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The principle article in this issue describes a speech given by President Christophe for the celebrations marking the fifth anniversary of Haitian independence. Christophe spoke to the Haitian people on the first of January about the robust and profitable industry, commerce, and agricultural production of northern Haiti. The president even boasted of ongoing trade with other countries, bragging ever so slightly that, in his words, “you have even seen the citizens of a country whose unjust laws forbid trade with you, hasten, in spite of their Government, to bring us supplies of all kind, and to become for us one of our most important branches of commerce.” After the end of the festivities, Christophe was treated to “unanimous cheers” of “Long live independence! Long live liberty! Long live Henry!”

*Provenance: Institution Saint-Louis de Gonzague, Port-au-Prince (Courtesy of Paul Clammer)

[Numéro 3]

 

GAZETTE OFFICIELLE

d e

L’ É T A T   D ’ H A Y T I,

Du  J e u d i   21 Janvier 1808, l’an cinquième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple, à son tour, a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

                                                                                                                              

Suite sur le Discours de B u o n a p a r t é.

Aussi combien le ton sentimental qui règne dans cette partie de son discours, que nous analyson, contraste avec le caractère connu de Buonaparte ! Et combien il est aisé de remarquer tout ce qu’il lui en a coûté pour l’adopter. Autant la première partie est claire, posititve, autant la seconde est obscure et embarassée. Aurait il encore quelque chose de cette pudeur qui, dans le cœur des plus grands, scélérats, se révolte contre l’imposture, et donne à son langage un caractère qui la trahit. A-t-il rougi de parler de ses vives émotions a un peuple qui ne connaît de lui que ses féroces comportemens, que sa sévérité froide et barbare, que ses formes brusques, que la profonde insensibilité avec laquelle il sacrifie des générations entières à ses projets gigantesques, à la grandissement de sa famille ? Qui, sans doute, une voix secrète lui disait alors qu’il était doublement cruel d’avilir et d’opprimer un peuple et de lui parler en même temps des vives émotions que son amour nous inspire ; que rien n’était plus insultant que de lui dire que l’homme qui décimait la population de la France était sans cesse présent à sa pensée ; que celui dont chaque prétendue victoire répandait le deuil dans les familles par les pertes qu’elle leur annonçait ou par les nouveaux sacrifices qui leur étaient imposés, était l’objet de leur tendre intérêt ; il n’a pu exprimer ces impostures sans avoir recours à un jargon métaphysique qui prouve combien le langage du sentiment lui est étranger, combien son cœur le désavoue lorsque la politique lui conseille de l’employer.

La suite au Numéro prochain.

ETAT D’HAYTI

Du Cap, le 20 Janvier.

L’anniversaire de l’indépendance de cet Etat a été célébré, le premier de ce mois, avec la pompe qu’exigeait la sainteté de ce jour. Les citoyens, accourus de tous côtés, ne pouvaient se rassasier d’un spectacle aussi délicieux. Le héros dont les savantes opérations avaient si puissamment concouru à l’institution de cette cérémonie, le chef estimable qui travaille incessamment à raffermir l’ouvrage de ses mains, a adressé au peuple et à l’année le discours suivant :

Militaires et Peuple d’Haïti,

« Vous voici pour la cinquième fois, réunis sous les auspices d’une providence bienfaisante, pour célébrer l’anniversaire de notre indépendance ; de ce jour mémorable, où la valeur ter-

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rassant la tyrannie, déploya aux yeux de l’Univers étonné, l’exemple terrible d’un peuple détruisant ses tyrans pour s’élever au rang des nations libres. Exemple magnanime de ce que peut l’amour de la liberté enflammé de celui de la patrie.

» Oui, Peuple d’Haïti, malgré les efforts de vos ennemis, la liberté couronne votre valeur, et l’indépendance compte déjà une série d’années qui acheminent à des siècles.

» C’est peu d’avoir établi cette indépendance ; c’est peu d’avoir renversé nos oppresseurs et de vous être affranchi de leur joug odieux, il faut conserver au milieu de nous les saintes institutions qui nous en garantissent la durée, et les transmettre, dans toute leur pureté, à nos derniers neveux ! Il faut leur donner l’exemple de toutes les vertus des peuples civilisés, faire rougir vos ennemis des attentats qu’ils ont commis contre vous, et justifier aux yeux de la nation chez lesquelles les préjugés n’ont point étouffé la justice, la courageuse audace qui a rompu à jamais nos fers.

»Qu’il est beau, après les secousses affreuses qui nous ont agités, de voir renaître une heureuse industrie, et que semblable à l’abeille diligente, dont une main destructive a renversé la ruche, qui s’empresse de la rebâtir plus régulière et plus magnifique qu’auparavant, vous vous êtes empressés de relever la culture, et de donner des alimens au commerce pour le faire refleurir avec une nouvelle splendeur.

»C’est avec une satisfaction toujours renaissante, que le vrai haïtien voit augmenter de jour en jour la prospérité de l’Etat et la fortune des particuliers. Les étrangers, contens de l’hospitalités qu’il trouvent chez nous, étendent journellement leurs spéculations et remplissent nos ports de leurs vaisseaux. C’est au milieu de la perspective heureuse que nous offrent ces dispositions favorables, que le Gouvernement n’a cessé de travailler pour votre bonheur.

»Il s’est sans cesse employé à vous assurer des relations qui puissent consolider cette indépendance que nous avons acquise au prix de notre sang ; il a protégé le commerce, favorisé la culture ; et tandis qu’il vous cherchait au loin des amis et des protecteurs puissans, vous avez vu par ses soins arriver dans nos ports des bâtimens chargés de toutes sortes de munitions, d’armes et d’objets d’habillement pour cette brave armée qui n’a point manqué un seul jour d’être à son poste et de renverser les satellites de nos ennemis : vous avez vu même les citoyens d’un pays dont les lois injustes interdisent le commerce avec nous, s’empresser, en dépit de leur Gouvernement et de leurs lois, de nous apporter des approvisionnemens de toutes espèces, et établir une des branches principales de notre commerce.

»Pour continuer à obtenir de  [illégible] heureuse prospérité, il faut une obéissance passive aux lois ; il faut que l’union et l’harmonie règnent au milieu de vous, que vous fermiez rigoureusement l’oreille aux suggestions de nos ennemis, et que vous éloignés de vous toute espèce de division.

»Si les hommes à qui la nature a refusé les doux sentimens de l’humanité, ont cherché à troubler le bonheur, qui doit être votre partage, ce nuage passager n’obscurcira pas longtemps l’horizon de la tranquillité. Leur chute est préparée de tous côtés, et leur trône est sapé de toutes parts ; vous verrez dans peu s’écrouler l’échafaudage élevé par leur charlatanisme et leur insigne perfidie.

»D’un autre côté le Gouvernement n’a jamais détourné ses regards, pleins de sollicitude, sur les haïtiens trompés ;

 

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ses bras leurs sont ouverts, et le jour où il pourra les y recevoir, sera un des plus beaux jours dans les fastes d’Haïti.

» Et vous brave armée et généraux intrépides qui la commandez, votre valeur n’a pas cessé de se signaler dans toutes les occasions. Après avoir versé votre sang pour l’établissement de notre indépendance, vous avez toujours continué à vaincre les ennemis de la tranquillité et contribué à la prospérité de l’état, la reconnaissance publique est votre récompense et la gloire votre partage. Témoins des efforts du Gouvernement pour assurer votre paye et votre habillement, soyez persuadés que sa sollicitude ne sera pas vaine, et qu’il ne cessera pas un seul instant de songer à vous.

» Enfin militaires de tous grades et habitans de tout état, concourrez tous de votre pouvoir à aider le Gouvernement à consolider l’édifice de cette indépendance, dont nous célébrons en ce jour solennel l’anniversaire ; employons toutes nos facultés à la maintenir, et jurons tous de sacrifier et de consacrer jusqu’au dernier souffle de notre vie pour la conserver et l’assurer à jamais !

» Pour moi, ô mes Concitoyens ! les plus ardens de mes voeux et mes désirs les plus vifs, sont de voir cette indépendance si chérie, reconnue de toutes les nations de la terre, de voir la paix et le bonheur établis au milieu de nous, et la fin des dissentions qui nous affligent. Le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrais célébrer avec vous le rétablissement de la paix, et être témoin du retour de la tranquillité et du bonheur dans notre pays. »

Vive la Liberté ! Vive l’Indépendance !

Ces augustes cris, mêlés avec celui de Monseigneur le Président, ont retenti de toutes parts.

M. le Commissaire du Gouvernement, interprète des Tribunaux et des Officiers civils de la Province, s’est approché de Monseigneur, et lui a prononcé ce discours :

« Avec le renouvellement de l’année nous voyons renaître l’anniversaire de notre indépendance; c’est pour la cinquième fois que l’astre du jour éclaire cette pompeuse cérémonie, dont la seule idée réveille dans le cœur des enfans d’Haïti, le souvenir de leurs nobles travaux. Telle est l’allégresse qu’inspire cette précieuse institution, que chacun de nous croit jouir pour la première fois d’un bien si ardemment désiré et obtenu par tant de sacrifices.

»Une sainte ivresse s’empare de nos âmes à l’aspect du symbole révéré qui flotte sur nos étendarts;  c’est le prix de vingt années de combats, de souffrances et de privations; c’est le gage assuré de nos glorieuses destinées, et lorsque les généreux fondateurs de l’indépendance et de la liberté descendront dans le tombeau, ces titres subsisteront, ces signes vénérables attesteront ce qu’ils furent autrefois, et diront à leurs successeurs : « Voilà ce que vos devanciers ont fait pour vous; voilà le dépôt qu’ils confient à vos mains ! »

» Ah ! s’il est un instant où il soit permis à l’homme de se complaire dans ses œuvres et d’en tirer vanité, c’est sans doute celui où possesseur du fruit d’une patience courageuse, il en savoure la douceur, où ses yeux attendris et satisfaits contemplent l’auguste salaire du sang versé pour la patrie.

» O félicité pure et inexprimable! un peuple sorti tout-à-coup du sein du néant auquel l’avaient condamné l’injustice et la cupidité des autres hommes, n’avant pour guide que la voix de son cœur, pour préceptes que ceux de la nature, pour ressource, que son industrie, et pour recommandation, que sa dignité d’homme, a voulu vivre

 

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libre et indépendant, et cette généreuse résolution lui a suffi pour briser d’indignes entraves, et se mettre au niveau des nations policées!

»O spectacle enchanteur! aux pieds de l’autel de la liberté, sur le sommet duquel on voit sourire et planer le génie de l’indépendance, un peuple tout à la fois guerrier, agriculteur, commerçant et industrieux, dépose au milieu de ses trophées les productions du sol qu’il a défendu et fertilisé! Enivré de son bonheur, il adresse au ciel de mâles accens aux lieux même où jadis ! .. Mais pourquoi mêler à la majesté de ce tableau, la teinte lugubre des malheurs par lesquels l’Eternel a voulu nous éprouver? Si quelques calamités nous ont affligés, ce Dieu, juste et bien, nous a donné le courage de les supporter ; il nous a accordé de consommer l’œuvre de notre régénération; que di-je? Si toutes les années nous ramènent cette fête, l’orgueil de nos cœurs, la base fondamentale de notre Constitution, et a jamais l’exemple et l’admiration de notre postérité ; c’est à ses boutes que nous le devons.

» Soldats’ ! qui ajoutez à l’intérêt et à l’éclat de ce grand jour, après avoir acquis tant de droits à l’estime et à la vénération de vos Concitoyens, voudriez-vous démentir vos premiers pas dans les sentiers de l’honneur, et disparaître du rang des peuples libres et civilisés, en refusant de rendre à Dieu les grâces que vous lui devez? Non ; des sentimens si bas n’ont jamais approché de vos cœurs, brûlans d’amour pour la patrie. Hé bien ! la meilleure manière de servir Dieu et de l’honorer, c’est d’observer religieusement les devoirs de votre état;  c’est de rester soumis, fidèles  obéissans au Chef auguste qui a constamment partagé vos périls et vos disgrâces, qui vous a fait jusqu’icî triompher, et dont le ciel daigne encore vous prêter le bras pour vous faire sortir victorieux de la lutte dans laquelle vous êtes engagés;  c’est enfin de combattre et de repousser ces monstres d’ingratitude et de perversiré qui foulant aux pieds tout sentiment de pudeur et d’humanité, outragent l’Autorité respectable qui fut de tous les temps votre appui , votre bonheur et votre consolation.

» Et vous industrieux cultivateurs, qui venez consacrera votre Dieu les prémices de vos champs, savez-vous de quelle façon il veut que vous reconnaissiez ses faveurs? C’est en continuant de vous livrer avec ardeur aux travaux de l’agriculture;  c’est en élevant vos enfans dans le respect aux lois, dans l’amour et la fidélité qu’ils doivent au généreux. Chef qui nous protège. N’oubliez pas que le travail est le soutien de toute société et la prière de l’homme libre ; souvenez-vous toujours, haïtiens ! que les anciens romains, dont vous avez plus d’une fois ressuscité les sentimens et l’héroïsme, ne rougissaient pas d’appuyer sur la charrue les bras que venaient de porter si glorieusement le fer et le bouclier ;  puissent cette énergie et ce grand caractère se perpétuer d’âge en âge! Et puissions-nous , toujours dignes de la patrie et du héros qui nous guide, crier dans les transports d’une âme vertueuse! »

Vive l’Indépendance ! Vive la Liberté !

Vive H e n r y !

Les applaudissemens unanimes et les vœux du peuple ont terminé ce discours.

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Poids du Pain.

Le pain d’unn escalin. ……………20 onces.

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Au Cap, çhez P. Roux, imprimeur de l’Etat.

 

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