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Continuing with its attacks on the Senate of Port-au-Prince, this issue finishes with a sonnet to the “depths of eternity.” “Impenetrable abyss!” the poem reads, “Vast and somber future! what daring eye/in the hidden folds of your lasting circle/would dare to cast a curious glance?”

*Provenance: British Library

 

(  N u m é r o   22.  )

                                                                                                                                                           

 

GAZETTE OFFICIELLE

d e

L’ É T A T   D ’ H A Y T I,

 

Du  Jeudi  1er  Octobre 1807 , l’an quatrième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple , à son tour , a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

                                                                                                                   

E  T  A  T    D ’  H  A  Y  T  I.

                             

Suite de la Réfutation de l’Adresse

du prétendu S é n a t du Port-aux-

Crimes , en date du 1er Juillet 1807.

« Citoyens ! conservez à jamais les augustes sentimens qui vous animent aujourd’hui :

» chassez de votre cœur tout ce que trois années de Despotisme ont pu y faire naître d’impur ;

» car si vous ne vous rendez dignes de la Loi , vos Législateurs perdront leurs peines ».

 

Observation. Il leur appartient bien de moraliser leurs gouvernés ! Que peuvent-ils recommander à des hommes qui , sans eux , sans leurs conseils pervers , seraient encore exempts d’une infinité de crimes ? A des hommes plus faits pour leur donner que pour recevoir d’eux l’exemple des vertus ? Hélas ! si les malheureux , sur qui pèse leur injuste domination , ont quelque chose d’impur dans le cœur , c’est le souffle de leurs tyrans qu’ils sont obligés de respirer. Comment seraient-ils de religieux zélateurs d’une institution qui , dénuée de vigueur et de consistance , ne peut garantir ni leur vie ni leurs propriétés. Ce n’est pas sans raison que ces prétendus législateurs tremblent de perdre leurs peines ; il n’y a rien de stable que la vérité ; or , leur empire est fondé sur l’imposture ; donc leur empire n’aura pas de durée ; il ne peuvent pas plus atténuer la force de ce syllogisme , qu’ils ne peuvent en éviter la funeste conséquence.

 

« Voyez le sort de la Constitution française de l’an trois. L’assemblée qui l’avait faite ,

» quoique composée de très-grandes lumières , avait beaucoup erré ; elle voulut la réorganiser

» de nouveau ; mais elle ne put y parvenir , et la plus belle œuvre peut-être qui soit sortie de la

» main des hommes n’a duré qu’un moment ».

 

Observation. Voilà un galimatias qu’il n’est pas aisé de débrouiller ! D’abord qu’y a-t-il de commun entre la Constitution française de l’an trois et la misérable rapsodie à laquelle il leur a plu de donner le nom de pacte constitutionnel ? A ce parallèle injurieux , je crois voir de grossiers barbouilleurs comparer leurs ébauches informes , à la touche des Rubens et des Michel Ange ; d’ailleurs il est prouvé qu’on ne peut reprocher à l’assemblée constituante dont s’agit , que de n’avoir pas fait tout le bien qu’elle pouvait faire ; mais quel est le mal que cette assemblée a réellement fait ? Ne sait-on pas qu’un chef-d’œuvre de théorie s’écroule quelquefois devant les obstacles des circonstances et les difficultés de la pratique ? Tant il est vrai que les connaissances humaines ont aussi leurs écueils ! Mais depuis quand ces Messieurs sont-ils devenus si modérés envers la classe d’hommes dont  ils sont aujourd’hui les apologistes ? Qu’est-ce que réorganiser de

 

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nouveau une nation après l’avoir démoralisée ? Cette façon de s’énoncer ne suppose-t-elle pas deux choses ; savoir : que ces législateurs avaient déjà eux-mêmes organisé une première fois la nation française ; et qu’ensuite après l’avoir démoralisée , ils ont voulu l’organiser derechef. Cette proposition est – elle bien vraie ? Au surplus , le réorganiser de nouveau est une vrai pléonasme ; il fallait dire réorganiser tout simplement , ou bien organiser de nouveau ; car la particule ré , mise en avant de ce verbe , lui donnant un sens itératif , équivaut en cet endroit , à de nouveau.

« C’est par la Liberté que les pays se peuplent et deviennent florissans ».

Observation. Jamais vous n’avez établi un principe plus vrai ; mais encore une fois , ayez donc ce principe pour sacré et n’en abusez pas ; offrez à nos regards cette liberté sainte dans toute sa pureté , dans toutes ses grâces originelles , telle en un mot qu’elle est sortie des mains du créateur , et cessez de profaner cette vierge chérie , de revêtir sa nudité de ces dehors plâtrés qui nous déguisent ses justes proportions.

« Tant que la République a pu courir quelque danger , le Sénat a demeuré à son poste».

Observation. Trait d’effronterie impardonnable ! Quoi ? ce prétendu sénat , à l’époque du premier Janvier , n’a pas lâchement abandonné le lieu de ses séances ? Que signifie donc sa fuite du Port-aux-Crimes à Léogâne ? A moins qu’il n’ait la prétention de faire accroire que par-tout où ses membres dispersés par la frayeur viennent se réunir , là est son poste , cet expédient serait commode et admirable pour pallier sa honte.

« Il a délibéré avec tranquillité pendant le temps les plus orageux sur les Lois concernant

» l’Organisation du Pays »

Observation. Oui ; mais après avoir pris la sage précaution de mettre , entre le danger et lui, une distance raisonnable ; est-ce ainsi que les sénateurs de Rome , auxquels ils se comparent si ridiculement , servaient la cause du peuple et partageaient les périls de la république ?

« Ce qu’il reste à faire ne peut s’établir que dans le calme , et non dans le sein de la guerre

» civile ».

Observation. Avis au lecteur ! c’est-à-dire que de certains motifs pressans que la politique ne leur permet pas de déduire , mais que je vais plus bas développer , les forcent de désemparer leur tripot , pour aller ailleurs employer plus efficacement leur perfide influence.

 

« Le Sénat , pour profiter de l’occasion et mettre à même le Pouvoir exécutif de terminer la

» Guerre qui nous afflige , doit lui donner la plus grande activité constitutionnelle possible , afin

» qu’il ne soit pas entravé dans ses opérations ».

     

      Observation. Le fol espoir dont ils s’étaient enivrés s’est bientôt évanoui , et les victoires complètes que nous avons remportées sur leurs troupes , partout où elles ont été débarquées , prouvent assez qu’il est aussi honteux pour eux de parler de ces expéditions , que de les avoir conçues et entreprises ; ils sentent donc la nécessité de donner plus d’extension au pouvoir exécutif ; ils s’apperçoivent donc qu’un gouvernement fort est le seul qui convienne ; et contradictoirement à leurs dispositions constitutionnelles , ils vont donner toute la latitude possible à la puissance exécutrice. Qui sait si maître Alexandre, une fois investi de ce pouvoir illimité et las de partager avec ses collègues la suprême puissance , n’entrera pas , un jour , armé de pied en cap , dans le prétendu sénat, en lui criant : Cedant togœ armis ! Ce coup de théâtre en vaudrait bien un autre ! ! !….

 

« Le Sénat considérant que tout doit être sur pied , et que les opérations militaires deviennent

» de plus importantes ; que pendant le cours de l campagne qui va se faire , il sera privé long-

» temps du concours du Président de la République , a décrété son ajournement ».

 

Observation. Voilà les cris que je craignais d’entendre ! ! ! L’ajournement de ce prétendu sénat est donc décrété ? Pourquoi ? Comment ? Et par quelle fatalité ? C’est ce qui va être suffisamment démontré dans le paragraphe suivant : Que diable allaient-ils faire dans cette maudite galère ?……

                                                La Suite au Numéro prochain.

 

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Suite de l’article du cardinal Maury.

 

On peut d’abord demander , comment un évêque , un cardinal , qui se dit le défenseur de l’église , a pu s’associer à un corps dans lequel on compte des membres souillés par l‘impiété et le blasphème ; des hommes qui sourient isolement au nom de dieu et de religion ; des hommes qui ont eu part à tous les excès et à toutes les fureurs de la révolution , y compris le régicide ; des hommes , ne craignons pas de le dire , sur qui le bourreau a d’incontestables droits. Si , dans l’ancien régime , les hommes les plus raisonnables avaient peine à pardonner à des évêques , leur admission dans des sociétés académiques , où s’éteignait visiblement le respect pour les antiques principes et pour les vérités sacrées ; s’ils trouvaient qu’un hochet littéraire se mariait mal avec le bâton pastoral , et qu’il contrastait évidemment avec la noble austérité des devoirs épiscopaux ; que doit-on penser aujourd’hui de ceux qui semblent s’honorer d’être les confrères d’hommes affreux , de ceux-là même qui ont brisé les autels de Jésus-Christ , de ceux-là même qui ont brisé et ensanglanté le trône de Saint-Louis ? Oui , un laïc vertueux doit regarder cette admission au moins comme une tache , et un évêque doit la regarder comme un crime.

Mais venons au discours de l’étonnant récipiendaire , et voyons l’immense différence qu’il y a entre l’abbé Maury , l’orateur de la tribune de l’assemblée nationale , et le cardinal Maury sur le fauteuil de l’institut. Le premier fut courageux et intrépide ; le second est lâche , rampant , et tout – à -fait dégénéré ! L’un bravait la fureur et les cris de la multitude , en combattant pour la vertu et démasquant les factieux ; l’autre semble demander ou plutôt mendier les suffrages et les applaudissemens d’une auditoire dont presque tous les membres jettent au loin l’odeur de l’irréligion et du vice. L’un se préparait dans l’histoire un rang flatteur et distingué ; l’autre profane ses talens , et commet une espèce d’apostasie qui efface toute sa gloire , et le met au niveau , même au-dessous de ses nouveaux confrères.

Il est inutile de dire que le récipiendaire verse avec profusion les éloges sur tous les immortels de l’institut , auquel il est si fier d’être associé. Il loue même son prédécesseur Target , que personne , depuis vingt ans , n’avait été tenté de louer ; dont le nom même était voué au ridicule : Target , qui encore eût été heureux de n’être que ridicule ; mais le refus infâme qu’il fit de prêter sa plume et sa voix au plus malheureux et au plus innocent des rois , lui a imprimé un vernis d’atrocité qui restera.

A l’éloge de Target , l’orateur a joint son propre éloge ; et cela n’étonnera personne. Mais ce qui peut surprendre , c’est qu’il se loue d’avoir accepté de Pie VI , et la pourpre romaine et un évêché. Il prétend que ces dignités ne pouvaient alors tenter que le zèle et le courage. Mais le fait est qu’elles pouvaient aussi tenter l’ambition et l’avarice , puisque son éminence a joui , plusieurs années , à Montefiascone , d’une tranquillité parfaite , et qu’il y a amassé des richesses fort au-dessus de ses besoins , si elles ne sont pas au-dessus de ses désirs.

 

Crescit amor nummi , quantùm ipsa pecunia crescit.

Mais ce qu’il y a de plus curieux dans ce discours , ce qu’on ne croirait pas , si on ne le voyait ; ce qu’on croit encore à peine , quand on l’a vu , ce sont les éloges aussi outrés qu’indécens qu’il fait de Buonaparté. De tous les encensoirs qui se dirigent vers l’idole corse , celui qui fume le plus ; celui qui renferme l’encens le plus épais , le plus grossier , le plus propre à étouffer , celui même qu’on encense ; c’est l’encensoir du cardinal Maury.

Jugez en par les passages suivans :

« J’ai voulu participer aux magnifiques destinées de l’empire français.. bénir aux pieds de son trône , l’incomparable auteur de tant de merveilles ; m’associer aux vœux que forme , autour de lui , pour sa conservation , si essentielle au salut de tous , la nation entière ».

Mais , ce n’est encore rien. Avancez : « Ce grand capitaine ôte les prestiges à la fable , pour transporter dans son histoire tout le merveilleux de la mythologie….. »

Lisez la suite , si les blasphèmes ne vous effrayent point. Je dois monter plus haut. Comment ne pas voir en effet , dans une vie si remplie de journées historiques , tous les événemens empreins du sceau de cette providence , qui , par tant de prodiges , montre à la terre le héro , appelé

 

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du fond des conseils éternels , à devenir l’instrument de ses desseins , et l’exécuteur de ses desseins. C’est le cri soudain et unanime de l’admiration universelle , qu’il y a , dans l’ensemble de cette étonnante destinée , je ne sais quoi de plus grand que nature , quelque chose enfin qui ne peut appartenir au temps , et qui est ni incertain , ni inconstant , ni divers comme lui ».

Il s’était bien trouvé , dans les antichambres de Buonaparté , parmi ses valets de toute classe , même parmi ses valets mitrés ( qui ne sont pas les moins rampans ) des individus assez vils pour le comparer à tous les grands hommes qui ont paru ; mais enfin ils le laissaient dans la classe des simples mortels. Aucun d’entr’eux n’a osé trouver dans la vie du corse , rien qui fût plus grand que nature. Et voilà le cardinal qui a peine à croire que le fils de Letitia soit simplement un homme. Veut-il donc en faire un dieu ? Ministre indigne de l’évangile , il me paraît clair que , si tu eusse existe du temps de Nabuchodonosor , tu aurais adore là statue d’or ; et peut-être eusse-tu été moins coupable que tu ne l’es , puisque la crainte de la fournaise eût du moins atténué le crime de ton apostasie !

Mais encore , sur quoi s’appuye l’éminentissime orateur pour placer si haut son héros ? « Ce monarque , visiblement couvert de la protection divine , balance dans ses mains triomphantes le sort des empires; il mesure leur force , divise leurs intérêts, leur prépare d’autres limites ; et compose pour le monde politique , à la tête de ses légions , un nouvel et durable équilibre ».

Otez de cette phrase les mots sonores et ampoules ; réduisez là à sa juste valeur , vous verrez qu’elle ne signifie autre chose , sinon que Buonaparte est sorti de France avec quatre ou cinq cens mille hommes pour inquiéter et molester tous les états de l’Europe , qu’il dévaste tous les pays par où il passe ; qu’il promène partout la guerre et la famine ; qu’il fait couler de tous côtés des fleuves de sang ; et que , parmi ces fleuves , il y en a un au moins de sang français , dont il est prodigue et peut-être altéré. Or , nous ne voyons pas dans tout cela ce qu’il y a de surnaturel et de divin. Il n’y a rien là ; absolument rien, qui ne convienne à des hommes abhorrés, et à jamais exécrables , tel que les Attila , le Gengiskan , les Tamerlan , ministres directs des puissances infernales ; et pouvons-nous admirer dans l’un ce que nous détestons dans les autres ? Voilà donc où conduit l’éloquence académique, à pallier les actions les plus atroces , parce qu’elles sont éclatantes ; et à embellir , par des couleurs mensongères , les plus noir forfaits; et c’est une bouche épiscopale qui change ainsi le noir en blanc , le mal en bien ; et c’est une bouche qui , pendant longues années , a fait retentir la chaire de vérité , et a parlé de Dieu en présence des peuples et des rois.

La suite au Numéro prochain.

                                                           

Du Cap , le 30 Septembre.

      A l’appui de ce que M. Peltier avance du neveu de Rewbell dans l’article consacré au prince de Bénévent , nous rapportons ici la plaisanterie à laquelle a donné lieu le séjour de cet agent en Suisse.

Un pauvre Suisse qu’on ruine ,

Demandait que l’on décidàt

Si Rapinat vient de rapine ,

Ou rapine de Rapinat.

                                                           

V   A   R   I   É   T   É   S.

S  O  N  N  E  T.

Éternité profonde ! abime impénétrable !

Vaste et sombre avenir ! quel œil audacieux

Dans les replis cachés de ton cercle durable

Oserait enforcer un regard curieux ?

Ton asile aux vertus sans cesse secourable ,

Leur offre du salut le port délicieux ;

Pour qui te méconnait , ton sceptre redoutable

D’une éternelle mort est l’arrèt odieux.

Ainsi de tes décrets la céleste justice ,

De l’enfer , ici bas , dévance le supplice

Dans l’âme du méchant qui résiste à ta loi ;

Alors que pour le bon ton sein toujours propice ,

Du haut des cieux entr’ouvre à sa fervente foi ,

De tes trésors divins l’ineffable délice.

                                                           

P  o  i  d  s    d  u    P  a  i  n.

Le pain d’un escalin.   .   .   .   .   18 onces.

                                                                                                                                                           

à   V  e  n  d  r  e.

De belles Cartes à jouer , à deux têtes et tarotées. S’adresser à l’Imprimerie.

                                                                                                                                                           

Au Cap , chez P. Roux , imprimeur de l’Etat.