter avec la France pour l’abolition de la traite des nègres. Il me répondit que l’empereur discuterait ce point lorsque ceux d’une plus grande importance seraient ajustés».

Extrait d’une dépêche du comte de Yarmouth à M. Fox , datée de Paris le 24 Juillet 1806 , et reçue le 28.

« J’ai ensuite parlé de la traite des nègres. Le général Clarke m’assura que l’empereur entrairait en discussion sur ce point aussitôt que la paix serait signée; mais que cet objet ne pouvait faire un article du traité , parce que la question n’avait pas été encore assez mûrement examinée ».

                                                           

De la situation présente de Bonaparte.

On se rappelle qu’à l’époque où la Prusse, vaincue , abandonnait le nord de l’Allemagne au joug insupportable qui pesait sur le midi de l’Europe , nous osâmes présager que l’immense éxtention des conquêtes de Bonaparte et la nécessité où il allait se trouver de faire la guerre , en Pologne , pendant une saison rigoureuse , pouvaient lui présenter des obstacles plus redoutables que ceux qu’il avait eu jusqu’alors à surmonter. Nous envisageâmes ses rapides succès contre l’armée prussienne , comme l’effet inévitable des fautes commises par le cabinet de Berlin , et voyant l’usurpateur prêt à rencontrer les

 

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armées russes , nous nous flattâmes d’être enfin arrivés à l’époque où le Ciel prouverait au monde que c’est à justice et au désintéressement de mettre un terme à la carrière du crime et du brigandage. Nos conjectures commencent à se réaliser. Ceux qui , après la bataille de Jena et les dèsastres subséquens des différens corps prussiens , ne voient plus d’espérances à concevoir pour le salut de l’Europe , ouvrent aujourd’hui les yeux sur les dangers de toute espèce dont s’est environné Bonaparte , et entrevoyent l’aurore d’un temps plus heureux. Quelle que soit l’opinion qu’on se forme de l’étendue des ressources de l’usurpateur , on convient généralement que sa situation a changé depuis son étonnante et dernière victoire , qu’il n’est plus ce qu’il était avant les malheurs de la Prusse , et qu’engagé dans une entreprise téméraire , il n’a qu’un choix très périlleux à faire entre la poursuite de ses projets et leur entier abandon. L’autorité du conquérant ne paraît plus aussi solodement etablie en Allemagne ; son éloignement de la France , semble ne plus pouvoir s’accorder avec la vigilance habituelle , qui est la première obligation et le premier supplice des tyrans. Enfin les promesses faites aux polonais ont montré l’inutilité de toutes les tentatives qui auraient pour but de soulever la Pologne. Bonaparte , avant d’avoir éprouvé le courage des russes , avait déjà vu échouer plusieurs de ses desseins ; il avait déjà donné au monde le spectacle de sa haine impuissante et de son ambition trompée.

Voilà donc le résultat de ces grands succès , dont le monde a retenti ! Les rois ont été punis de leur long aveuglément ; des trônes renversés , des monarchies envahies et dévastées , dans l’espace de quelques semaines , ont tignalé la démence des politiques qui avaient transigé si longtemps avec la puissance révolutionnaire ; mais la Providence n’a point achevé son ouvrage ; il lui reste à briser l’instrument de sa vengeance , lorsque sa vengeance sera satisfaite ; il lui reste à donner l’exemple de cette chute mémorable qui doit instruire et consoler l’avenir.

La suite au Numéro prochain.

                                                                                                                                                           

E T A T   D ’ H A Y T I.

Du Cap , le 24 Juin.

Son Excellence le Président et Généralissime des forces de terre et de mer de l’Etat d’Haïti , après une absence bien courte pour les nombreux lauriers qu’elle a moissonnés ; mais beaucoup trop longue pour les habitans de cette ville , qui soupiraient après son retour , objet de leurs plus vives sollicitudes , est enfin arrivée en cette ville le 20 de ce mois. Vous eussiez vu le peuple , peu habitué à supporter sa privation , accourant en foule sur ses pas , exprimer son allégresse et sa satisfaction par des applaudissemens redoublés et le combler de bénédictions ; Son Excellence ne pouvant plus long temps suffire à l’attendrissement que lui causait ce spectacle enchanteur , s’est hâtée de se dérober à la bruyante explosion de leurs cœurs , et s’est rendue en son palais , où les corps civils , militaires , administratifs  et judiciaires , l’ont haranguée , tant en leur nom qu’en celui du peuple , et lui ont transmis fidèlement le tribut d’éloge , d’admiration et de fidélité que sa bonne ville lui adressait. La glorieuse campagne que Son Excellence vient de terminer , a donné lieu à une proclamation et à divers autres actes émanés du Gouvernement , que nous publierons incessamment. Qu’il nous suffise de dire , pour le moment , que ce Chef généreux , après avoir déclaré solennellement que les militaires de tout grade qui avaient coopéré à l’expulsion des rebelles , tant aux Gonaïves qu’à St-Marc , avaient bien mérité de la patrie , a ordonné la rentrée des troupes triomphantes dans leur garnisons

 

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respectives , et a fait une nouvelle promotion en faveur de plusieurs officiers distingués  ?

Le corsaire français le Bernadotte , capitaine Dominique , de Sant – Yago , qui , escorté d’un autre corsaire nommé la Tartare , avait pris , le 14 Mai , devant le port de Jamel , un bâtiment de Liverpool , commandé par le capitaine Robert Fraise , s’est emparé , le 28 du même mois , du bâtiment anglais le Lancaster , capitaine Georges Nicholson , lequel faisait partie du convoi tout récemment sorti de la Jamaïque pour Liverpool , et a de plus capturé , le 1er de ce mois , devant le port du Môle , le bâtiment l’Olive Branche , capitaine Thomas Nicks , sortant de la Providence.

Un malheureux événement fit échouer le corsaire le Bernadotte , le 5 du courant , vers les trois heures du matin , sur les récifs de l’Islet-aux-Bois , sous le vent de la Grange.

Aussitôt que cette nouvelle est parvenue en cette ville , par la voie d’un marin que les naufragés avaient expédié sur un radeau , porteur d’une lettre par eux adressée au Gouvernement, par laquelle ils imploraient son assistance ; S. E. le général de division Toussaint Brave a ordonné aux barges et aux caboteurs qui se trouvaient dans la rade , de voler au secours de ces malheureux. Le succès a couronné ses soins ; tous les naufragés , parmi lesquels se trouvaient les sieurs Georges Nicholson , Malville Tompson , passagers à bord de la goëlette l’Olive Branche , plusieurs matelots et mousses anglais , furent arrachés aux horreurs de cette affreuse situation , et conduits au Cap , où ils ont débarqués sains et saufs. A peine S. E. le President et Généralissime des forces de terre et de mer de l’Etat d’Haïti a-t-elle fait son entrée dans cette ville , qu’après avoir distribué à ces infortunés les secours de première nécessité , elle ordonna qu’ils fussent tous rendus à une pleine et entière liberté. Dès-lors il fut loisible aux naturels du pays qui avaient l’intention de s’y fixer , de retourner dans leurs foyers respectifs ; l’équipage anglais obtint les moyens nécessaires pour se rendre à la Jamaïque , et le Gouvernement fit délivrer , sur le champ, à tous ceux qui désiraient se rendre à Santo Domingo , des passe-ports suffisans pour assurer leur retour , avec commandement exprès à tout corsaire ou bâtiment haïtien qui pourrait les rencontrer , de les respecter , et de leur accorder , en cas de besoin , les secours dus au malheur.

                                   

P r i x   d e s   D e n r é e s.

Café .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

Sucre terré .  .  .  .  .  .  .  .  .     18 gourdes le cent.

brut .  .  .  .  .  .  .  .  .       8 gourdes le cent.

Cacao  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .      13 sous la livre.

Coton  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .      14 gourdes le cent.

Indigo .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .        1 gourde la liv.

Sirop ou Molasse  .  .  .  .  .   2 gourdins la velte.

Tafia.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .      50 gourdes la bar.

Cuirs de bœufs , en poils .    6 gourdins.

moutons et cabr.   3 gourdins.

tannés  .  .  .  .  .  .  .   2 g. le côté.

Écailles .  .  .  .  .  .  .  .  .  .   2 gourd. la liv.

Huile de Palma Christi .  .     1 g. et demie le galon.

Casse médecinale .  .  .  .  . 10 sous la livre.

Confitures , sèch. et liquides.  2 gourdins la livre.

                                                                                                                                                           

A  V  I  S     D  I  V  E  R  S.

Il a été volé , le 10 du courant , sur l’habitation Chatelin , aux Gonaïves , un Cheval , poil gris blanc ,  étampé sur la cuisse du montoir APL entrelacés , à l’épaule du même côté GV , au bas de la crinière MT , ayant un oeil couvert d’une blancheur , la queue grande , marchant l’amble. Ceux qui en auront connaissance sont priés d’en donner avis à M. Joseph Latortue , rues Saint-Louis et Taranne , No 662 , au Cap.

                                                                                                                                                           

 

Au Cap , chez P.  R o u x , imprimeur de l’Etat.