About This Publication

When the French Cardinal, Jean-Sifrein Maury (1746-1847), returned to France from exile in 1806, he soon found himself once again inducted into the Institute of France. Despite their extreme and justified anger towards Napoleon Bonaparte, the Haitian government of the north appears to have been very interested in Cardinal Maury’s defenses of the Catholic Church, for which he had risked his life during the French Revolution. This issue contains the first of three articles devoted to reporting on the Cardinal’s speeches in France.

*Provenance: British Library

 

(  N u m é r o   21.  )

                                                                                                                                                           

 

GAZETTE OFFICIELLE

d e

L’ É T A T   D ’ H A Y T I,

 

Du  Jeudi  24  Septembre 1807 , l’an quatrième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple , à son tour , a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

                                                                                                                   

E  T  A  T    D ’  H  A  Y  T  I.

                             

 

Fin de l’article de Talleyrand.

M. de Talleyrand se chargea de prévenir tous les membres initiés dans ce mistère [sic] ; ils étaient au nombre de 40 ; ils se rassemblèrent à la maison de Madame Grant , alors sa maîtresse ; on convint des faits principaux ; c’est – à – dire , d’implorer l’assistance du général Buonaparté pour changer l’ordre des choses et faire un nouveau gouvernement ; mais nul d’entre eux , excepté M. de Talleyrand et Cambacérès , ne savaient l’arrière-pensée de Buonaparté. Ce fut le18 Brumaire au matin , que M. de Talleyrand alla trouver ce général à six heures ; ils se transportèrent aux Tuileries , et là l’on déclara que le gouvernement irait siéger provisoirement à Saint-Cloud ; mais l’opération qui tenait le plus à cœur à M. de Talleyrand , était le renvoi des ministres . Bonaparté leur écrivit une circulaire pour les engager à se rendre aux Tuileries; Dubois de Crancé fut le premier qui arriva : Remettez votre portefeuille du ministère de l guerre au général Berthier , lui dit Buonaparté ; ce qui fut exécuté sur-le-champ. Robert Lindet , ministre des finances arriva le second ; même cérémonie lui fut faite. Tous les ministres furent ainsi destitués , excepté M. de Talleyrand. On sait ce qui se passa à Saint-Cloud. On sent bien que M. de Talleyrand fut en très-grande faveur ; faveur qui ne peut manquer de durer long-temps par la manière dont il se conduit avec l’empereur ; cependant ses jours de prospérité ne sont pas sans nuages. Lorsque Buonaparté fut nommé premier consul , le ministre s’attendait à recevoir le titre de grand chancelier d’état ; mais ayant épousé depuis peu sa maîtresse Madame Grant , on fit la réflexion que Madame Talleyrand aurait , comme femme d’un grand dignitaire de l’empire, le pas sur Madame Murat et Madame Bacchiochi , sœurs du premier consul ; cette raison prévalut , et M. de Talleyrand ne fut pas nommé. Cette exclusion lui donna un peu d’humeur ; il se permit quelques propos sur la fierté déplacée de ces Dames , et surtout sur leur point d’honneur et de vertu , chose à laquelle , disait -il , elles ne pouvaient guère faire attention. Ce fut sans doute par suite de ce dépit , qu’il conçut le projet du mariage de Buonaparté avec la prin-

 

[    82    ]

cesse de Bade. Il eut soin d’avance de s’assurer des esprits , et comme le vieux Margrave de Bade s’était rendu odieux aux cercles mêmes de l’empire , par la lâcheté avec laquelle il avait permis qu’on enlevât le duc d’Enghien , il parut plausible à M. de Talleyrand qu’un prince aussi faible et aussi pusillanime cherchât à s’étayer de la puissance de l’empereur des français , qui seul n’était pas en droit de le mépriser.  C’est ainsi qu’habile à saisir les moindres circonstances , le ministre des relations extérieures cherche à faire tourner les fautes mêmes à son avantage ; mais on a vu à l’article de l’impératrice , comme un seul mot de Buonaparté détruisit cette machination , et comment Fouché fut l’antagoniste du grand chambellan. Ce qui maintient M. de Tallyrand en place ; c’est le besoin que l’empereur a de lui ; c’est la connaissance parfaite qu’il prétend avoir du cabinet britannique , c’est un usage de cour qui le fait bien venir de tous les ambassadeurs , et qu’aucun diplomate ne pourrait avoir comme lui ; c’est une connaissance parfaite du cœur humain , c’est cette hypocrisie déliée que l’on nommait esprit de cour. Il a conservé cette manière d’être dans tous les régimes. Il faisait sa cour aussi assiduement à Madame Rewbell , femme de l’ex-directeur , grossière dans ses manières et dans son parler , qu’il la fait aujourd’hui à l’impératrice et à la princesse Louis. On se rappelle un mot plein d’esprit qu’il lui dit : Madame Rewbell était à souper chez lui et faisait l’éloge de son splendide repas « Savez-vous, citoyen Ministre » , lui dit-elle , que ça doit vous coûter gros!»  Ah ! Madame , répondit le Ministre , laissez donc , ce n’est pas le Pérou.

Une personne qui l’avait connu sous l’ancien régime , alla le trouver ( au temps du directoire) pour lui demander une faveur , qu’il refusa opiniâtrement. La personne qui connaissait bien le caractère du ministre lui dit : « Mais , Monseigneur , ce que je vous demande est très-juste ».

« Monseigneur » reprit M. de Talleyrand , ah ! celui-là est un peu fort ; comme républicain , je ne puis pas vous passer Monseigneur , ni vous accorder votre demande ; mais je vois bien que vous la sollicitez de l’évêque d’Autun , qui n’a rien à vous refuser.

M. de Talleyrand mène la vie d’un épicurien ; il a deux agens particuliers , l’un chargé de soutirer aux ambassadeurs ce qu’il veut savoir , de traiter avec eux pour les faveurs qu’il désire , pour les choses qu’il veut refuser , pour deviner enfin ce qu’ils pensent , c’est le fameux Radix de Ste-Foix , autrefois intendant des finances de M. le comte d’Artois , homme aussi fin que son patron , connu de toute la France et de toute l’Angleterre ; l’autre , nommé Andras est chargé de la partie financière , c’est lui qui vend , achète sur la place qui joue enfin à la hausse et à la baisse , selon les bonnes ou mauvaises nouvelles qu’on lui communique. Si cette partie n’est pas la plus délicate , elle est la plus étendue et sans doute la plus lucrative.

La manière dont M. de Talleyrand se conduit avec l’empereur est encore un chef-d’œuvre de finesse. Il avoue lui-même qu’il est à son égard comme était le Nôtre avec Louis XIV ; celui-ci présentait au monarque des plans irréguliers , dont les fautes s’apercevaient aisément , et que Louis XIV ne manquait jamais de faire rectifier sous ses yeux.  C’est ainsi que M. de Talleyrand présente souvent à l’empereur un travail imparfait , où celui-ci s’aperçoit des fautes , et alors le ministre ne manque jamais de louer sa sagacité.

Il a eu de a peine à faire oublier à Napoléon le propos assez légers qu’il avait tenus sur Joseph Buonaparté. Un jour que l’empereur faisait part au ministre d’un plan qu’il avait conçu relativement à l’Italie , et que celui – ci lui en faisait

 

[    83    ]

compliment : « C’est pourtant mon frère Joseph , dit-il , qui m’en a donné l’idée ».  « Cela ne m’étonne pas , dit M. de Talleyrand , le prince ferait un très-bon ministre des relations extérieures , et peut-être ne serais-je pas un aussi bon grand électeur que lui ». L’empereur se mit à rire , et lui répondit : « Vous changeriez cependant bien volontiers de place ». « Celles où je pourrai servir votre majesté , me seront toujours agréables » répliqua M. de Talleyrand.

La santé du ministre est très-chancelante , son estomac est usé ainsi que toute sa personne ; il ne boit à ses repas que des vins très-chauds , nécessaires à une digestion pénible ; il travaille beaucoup , est oblige de recevoir , et comme chambellan et comme ministre des relations , non-seulement tous les ambassadeurs , mais les grands seigneurs qui viennent à Paris. Il a une très-grande tenue de maison ; il est fort affable , et prétend qu’un sot même est bon à quelque chose. Il a cinq ou six personnes qui viennent habituellement chez lui , qui sont simplement destinées à répéter dans la société ce qu’il semble avoir laissé échapper ; à redire les nouvelles vraies ou fausses qu’il veut faire propager ; il dit à peu de personnes son secret ; il confie aux plus adroites ce qu’elles doivent faire ou promulguer , et leur demande ensuite l’effet que cela a dû produire ; c’est ainsi qu’il s’informait un jour à l’une d’elles qui avait eu un entretien avec un personnage célèbre , ce qu’il pensait de ce qu’elle lui avait communiqué. « Monseigneur » il m’a dit… « Et je ne vous demande pas ce qu’il vous a dit , lui répondit le chambellan « je vous demande ce qu’il pensait »  Quelqu’un lui parlait un jour de la dureté que le gouvernement exerçait contre des femmes des plus anciennes familles de France , en les forçant d’être attachées aux maisons des princesses de la nouvelle dynastie , en qualité de dames d’honneur et d’atours.

« Il n’est pas croyable , répondit-il , le nombre de lettres que je reçois de la part de ces dames, pour être forcées ! »

On ne finirait pas ce chapitre si l’on voulait rapporter une foule de trait qui peignent la caractère de M. de Talleyrand, et qui échappent à la mémoire. Ceux que l’on vient de citer , suffisent sans doute pour le faire connaître ; mais l’on ne craint point d’ajouter qu’il est sans doute , après l’empereur , l’homme d’état le plus consommé , le politique le plus délié , le tartuffe  le plus complet , et l’égoïste le plus corrompu qui existe en Europe ».

 

Et les faibles humains , vains jouets du trépas ,

Sont tous devant leurs veux comme s’ils n’étaient pas.

                                                           

 

L E  C A R D I N A L  M A U R Y.

 

Son Discours de Réception à l’Institut de France.

 

Il existait une loi à Athènes qui déclarait infâme quiconque , dans les dissensions civiles , ne prenait pas parti pour ou contre. Le législateur avait sagement pensé que l’inaction et l’isolement d’un citoyen , dans un cas pareil , était l’effet ou de la lâcheté ou de l’égoïsme. Qu’eût-il donc pensé d’un citoyen qui , ayant épousé avec réflexion un parti qui l’aurait conduit à la fortune et aux honneurs , aurait abandonné ce parti , dès qu’il n’aurait plus eu rien à en attendre , et aurait passé dans le parti opposé , dans la seule vue de s’y procurer de nouveaux avantages ? C’est pourtant ce qu’a fait depuis peu , à la face de l’Europe , un homme que la révolution avait rendu très-célèbre. L’abbé Maury avait d’abord embrassé noblement et courageusement la cause du trône et de la dynastie régnante ; cause qu’il avait défendue avec éloquence et énergie : ce rôle l’avait honoré aux yeux de tous les honnêtes gens ; il avait recueilli des hommages

 

[    84    ]

flatteurs de vénération et d’estime ; il était même parvenu à la confiance de son roi légitime , qui, après la mort du cardinal de Bernis , l’avait fait son agent près la cour de Rome. Qui aurait dit que , dix ans après , ce même cardinal déserterait , sans pudeur , une cause si belle et si juste ? et qu’il irait plier honteusement le genou devant le crime heureux ? Et dans cette chute avilissante , il n’a la ressource d’aucune excuse , absolument aucune.  Au moins , les émigrés pouvaient , la plupart , alléguer leur misère. Lui , il n’a jamais connu la pauvreté ; il a même toujours goûté , au milieu de la misère générale , les douceurs de l’opulence ; il a même pu , par de fortes économies, acheter une terre de vingt mille livres de rente , voisine de son riche évêché. Les émigrés pouvaient se plaindre des humiliations qu’ils éprouvaient en pays étranger ; lui , il a toujours été accueilli , fête , comblé d’honneurs ; et nul émigré n’avait fait une fortune aussi brillante que lui. Les émigrés , au moins , en grand nombre , pouvaient alléguer les embarras d’une famille , dont les besoins déchirans mettaient chaque jour leur patience à une très -cruelle épreuve; lui , il avait effectivement trois nièces à pourvoir ; mais on sait très-bien qu’elles sont d’une classe , où la plus étroite médiocrité peut passer pour grande richesse. Il est donc inexcusable sous tous les rapports ; d’autant plus inexcusable , qu’il ne pardonnait à personne de perdre un seul instant de vue l’étendard de l’honneur. Il blâmait hautement , il condamnait amèrement non-seulement ceux qui tombaient , mais même ceux qui chancelaient ; et telle était l’exaltation de ses idées , qu’il voyait en ce genre des fautes , là où il n’y en avait pas même l’apparence ; et lui , avec ses cheveux blancs , il a fait sans motif , sans excuse , une chute épouvantable et vraiment ignominieuse. Il est tombé plus bas que tous ceux qu’il censurait ; il s’est couvert d’une boue plus épaisse , et qui n’est point de nature à se nettoyer :

 

Auri sacra fames , quò non mortalia cogic Pectora ?

 

Nous aurions pourtant tort de dire que l’intérêt seul a conduit ce coupable transfuge dans le camp de Buonaparté. Il s’y est joint un motif secondaire , celui de la gloire ; car il faut le dire , après l’argent , ce qu’aime le mieux son éminence , c’est la gloire ; ou , pour parler plus correctement , c’est la célébrité , et surtout les applaudissemens ; car l’amour de la véritable gloire ne peut reposer que dans des âmes élevées , où les pensées basses n’ont point d’accès. Le cardinal Maury avait besoin de se montrer , de se mettre sur un piédestal ; il lui fallait absolument ses tréteaux académiques , et un auditoite qui admirât le charlatan ; aussi dès que la porte de l’institut s’est ouverte pour lui , avec quel enthousiasme s’y est-il porté ? Il a vu là un trône littéraire à reconquérir. Il s’y est assis avec fierté , au milieu des nouveaux immortels. C’est à cette brillante occasion qu’il a prononcé un discours très-remarquable , qui , pour être un titre littéraire , n’en est pas moins un titre de bassesse et de turpitude.

                                                            La suite au Numéro prochain.

                                                           

 

P  o  i  d  s    d  u    P  a  i  n.

Le pain d’un escalin.  .  .  .  .  16 onces.

                                                                                                                                                           

A  V  I  S    D  I  V  E  R  S.

On vend à l’Imprimerie l’Alphabet pour apprendre à lire , des Cantiques spirituels , le Catéchisme pour faire la Communion , le Saint Suaire de Notre – Seigneur , et la Neuvaine à saint Antoine de Padoue

M. Prescott , capitaine du briq Ann , de Londres , prévient de ne point faire crédit aux Matelots dudit briq , attendu qu’il ne payera pas leurs dettes.

                                                                                                                                                           

Au Cap , chez  P.  R o u x ,  imprimeur de l’Etat.