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Almost entirely taken up with an excerpt from L’Ambigu commenting on Napoleon Bonaparte’s continuous attempts to expand the French empire, this issue, the fourth to appear in 1808, also announces a new law requiring a tax of twenty-four gourdes to be paid for all sugar imported into Haiti from abroad. The pagination here continues to be continuous from issue to issue, but evidently starts over at page one with every new year.

*Provenance: Bibliothèque Nationale de la France

 

 

(  N u m é r o   4.  )

 

 

GAZETTE OFFICIELLE

d e

L’ É T A T   D ’ H A Y T I,

Du  J e u d i   28  Janvier 1808 , l’an cinquième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple , à son tour , a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

                                                                                                                              

Suite sur le Discours de B u o n a p a r t é.

I L n’y a rien dans la soumission actuelle des français dans la tolérance avec laquelle ils reçoivent les outrages de Buonaparté , dans l’appui qu’ils prêtent à une tyrannie toujours croissante , dans leurs efforts pour servir un homme qui s’attribue l’honneur de leurs exploits , il n’y a rien qui doive étonner ceux qui ont observé par quelles gradations ils ont été amenés à leur situation actuelle. Les premières tentatives du Buonaparté pour calmer en France l’acharnement des partis, arrêter les vengeances révolutionnaires , rétablir la morale publique , ont trompé tous les esprits. Il a trouvé dans toutes les classes , pour les nobles vues qui semblaient l’animer , un concours dont il s’est servi pour établir un autre genre d’oppression que celui qu’il avait détruit. La nation entière était enchaînée par sa propre volonté , par sa propre impulsion , par tous les efforts généreux auxquels elle s’était portée pour briser le joug révolutionnaire, lorsque Buonaparté s’est démasqué. Les nouvelles concessions qu’on lui a faites depuis , et qui l’ont porté au rang suprême , n’ont plus été que nominales , et lorsqu’il semblait attendre du vœu de la nation ou l’hérédité du pouvoir dans sa famille ou un titre souverain , il était déjà le despote le plus absolu qui existe dans le monde civilisé. Toutes les terreurs , toutes les oppressions , tous les prestiges ont ensuite été réunis pour fixer cette autorité usurpée , pour la rendre imposante et redoutable. Buonaparté ayant eu le bonheur de trouver des complices et des agens dans les hommes mêmes qui avaient été l’espoir de la France dans les rapides intervalles où elle avait joui de quelque liberté , pût s’occuper tranquillement à désorganiser les partis , à décourager les opinions qui lui étaient contraires , et à étouffer par les habitudes de l’esclavage les dernières étincelles d’une indépendance qui avait produit trop d’égaremens et de désastres pour laisser après elle des traces ou des regrets.

En temps de paix , des lois barbares , des juges dévoués , cent mille espions , trente mille gendarmes , une partie de son armée lui répondent de la tranquillité publique. En temps de guerre, tous ces jeunes gens arraches par des conscriptions successives à leurs foyers , ou enrôlés par la force dans ses légions , attachés par la nécessité à sa fortune , lui répondent de

 

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l’inaction des familles dont ils sont l’espoir. Eh ! ne pourrait-il pas exterminer en une nuit les enfans , si les pères osaient s’armer contre son pouvoir ? Ainsi il lie tous les vœux de ce malheureux pays à ses succès , parce que ses défaites coûteraient plus de larmes que des victoires. C’est là , sans doute , cet intérêt , ces sollicitudes , dont il veut parler dans son discours.

Cependant , pour ne pas ôter tout à fait à la nation française une certaine fierté sans laquelle l’esprit militaire s’éteindrait bientôt , il a soin de lui montrer les peuples qui l’avoisinent comme devant un jour devenir ses tributaires ; cherchant ainsi à la tromper par des illusions semblables à celles qui , dans la décadence de l’empire romain , pouvaient flatter

encore les descendans du peuple roi , malgré l’avilissement où ils étaient tombés .

Il les flatte de l’idée qu’il n’est que le le premier parmi eux ; il les appelle un bon et grand peuple , afin de leur montrer la distance qui existe entre eux et les nations qu’il a subjuguées . Il les a ainsi flattés chaque fois qu’il a voulu faire un nouveau pas vers le pouvoir arbitraire , et il n’est pas douteux qu’il ne médite quelque changement qui bannira un de ces simulacres représentatifs qu’il n’a laissé exister que pour montrer par l’inaction où il les laisse , par la nullité à laquelle il les condamne , ou par l’avilissement auquel eux- mêmes se soumettent , que les hommes qui les composent , autrefois apôtres de la liberté , n’ont jamais voulu que des places , et ont vendu sans hésitation leur honneur , sacrifié leurs principes au tyran qui les soudoyé. Ainsi il médité un outrage nouveau contre les français , lorsqu’il semble en quelque sorte dépouiller la pourpre impériale pour se dire leur égal , lorsque feignant d’ être entraîne par un sentiment vif et profond , il les appelle un bon et grand peuple. En ! que leur a-t-il laissé qui puisse justifier ce titre dont il les salue , qui puisse leur persuader que ce n’est pas une ironie aussi cruelle qu’insultante ?

Oui , le français serait revenu à ses mœurs douces et faciles , aux habitudes morales que la révolution avait perverties , à l’amour de ses anciens maîtres qui redevenait un besoin pour lui , depuis les catastrophes qui avaient puni sa rébellion. Tout concourait à le faire rentrer dans la ligne sociale , ses malheurs , ses repentirs , et son mépris pour les misérables qui avaient empreint son caractère de leurs passions viles et féroces . Mais Buonaparté paraît , et toutes ces dispositions sont détournées de leur direction salutaire. Il employé au profit du despotisme ce besoin du repos , de morale , de religion , ces soupirs vers une autorité tutélaire , vers une famille essentiellement bonne , noble et loyale. Il corrompt , par les farouches habitudes de la guerre , la génération qui aurait profité de l’exemple des malheurs passés , pour se confirmer dans tous les devoirs si cruellement méconnus par la génération précédente. Il efface tous les vestiges du caractère national qui avaient résiste à l’action révolutionnaire. Il ne conserve , il ne cultive que cette bravoure qui avait ennobli la nation au milieu de ses crimes et de ses désordres , et c’est pour en faire un épouvantail pour l’Univers et un fléau terrible pour l’Europe. Oui , ce peuple eût été encore une fois un bon et grand peuple , sans cet étranger qui ose se dire le premier parmi les français ; lui qui est né dans un pays conquis par leurs armes , chez une nation sujette de la France ; lui qui a constamment manifesté contre eux , dans ses faits militaires et politiques , la haine qu’il leur porte ; lui qui s’était fait le valet de leurs bourreaux , afin de devenir leur bourreau à son tour. Ah! s’il était français on pourrait espérer qu’un jour germerait dans son âme quelque noble projet, quelque résolution généreuse ; que , désabuse des rêves de sa désolante ambition , il consen-

 

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tirait à rendre à la patrie une famille sincèrement regretté , ou qu’au moins il ne chercherait pas à faire de la France un objet d’effroi pour les peuples et de mépris pour la postérité. Mais il est étranger , il est sans pitié pour les misères d’un pays dont l’aspect ne fait point palpiter son cœur, où il ne voit ni le berceau de sa famille ni les tombeaux de ses pères. Il appartient à un sol où germe , comme sur un terrain qui lui est propre , les vengeances , les passions haineuses , les inclinations féroces. Il n’y a rien de français dans son organisation physique et morale ; et le même climat , dont l’influence a donné à ses traits une teinte étrangère  , a déposé dans son sein le germe de tous les forfaits dont il épouvante le monde. Il sait bien que ce peuple qu’il n’a subjugué qu’en trompant ses vœux , qu’en paraissant flatter les regrets qui le ramenaient vers l’ancien ordre de chose , il sait bien qu’il le repousse par tours les préjugés , par toutes les répugnances du caractère national. C’est pour cela qu’en parlant de celui de ses frères dont il va faire un roi , il affecte de l’appeler un prince français , de de dire qu’il saura concilier les intérêts de ses nouveaux sujets avec ses premiers et ses plus sacrés devoirs. Il veut flatter la nation de l’idée qu’en régnant sur des contrées étrangères , cet individu de sa famille conservera un cœur français ; mais il laisse à dessein la fin de la phrase équivoque , comme s’il se repentait de cette différence , et parce qu’il ne veut pas dire que le premier et le plus sacré devoir e ce roi nouveau , sera d’être plus étroitement dépendant de celui à qui il doit son titre , que lié au pays dont le sang et les trésors ont été prodigues pour élever son trône.

Au reste , Buonaparté indique suffisamment par cette phrase l’état de soumission où il veut retenir les rois qu’il crée , ainsi que le but pour lequel il les institue. Ce titre de roi , auquel s’attachaient toutes les idées de grandeur , de puissance , d’indépendance et de souveraineté , est tout à fait dénaturé par lui. Il n’indique plus qu’une situation précaire et subalterne ; et celui qui en est revêtu ne doit jamais oublier que ses états ne lui appartiennent que nominalement , et qu’il répond de ses sujets comme un pâtre répond des troupeaux confiés à sa garde. Le projet des républicains français était de détruire les rois : Buonaparte fait plus , il les avilit ; agrandissant ainsi le but de la révolution  française , et corrompant dans leur source ces pouvoirs protecteurs dont elle ne menaçait que l’existence , mais dont elle n’eût jamais pu consommer la honte.

On voit par les discours de Buonaparté , que tout en s’occupant au milieu des dangers de la guerre , de la conservation de sa personne , du bouleversement de l’Europe et de l’agrandissement de sa famille , il a songé aussi à changer quelque chose à ses immuables institutions. Il ne veut point que l’on attribue l’honneur de ces changemens à ses conseillers , il le revendique tout entier pour lui seul. Il veut qu’on sache qu’il est lui seul son conseil , et qu’aucun génie caché ne lui inspire les combinaisons qui fixent les destinées de ses peuples. J’ai médité , dit – il , différentes dispositions pour simplifier et perfectionner nos institutions.

Afin de réaliser ce que lui ont dit ses flatteurs , Buonaparté veut prétendre à toutes les gloires , et prouver qu’il est au moins un penseur aussi profond que l’abbé Sieyès , dont il fut l’élève . Si l’on calculait les altérations que depuis huit ans il a faites à ses institutions , on trouverait que cet homme , qui prétend à la stabilité , a imaginé à lui seul plus de constitutions que tous ces prédécesseurs révolutionnaires. Il ne peut trouver de fixité pour son gouvernement que dans le despotisme absolu , de physionomie prononcée , que dans les allures sévères d’une tyrannie inquiète et

 

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barbare. Quoique les corps qu’il a créés aient été plus soumis et plus vils qu’il ne pouvait lui – même l’espérer , quoiqu’ils aient placé leur orgueil et leur rivalité dans les tournures nouvelles qu’ils imaginaient pour les flatter ; quoiqu’ils l’aient invite à tout oser pour consommer l’esclavage des français , leurs noms lui sont importuns. Ce sont des fantômes à la vérité ; mais les ruines sur lesquelles ils apparaissent rappellent des souvenir qu’il faut éteindre. Eh ! d’ailleurs , pourquoi employer encore des ménagemens avec une nation à qui il fut peut-être utile d’offrir d’abord ces garantie chimériques contre le pouvoir arbitraire , mais qui est maintenant assez humiliée pour qu’on ne daigne même pas la tromper ?

La suite au Numéro prochain.

                                                                                                                                                           

É T A T   D ’ H A Y T I.

                                                           

A  R  R  Ê  T  É

Q u i  assujettit à un Droit de Vingt-Quatre gourdes les Sucres raffinés importés dans l’Etat

d’Haïti.

                                               

H E N R Y   C H R I S T O P H E ,

Président et Généralissime des forces de terre et de mer de L’Etat d’Haïti.

Considérant qu’il s’importe , dans cet Etat , une certaine quantité de sucre raffiné , qui nuit au débit de celui fabrique dans le pays ;

Que le gouvernement doit être attentif à encourager les manufactures nationales , en écartant pour eux , autant que possible , la concurrence étrangère ;

Que cette denrée faisant une principale branche du commerce de cet Etat , il est instant de donner à son exploitation toute la protection possible ;

Nous avons arrêté et arrêtons ce qui suit:

Art. 1er. A compter du 1er  février ; tout sucre blanc , terré ou raffiné , importé de l’étranger , payera un droit de vingt-quatre gourdes par quintal ou cent livres pesant.

  1. Le directeur de la douane est spécialement chargé de veiller à ce qu’il ne soit débarqué aucun sucre quelconque venant de l’étranger , sous le peines portées par les art. 1er  et 4 de la Proclamation du 30 Janvier 1807.

Le présent Arrêté sera imprimé , lû , publié et affiche partout où besoin sera.

Fait au palais du Cap, le 20 Janvier 1808, l’an cinq de l’indépendance.

H E N R Y  C H R I S T O P H E.

Par le Président ,

Le secrétaire d’Etat , Rouanez jeune.

                                                                                                                                                           

M O U V E M E N T   D E   L A   R A D E

Pendant les mois de Décembre et Janvier.

A  r  r  i  v  é  e    d  e    N  a  v  i  r  e  s.

Dix bâtimens étrangers , chargés de provisions et de marchandises sèches.

D  é  p  a  r  t  s    d  e    N  a  v  i  r  e  s.

Dix-huit bâtimens étrangers , chargés de café , sucre et cacao.

                                                                                                           

A   V   I   S

  1. MM. D’Arcy et Didier préviennent qu’a compter du 5 Janvier , leur maison continuera sous la raison de J. N. D’Arcy et H. Didier.

D’ A R C Y  et  D I D I E R.

Cap , le 5 Janvier 1808.

                                                                                                                                                           

A  V  I  S    D  I  V  E  R  S.

On vend à l’Imprimerie l’Alphabet pour apprendre à lire , des Cantiques spirituels , le Catechisme pour faire la Communion , le Saint Suaire de Notre – Seigneur , et la Neuvaine à saint Antoine de Padone.

On vend chez M. Paul Lacroix , aux Gonaïves , des Alphabets pour apprendre à lire et des Cantiques spirituels.

                                                                                                                                                           

Au Cap, chez P. Roux, imprimeur de l’Etat.