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While this issue continues to provide news from (and criticisms of) the southern Republic of Haiti, it also describes a “foreign ship” captured in Haitian waters, and finishes with a quatrain written by an inhabitant of Cap-Haïtien and dedicated to the birth of Henry Christophe’s “youngest son.”

*Provenance: British Library

 

(  N u m é r o   18.  )

                                                                                                                                                           

 

GAZETTE OFFICIELLE

d e

L’ É T A T   D ’ H A Y T I,

 

Du  J e u d i  3  Septembre 1807 , l’an quatrième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple , à son tour , a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

                                                                                                                  

E  T  A  T    D ’  H  A  Y  T  I.

                             

R  É  F  U  T  A  T  I  O  N.

De l’Adresse du prétendu S é n a t

du Port-aux-Crimes , en date du 1er

Juillet 1807.

L E hazard ayant fait tomber en mes mains cet acte émané du prétendu sénat du Port-aux-Crimes , je m’empresse , en conséquence de l’obligation que j’ai contractée envers mes concitoyens , de leur donner connaissance de cette pièce curieuse en y insérant un petit commentaire qui ne contribuera pas peu à déjouer les ruses typographiques que ces vils sénateurs employent pour induire les étrangers en erreur et aveugler leurs propres concitoyens.

Il serait assez inutile de retracer littéralement le début révoltant de cette adresse où , après avoir réveillé par des blasphèmes impies la cendre d’une autorité qu’ils ont abattue sous les coups de la plus insigne trahison , ces lâches caméléons caressent de leurs mains perfides et enchaînent de fleurs le lion qui sommeille , que déjà ils désespèrent de pouvoir apprivoiser , et dont le réveil doit être si terrible.

Rien de si accablant que d’entendre un criminel déhonté se vanter de ses scélératesses ; les cœurs délicats et sensibles qui frémiraient au tableau de leurs infâmes prouesses , me sauront bon gré d’avoir commencé ma tâche par le paragraphe conçu en ces termes :

« Le Gouvernement a envoyé des forces imposantes au secours de nos frères du Nord ».

Observation. Quelle emphase ridicule , sur-tout lorsque les effets ont répondu si mal à des mots aussi imposans ! Ne dirait-on pas , à les entendre parler , que chacun des satellites du traître Pétion est un Achille , et que ces fiers conquérans n’ont qu’à paraître pour tout subjuguer ? Bien loin de briller devant nos phalanges victorieuses , ces timides  soldats ne savent ce que c’est que de se battre de pied ferme ; la suite a prouvé qu’il n’est pas un d’eux qui n’eût obtenu un rang distingué parmi ces animaux dératés qu’on voyait autrefois devancer , à la course , les carrosses des grands. J’en appelle aux journées du Port-aux-Crimes , de l’Arcahaye , de Saint-Marc et des Gonaïves ; j’en appelle encore aux champs du Port-de-Paix , où ces lâches conspirateurs n’ont pu soutenir les regards

 

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du Chef qu’ils ont outragé. C’est particulièrement aux prétendus magistrats qui les font mouvoir , que Voltaire , s’il existait de nos jours , eût appliqué ce vers heureux :

Hardis dans le sénat , faibles dans le danger.

« Vos Représentans , grâces à la divine Providence , ont eu le courage de vous donner un

» Gouvernement libre ».

Observation. Quels représentans , grand Dieu ! que ces vils intrigans , qui , par la fraude et la violence , ont ravi le pouvoir dont ils font un abus si criminel ? Et ces usurpateurs impudens osent invoquer la divine providence ! Qu’ils tremblent que le ciel las enfin de tant de forfaits , fatigué d’entendre si souvent son saint nom profané , ne fasse tomber sur eux un déluge de soufre? Quel gouvernement libre ! une administration impuissante contre les fougues de la licence , entourée des horreurs de l’anarchie , où la voix du faible qu’on opprime se perd dans les déserts , où l’inférieur , quand il lui plaît , dicte la loi à son supérieur , où la crainte d’exciter des mouvemens , peut-être même un soulèvement , empêche de sévir contre le coupable , rendu plus hardi par l’impunité , où le citadin est obligé de déguerpir au plus vîte d’une maison que l’héritage de ses pères lui a transmise , pour faire place au premier héros qui se présente à l’effet d’en prendre possession , où le soldat , en pleine rue , dégaîne journellement contre son camarade , où l’on voit les grecs piller les troyens , où enfin il n’est plus permis de compter sur la sûreté individuelle, ni sur les propriétés depuis qu’on a permis de jouir de la vraie liberté ; voilà pourtant ce qu’on gagne à mettre le peuple en mouvement ! Quand les auteurs de tant de désordres cesseront – ils d’abuser du mot sacré de liberté ? Quand ce précieux don ne se trouvera-t-il plus confondu avec les fruits amers de la licence ?

      « Il n’appartient qu’à vous qu’il ( ce Gouvernement ) ait une longue durée ».

Observation. Où serait alors la divine providence , dont la sagesse a voulu que la somme des maux fût compensée par celle des biens ? dont les décrets immuables ont arrêté que des forfaits pareils aux vôtres n’auraient qu’un cours passager sur le fleuve de la vie ? Sans cet espoir consolateur , on révoquerait en doute la justice éternelle. Oui , s’il est possible que des êtres doués de la faculté de penser , de réfléchir , de combiner et de comparer , puissent se refuser long-temps aux lumières de la raison , vous pourrez vous flatter de prolonger le cours de vos attentats ; mais il n’y a point de doute que bientôt triomphans des ténèbres de l’erreur et rendus aux rayons bienfaisans de la vérité , ils ne vous demandent un compte sévère de votre administration ; quelle sera terrible cette reddition de compte , si la sévérité avec laquelle elle sera exigée est égale à vos funestes débordemens ? Quoi ? vous n’avez pas prévu le jour où le torrent irrité , auquel vous avez appris à franchir ses limites , rompant les faibles digues que vous lui opposez , tournera contre vous ses propres fureurs ? O jours de terreur , de deuil et de calamité !….. Pour moi , toujours prêt à déplorer les malheurs de l’espèce humaine , et qui gémis sur le sort qui vous attend , je souhaite qu’on vous pardonne , un jour , vos péchés contre l’honneur et le gouvernement , comme je vous pardonne ceux que vous faites contre les principes de la langue ; si je relève ces imperfections de style , c’est pour rappeler à votre souvenir qu’avant que de se mêler d’écrire dans une langue quelconque , il faut l’avoir étudiée , en avoir approfondi le génie , et bien sentir la valeur et le sens des expressions dont on se sert ; cette locution « il n’appartient qu’à vous qu’il , etc. » n’est pas française ; c’est ce qu’on appelle un solécisme. Jamais le verbe appartenir , à l’impersonnel , n’a régi un que ; il est toujours suivi d’un de ;  vous eussiez pu éviter cette construction vicieuse en mettant « il ne dépend que de

» vous qu’il , etc. »

 

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      « Ils ( vos Représentans ) vous ont indiqué la route qu’il faut suivre , suivez la et ne vous en

» écartez point ».

Observation. Fort bien ! voilà nos fourbes pris dans leurs propres filets ! Oui , mes compatriotes , lorsque leurs altesses sénatoriales auront pour agréable d’aller respirer l’air sur une grande route , ayez soin d’y établir préalablement une bonne embuscade , puis tirez sur elles à brûle pour point , en criant vive la vraie liberté ! les tyrans ne sont plus ! vous leur aurez ainsi rendu la monnoie de leurs pièces , par pari refertur.

      « Le passage du despotisme à la liberté a été trop court pour qu’il ne reste pas des hommes

» assez pervers qui , en vous parlant , de république , renferment la tyrannie dans le cœur ».

Observation. Il est fort heureux que des individus au front épais , à l’âme endurcie , conviennent ici , quoique d’une manière adroite et détournée , que des hommes restés fidèles aux devoirs et à l’honneur , respirent dans leur sein et s’indignent de leur tyrannie ; malgré leurs tournures gazées , la vérité perce à travers le voile , et l’on découvre clairement qu’ils ne sont pas sans inquiétudes , qu’ils savent que des yeux clairvoyans ont lu dans les replis les plus cachés de leurs cœurs , qu’ils sentent que leur empire n’est pas aussi solidement établi qu’ils veulent bien le publier , et qu’ils appréhendent qu’un beau jour on ne leur fasse éprouver le sort de Tantale et de Prométhée ; mais voulez-vous obtenir une juste idée de ce qu’ils se disent en eux-mêmes ? saisissez le sens caché de cette phrase , et lisez : « Le sang que nous avons versé est trop

» précieux , et s’élève contre nous avec trop de force pour que les amis des autorités légalement

» constituées ne soyent point effrayés des horribles cratères du volcan sénatorial. Les excès

» auxquels nous nous sommes portés contre notre Chef immédiat , le seul que réclamaient les

» destinées et la prospérité d’Haïti , sont trop nombreux , pour que les vrais haïtiens ne reculent

» point d’horreur au seul nom d’une république qui ne doit son existence monstrueuse et

» éphémère qu’au renversement de toutes garanties sociales ». Ils ont encore blessé la langue française , aussi bien que la vérité dans ce passage, où ils se sont servi , sans connaissance de cause , de l’adverbe assez , qui , dans cette acception , ne marche que suivi de la conjonction pour.

                                                            La Suite au Numéro prochain.

                                                           

A  R  R  Ê  T  É.

H E N R Y   C H R I S T O P H E ,

Président et Généralissime des forces de terre et de mer de l’Etat d’Haïti.

Considérant qu’il existe des abus considérables dans l’emploi des billets de subvention , qui deviennent un objet de trafic entre les mains de certaines personnes , pour favoriser la contrebande et l’entrée frauduleuse des denrées ,

Que le billets de subvention sont rapportés après un laps de temps , et qu’on s’en sert pour faire passer des cafés qui ne payent point le quart de subvention ordonné ; et qui , à la faveur de ces billets , sont chargés à bord des bâtimens , en frustrant l’Etat d’une partie de ses droits ,

Qu’il n’est pas possible de tolérer plus long-temps des abus de cette nature , et qu’il est urgent d’y mettre un frein ,

Avons arrêté et arrêtons ce qui suit :

Art. 1er. Il est ordonné à tous ceux qui ont en leur possession des billets de subvention pour le payement du quart des revenus , ou permis de disposer des denrées , d’avoir à les apporter , dans vingt-quatre heures , au bureau du directeur des domaines.

  1. Le directeur des domaines recevra le dépôt desdits billets ; tous ceux qui auront une date plus ancienne que celle de deux mois , et dont le posseurs [sic] ne justifieront

 

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pas avoir en nature la quantité de café qui y sera mentionnée , seront par lui retenus.

Il tiendra une note exacte de tous les billets surannés , qui seront déposés dans son bureau ; il apostillera les autres , qu’il remettra , et tiendra de même un état de tous ceux qu’il aura rendus.

  1. Les billets ainsi retenus par le directeur des domaines , seront réunis et vérifiés , d’après l’état qu’il en aura dressé , en présence de l’intendant et du contrôleur de la province , et seront réunis pour être brûlés.
  2. Le contrôleur des finances fera réunir de même tous les anciens bons ou billets de subvention , ou permis de disposer qui ont été fournis et déposés au bureau du contrôle , pour l’expédition des bâtimens , lesquels seront à l’avenir remis , tous les mois , pour être de même brûlés.
  3. Il est expressément défendu , au directeur de la douane , de recevoir à l’avenir aucun billet de subvention ou permis de disposer , dont la date aurait plus de deux mois d’ancienneté , à moins qu’ils ne soient apostilles ainsi qu’il est prescrit par l’article 2.
  4. Le contrôleur des finances est tenu , sous sa responsabilité , de surveiller , lors de l’expédition des bâtimens , que la quantité des bons qu’ils doivent fournir pour prouver le payement de la subvention des denrées qu’ils ont chargés , soit complète ; et il lui est défendu , sous quelque prétexte que ce soit , d’admettre aucuns bons ou obligations des consignataires de fournir , par la suite , les bons qui leur manque ; et il ne permettra pas l’expédition d’aucuns bâtimens , à moins qu’ils n’ayent fourni la quantité de bons conformément à la denrée qu’ils auront chargé.
  5. Toute personne convaincue d’avoir retenu des bons de subvention ou des permis de disposer , ou de chercher à faire passer lesdits bon , malgré les dispositions ci-dessus , sera condamnée à trois mois de prison et ses denrées confisques au profit de l’Etat.
  6. L’intendant , le contrôleur des finances et le directeur des domaines , sont spécialement chargés de tenir la main , à l’exécution du présent arrêté , qui sera imprimé , publié et affiché par tout où besoin sera.

Donné au palais du Cap , le 1er Septembre 1807 , l’an quatre de l’indépendance.

H E N R Y   C H R I S T O P H E.

Par le Président ,

R o u a n e z  jeune , secrétaire d’Etat.

                                                           

Du Cap , le 2 Septembre.

Un bâtiment étranger , venant au Cap , fut capturé à trois milles de ce port ; aussitôt le gouvernement a ordonné au corsaire l’Avant-Garde de lever l’ancre , et d’aller retirer ce bâtiment des mains de l’ennemi. L’Avant – Garde , en exécution de ces ordres , ayant appuyé chasse sur le corsaire , ce dernier mit toutes voiles dehors , et prit la fuite , abandonnant le bâtiment étranger ; lequel , sous l’escorte de l’Avant-Garde , entra dans le port , et fut ainsi conservé à ses armateurs et propriétaires. Cependant le peu de temps qu’il était resté au pouvoir de l’ennemi , avait suffi pour qu’il en eût extrait pour quelques milliers de gourdes de marchandises sèches.

                                                           

Q   U   A   T   R   A   I   N

Adressé par un Habitant de cette Ville à Son Excellence la Présidente , le jour de la naissance de

      son Fils puîné.

Haïti ! quelle est donc aujourd’hui ton ivresse ?

Un Enfant vient de naître ; il fera ton bonheur.

De son Père imitant les vertus , la noblesse ,

De son aimable Mère il aura la douceur.

                                                           

P o i d s   d u   P a i n   e t   d e   l a   V i a n d e.

Le pain d’un escalin .   .   .   .   .    14  onces.

Le bœuf , un escalin et demi la livre.

Le mouton , deux escalins.

Le cochon et le cabrit , un escalin et demi.

                                                                                                                                                           

A  V  I  S    D  I  V  E  R  S.

M. Prescott , capitaine du briq Ann , de Londres , prévient de ne point faire crédit aux Matelots dudit briq , attendu qu’il ne payera pas leurs dettes.

                                                                                                                                                           

Au Cap , chez  P.  R o u x , imprimeur de l’Etat.