About This Publication

This issue contains the first excerpt of the émigré royalist Jean-Gabriel Peltier’s London-based L’Ambigu, ou Variétés politiques et littéraires to be published in the Gazette Officielle. Peltier’s journal was designed to refute the propaganda of pro-Bonaparte French newspapers and magazines and particularly that of Le Moniteur et le Journal de l’Empire. Eventually, Peltier would become an extremely vital component of President Henry Christophe’s efforts to obtain from England formal diplomatic recognition of Haitian independence.

*Provenance: British Library

 

(  N u m é r o   20.  )

                                                                                                                                                           

 

GAZETTE OFFICIELLE

d e

L’ É T A T   D ’ H A Y T I,

 

Du  J e u d i  17  Septembre 1807 , l’an quatrième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple , à son tour , a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

                                                                                                                   

E  T  A  T    D ’  H  A  Y  T  I.

                             

 

Suite  de  la  Réfutation  de  l’Adresse

du prétendu  S é n a t  du Port-aux-

Crimes , en date du 1er Juillet 1807.

 

« Par la Loi sur l’Agriculture , le Sénat a voulu régler les intérêts des Propriétaires nuire à

» ceux des Cultivateurs , il a voulu augmenter le nombre des Propriétaires par la facilité qu’ils

» donne aux  Cultivateurs  industrieux d’acquérir de petites Propriétés ; il n’est pas enfin une

» seule Loi du Sénat qui ne mérite la bénédiction du Peuple ».

Observation. Comment oser avancer que l’on a réussi à concilier les divers intérêts des citoyens , lorsque l’exécution est sans cesse en opposition avec l’esprit des lois : lorsque la foiblesse du gouvernement contrarie la pratique des notions écrites ? N’est-ce pas , d’ailleurs , entraver les progrès de l’agriculture et le véritable but de tout gouvernement , qui ne doit viser qu’aux moyens d’augmenter la masse de ses ressources , que de favoriser des acquisitions modiques et partielles , qui , en démembrant de vastes propriétés et en disséminant les bras , font évanouir ces résultats avantageux que l’ensemble et la réunion des forces peuvent seuls assurer à l’état et à la population agricole ? Mais doit-on s’étonner de cette opération ? C’est encore un de ces moyens perfides qu’ils ont mis en avant pour exécuter leurs infâmes projets , et la nécessité leur fait une loi de remplir religieusement leurs promesses. Il convient bien aux vampires qui s’engraissent du sang et des sueurs du peuple, de se flatter d’avoir mérité sa bénédiction ; eux qui, semblables à des limes sourdes , minent insensiblement l’édifice social !

« La Morale a été généralement rétablie depuis notre régénération ».

Observation.  Quelle morale , grands Dieux ? Et quelle régénération ? C’est ainsi que les anges rebelles , si nous ajoutons foi au célèbre Milton, après avoir outragé la divinité , osaient encore se glorifier dans un conciliabule sacrilège.

« Les malheureux Espagnols trainés en captivité ont vu essuyer leurs larmes ; il nous est

» consolant de croire que rendus au sein de leurs familles, ils adresseront, pour nous, des vœux à

 

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» l’Eternel sur les bords fortunes de l’Ozama et de l’Youne ».

Observation.  Cet acte de bienfaisance militerait sans doute en votre faveur , si les personnes dont vous parlez avaient dû ce précieux avantage à un mouvement vertueux et désintéressé ; mais s’il leur est enfin permis de revoir les bords de l’Ozama et de l’Youne , peuvent-ils en ignorer la cause ? Un sénat toujours à l’affût de quelques spéculations productives ( lors même que ses mains s’ouvrent pour répandre les bienfaits ) avait calculé que leur retour pourrait influer sur leurs camarades , les influencer et les décider à grossir le nombre des satellites de Pétion ; un sénat toujours astucieux , espérait que cette démarche aurait déterminé Ferrand à répondre favorablement à ses avances insidieuses Cessez , fourbes maudits ! de vous livrer aux illusions d’un rêve séducteur ; les espagnols renvoyés ne sont point les dupes de votre duplicité , et s’ils adressent des actions de grâces à l’Eternel , ce n’est pas pour vous qu’ils l’invoquent , ils le remercient de ce qu’il leur ait accordé de revoir leurs foyers , et de pouvoir , désormais , libres de tous soins , de tous soucis , à l’ombre paisible du bananier , la tête mollement reposée sur les genoux de leurs dulcinées, marier les accords de leurs guitares aux complaintes naïves de ces beautés champêtres.

                                                La Suite au Numéro prochain.

                                                                                                           

Du Cap , le 16 Septembre.

Dans un des Numéros de l’Ambigu , à l’article intitulé :  Anecdotes secrètes sur divers grands personnages de l’empire français , on lit , chapitre 14e , quelques données intéressantes sur le sieur Charles-Maurice de Talleyrand Perigord ; nous nous empressons de les transmettre à nos Abonnés. Qu’il me soit cependant permis de faire une petite disgression qu’inspire la singularité du sujet ?  Aux traits caractéristiques qui nous font connaître divers individus hors de notre sphère d’activité , on ne peut s’empêcher de retrouver la vivante peinture de ceux qui vivent au milieu de nous , et nous sommes forcés de nous écrier : Et nous aussi nous avons nos Talleyrand et nos Maury !…

En s’appercevant de l’analogie des ressorts qui font mouvoir dans le même sens tels et tels personnages inconnus et étrangers les uns aux autres , séparés par l’immensité des mers , on est étonné du rapprochement de leurs idées , de la conformité de leurs vices , du rapport de leurs procédés , de l’affinité de leurs mœurs et de la presque consanguinité qu’une odieuse parité d’humeurs et d’affections a établie entr’eux en dépit du sang , des distances et des élémens. Est-ce qu’un génie malfaisant , malgré les variétés et les richesses inépuisables de la nature si bien constatées à nos yeux , aurait pris plaisir à jeter dans le même moule de certaines têtes qui , à des époques déterminées , quoiqu’à des intervalles considérables , doivent épouvanter le reste des hommes de leurs monstrueuses conceptions ? ou plutôt serait-ce que les intrigans , poussés par le même instinct , dirigés vers le même but , décrivent , en s’agitant , un cercle de perfidies dont il est de leur politique et de leur essence de ne point s’écarter ? Quoiqu’il en soit de ces deux propositions hasardées , au moins demeure-t-il certain que les intrigans , les tartuffes et les égoïstes , ignoti , ignotorum haud prorsus absimiles , se trouvent dans tous les pays et sont par tout les mêmes ?

Charles – Maurice de Talleyrand Perigord , grand chambellan de l’Empereur , et ministre des relations extérieures.

« S’il est à la cour de Buonaparté un homme adroit , un courtisan rusé , un hypocrite consommé , enfin un roué dans toute l’étendue de ce terme , c’est sans doute M. de Talleyrand. Habile à saisir

 

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les moindres occasions qui peuvent lui être avantageuses , son grand art consiste à ne jamais laisser apperçevoir son habileté. M. de Talleyrand a toutes les qualités d’un homme de cour , mais il en possède tous les vices et tous les défauts ; personne n’oublie plus facilement que lui les amis qu’il avait dans l’infortune. Le poëte Chénier est celui qui l’a fait rayer de la liste des émigrés ; le poëte Chénier était presque tous les jours chez le citoyen Talleyrand , mais le poëte Chénier n’est plus rien chez le ministre des relations extérieures. Quelques personnes que M. de Talleyrand a connues dans les pays étrangers , ont eu de la peine à se faire introduire chez lui , et ont sans doute taxé d’ingratitude la manière dont il les évitait ; mais M. de Talleyrand appelle tout simplement cet oubli esprit de la cour. Le ministre des relations est devenu le plus riche particulier de la France. Buonaparté lui parla un jour de sa fortune , et lui demanda son secret ?

« Cela n’a pas été difficile , Général , » répondit-il , « j’ai acheté des effets sur la place le 17 Brumaire , et je les ai vendus le 19 ». Buonaparté se mit à sourire , et lui dit : « Je ne recommencerai pas tous les jours pour vous ». C’est véritablement cette méthode que ce rusé ministre a suivie pour s’enrichir , et on peut ajouter qu’elle lui a fort bien réussi.

Pour pouvoir mieux connaître le caractère de M. de Talleyrand , il faudrait le suivre pied à pied dans son ministère , poste important dans lequel il s’est maintenu depuis dix ans , sans interruption. On va essayer au moins de rapporter les faits principaux et les anecdotes secrètes les plus intéressantes.

M. de Talleyrand trouva le département des affaires étrangères en très – mauvais état ; ce ministère avait été confié sous le régime du comité et le commencement du directoire exécutif , à des mains inabiles , dont la politique consistait à révolutionner toutes les nations étrangères. Charles Lacroix , le dernier ministre , était celui qui avait le plus embrouillé les affaires ; il fallut donc un travail pénible à M. de Talleyrand pour remettre les choses dans un état convenable ; mais combien surtout n’eut-il pas à lutter contre les vues étroites de Rewbell , alors membre du directoire , qui ne concevait pas qu’il pût y avoir une autre politique que celle de prendre ? Aussi bien des fois , en rentrant de travailler , M. de Talleyrand jeta-t-il son portefeuille , impatienté de l’ineptie de ceux qui gouvernaient alors la France ! Il avait d’abord accepté la place de ministre , sous la condition expresse qu’il nommerait les agens. Cette demande , qu’on lui accorda sans observation , lui fut bientôt retirée ; et Rapinat , neveu de Rewbell , fut envoyé en Suisse sans sa participation. On sait que la conduite de cet agent y justifia parfaitement son nom.

Buonaparté revint d’Italie , et déjà son esprit méditait quelque chose ; il alla trouver M. de Talleyrand , et celui-ci vit dans Buonaparté l’homme qui pouvait servir ses projets ; il l’engagea à profiter de l’influence que ses victoires pouvaient lui donner ; il l’engagea premièrement à demander au directoire le renvoi de Schérer , ministre de la guerre ; celui de Sotin , ministre de la police , le rappel de plusieurs ambassadeurs , et de lui faciliter , à lui , les moyens de le mettre à la tête du directoire. Buonaparté goûta bien ses avis pour le rappel des ambassadeurs et le renvoi des ministres , mais il ne fut pas de celui de le mettre à la tête du directoire ; sans doute qu’il avait dès-lors une arrière – pensée que M. de Talleyrand , malgré toute sa finesse , ne put pénétrer. Cependant Buonaparté sonda l’opinion publique et vit qu’elle n’était pas mûre pour la révolution qu’il projetait. Il jugea , dès-lors , un changement ou impossible , ou du moins très-éloigné ; c’est à cette

 

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occasion qu’il dit à Berthier , son intime confident : Ils n’ont pas encore fait assez de sottises. Il demanda néanmoins le renvoi de Schérer au directoire rassemblé. Il allégua pour raisons que Schérer étant ivre tous les soirs , il lui était impossible de travailler avec un tel ministre. Rewbell lui répondit alors : « Général , nous avons coutume de consulter le généraux pour le plan des campagnes , mais jamais pour le choix des ministres ». Buonaparté pique de cette réponse , lui dit: « En ce cas , citoyen Directeur , je vous donne ma démission ». Rewbell lui avança l’encrier , qu’il avait auprès de lui comme président ; Barras , alors s’éleva , se mit entre deux , et les conjura , au nom du bien public , de ne point donner suite à cette discussion. On voit par cette anecdote à combien peu a tenu la destinée du vainqueur de l’Italie , et par suite celle de la France et de l’Europe. Lui – même jugea de son peu d’influence par ce qui venait de se passer. Il en rendit compte à M. de Talleyrand , et forma alors avec lui le projet de l’Egypte  , qu’il s’occupa de suite à mettre à exécution , pour se mettre à l’abri des vengeances secrètes de Rewball , qu’il avait offensé. Rewbell fut fort aise de son côté de se débarrasser d’un général et d’un état-major que de nombreuses victoires avaient popularisés. Il les laissa partir comme des enfans perdus. C’est à cette double peur que fut due l’expédition d’Egypte  M. de Talleyrand assura à Buonaparté qu’il ne négligerait aucune occasion de se mettre à la tête du gouvernement , et qu’alors il l’appellerait à son secours ; « Car je sens bien » , ajouta-t-il en riant , « qu’un pauvre prêtre ne peut pas gouverner la France » ! Buonaparté partit , et l’univers a connu ses succès , ses revers  , et le bonheur de son retour. Cependant les anarchistes eurent un succès ses à Paris. L’ancienne classe , connue sous le nom de Jacobins , fut vivement protégée par Merlin , président du directoire , et le changement qui devait arriver en faveur de M. de Talleyrand , porta au contraire au directoire exécutif , le général Moulins , homme sans moyens , et n’ayant d’autres qualités que d’avoir figuré parmi les soldats de Robespierre ; Goyer , homme astucieux , fut aussi nommé , et M  de Talleyrand vit bien que son parti était perdu. Il envoya dès le soir même sa démission ; mais Barras, qui croyait avec raison que ce parti ne pourrait pas durer long-temps , lui fit dire sous main d’être tranquille , et représenta vivement à ses collègues , que la perte d’un tel ministre serait irréparable. Merlin lui écrivit donc une belle lettre pour l’engager à rester , et M. de Talleyrand , séduit par la promesse secrète de Barras , se décida à travailler avec des gens si éloignés de sa manière de penser. Cependant le règne des Jacobins ne fut pas long ; l’abbé Sieyes vint au directoire , et Buonaparté , comme par enchantement , débarqua à cette époque à Fréjus. Peu de temps après , la journée du 18 Brumaire eut lieu ; journée qui ne peut vraiment être appréciée que par les français , puisqu’elle les délivra, pour le moment , d’un gouvernement inepte , qui allait les ramener sur-le-champ aux temps odieux de l’anarchie et de la terreur. Le monde a su les faits principaux de cette journée ; on n’en sait peut être pas les détails particuliers qui vont trouver ici leur place , et comme M. de Talleyrand en fut l’un des principaux acteurs et surtout l’instigateur , elle se trouve naturellement liée au chapitre qui concerne ce ministre.

                                                            La suite au Numéro prochain.

                                   

P  o  i  d  s    d  u    P  a  i  n.

Le pain d’un escalin.   .   .   .   .  16 onces.

                                                                                                                                                           

A  V  I  S    D  I  V  E  R  S.

M. Prescott , capitaine du briq Ann , de Londres , prévient de ne point faire crédit aux Matelots dudit briq , attendu qu’il ne payera pas leurs dettes.

                                                                                                                                                           

 

Au Cap , chez  P.  R o u x , imprimeur de l’Etat.