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Continuing to report on the “threatening” movements of Bonaparte, particularly, his designs on the South American colonies of Brazil and Peru, this issue finishes by announcing a new law in Haiti. The law, which was passed on February 29, 1808, states that “any person traveling to the interior of Haiti” will now be required to “hold a passport, or risk arrest.” Primarily aimed at military deserters, the president states that this mandate will mitigate the potential for such abandonment and “abuse.”

*Provenance: Bibliothèque Nationale de France

 

(  N u m é r o   9.  )

 

 

GAZETTE OFFICIELLE

d e

L’ É T A T   D ’ H A Y T I,

Du  J e u d i   3  Mars 1808 , l’an cinquième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple , à son tour , a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

 

                                                                                                                           

Fin du Tableau politique de l’Europe.

L’Espagne comme le Portugal n’ont dû jusqu’a ce jour leur indépendance et leur sécurité apparentes qu’à leurs colonies , dont Buonaparté convoite les immenses produits ; il sait bien qui les perdrait pour jamais , s’il détruisait les puissances dont ces contrées reconnaissent la souveraineté ; il sait que l’indépendance du Brésil et du Pérou serait la suite inévitable de cette agression , et que ces deux royaumes , réunis peut-être dans peu de temps sous un prince illustre, ne tarderaient pas à se lier à l’Angleterre , comme un seul pouvoir en état de les approvisionner et de les protéger. La présence d’un prince européen dans des pays accoutumés à obéir à des souverains qu’ils ne voient jamais , produirait sur les colonies espagnoles et portugaises une sensation tout-a fait nouvelle. C’est là ce que Buonaparté redoute si le prince régent tient au projet dont l’exécution est encore pour nous un problème.

L’armée de Bayonne n’avait encore fait aucun mouvement le 22 Septembre ; elle restera stationnaire jusqu’à ce qu’on ait renoncé à ébranler la fermeté du prince régent par des intrigues , ou jusqu’à ce qu’on l’ait séparé de tous ses appuis et mis dans l’impossibilité de prendre un parti vigoureux. Nous ne dirons pas qu’il a existé sur ce point quelque indécision dans le cabinet de Lisbonne ; mais il est difficile d’expliquer pourquoi tout n’était pas préparé depuis long-temps pour l’exécution d’un projet conseillé par l’honneur et la politique. Le Portugal pouvait-il espérer de rester long-temps dans la situation précaire où Buonaparté ne l’avait laissé que jusqu’au moment où ayant achevé d’autres entreprises plus importantes , il n’aurait besoin , pour le conquérir , que de l’épouvantail d’une armée rassemblée aux pieds des Pyrénées. L’impossibilité de la résistance a dû indiquer la nécessité de la fuite, mais d’une fuite honorable , et telle qu’elle convient à un prince qui , en renonçant au royaume qu’il ne peut protéger, ne capitule point avec un brigand qu’il méprise , et va chercher dans d’autres climats des sujets qui l’accueilleront avec enthousiasme.

Tandis qu’une armée se rassemble à Bayonne pour menacer le Portugal , un article de la Gazette de Milan menace l’Italie de changemens importans qui auront lieu à l’arrivée de Buonaparté dans ces

 

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contrées. Ce sont là les traits caractéristiques de l’époque où nous vivons : une armée stationnaire, semblable à cet oiseau fabuleux dont le regard donnait la mort , subjugue à une distance de deux cent lieues le pays qu’elle menace , tandis qu’un article de gazette annonce à plusieurs millions d’hommes que leurs destins vont changer. Les journaux qu’un jour voit naître et mourir , sont donc maintenant les archives des nations ! Ah ! sans doute la Providence a voulu que dans ces feuilles éphémères nous vissions l’image de l’ordre de choses actuel et le sort qui attend toutes les créations gigantesques , formées de masses rassemblées au hazard , entassées sans ordre , déplacées sans motifs , qui n’ont entr’elles aucune analogie , et que le plus léger souffle de l’adversité fera un jour crouler avec fracas , ainsi que leur insensé fondateur.

Les changemens que Buonaparté fait annoncer pour l’époque de son voyage en Italie , semblent devoir reposer sur une plus grande concentration de territoires , qui sans doute réunira en deux royaumes et peut-être en un seul empire , toutes les Italies. Peut-être entre-t-il dans les projets de cet homme de ressusciter l’empire romain et de fonder un jour le trône qui doit dominer le monde entière sur les ruines de l’ancienne Rome , effrayant ainsi les nations de tous les souvenirs de cette puissance colossale , dont les débris ont formé des empires.

Il faut se rappeler que Buonaparté a dit que ses troupes d’Italie devaient aussi prétendre à la gloire , qu’il a cherché à les amalgamer avec les siennes , comme s’il eût voulu retremper ces hommes efféminés et ressus ( ?) citer parmi eux l’antique caractère des romains. Peut-être aussi qu’il choisira pour son séjour cette belle Rome , ce délicieux climat , cette terre fatiguée de merveilles, et que semblable à Tibère , du fonds de cette nouvelle Caprée , il gouvernera le monde.

Mais détournons notre attention de ces projets gigantesques pour la diriger sur les deux puissances qui ont supporté les désastres des deux dernières campagnes , et sur la manière dont elles réparent ou soutiennent leurs infortunes.

L’Autriche a réorganisé à peu près son armée ; mais lui a-t-elle rendu le courage et la confiance ? L’empereur François s’occupe des fêtes de son mariage ; l’archiduc Charles forme des soldats et cherche des généraux. Il n’y a plus de cabinet autrichien , plus de politique autrichienne ; l’inaction de l’Autriche , pendant la dernière campagne , en est la triste preuve. Ce n’est plus cette puissance grande dans l’infortune, énergique dans ses révolutions, opiniâtre dans ses desseins, invariable dans ses principes. Hélas ! ses timides calculs , ses tristes vengeances , ses ressentimens que les malheurs d’une puissance rivale auraient dû calmer , pénètrent d’une affliction profonde tous les hommes qui fondaient leur espoir sur une générosité , sur une grandeur d’âme dont l’histoire de la maison d’Autriche offre des exemples frappans.

Sans doute que le cabinet de Vienne ne citera pas comme une preuve de l’énergie qui anime ses conseils , le refus qui a été fait par le commandant de Trieste de laisser débarquer sur le territoire autrichien les troupes russes qui avaient formé la garnison de Cattaro. Pourquoi n’avoir pas prévu cet incident ? Pourquoi donner à l’empereur de Russie cette marque d’inattention ou ce sujet de mécontentement ? Il est vrai que l’empereur François a envoyé de Glatz l’ordre de laisser débarquer ces troupes ; mais cet ordre n’a fait que prouver ou un changement de résolution , ou un défaut de prévoyance de la part de ceux qui dirigent ce souverain.

Un spectacle digne de l’attention et de l’intérêt de l’Univers , c’est celui qu’offre sa majesté le roi de Prusse , dans l’état

 

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d’abandon et de dénuement où l’ont jeté ses défaites. Au moment même où l’insolent triomphateur fait célébrer à Paris l’anniversaire de la bataille de Jena par des fêtes dans lesquelles le bigame Jérôme brille de tout l’éclat enlevé à la monarchie prussienne , le petit-fils du Grand Frédéric punit les ignorans et les traîtres qui ont sacrifié son armée ; il renouvelle tout son ministère , et signale le retour de ce discernement , qui n’aurait jamais dû l’abandonner , par le renvoi de ce Lombard , dont toute la carrière politique n’est remplie que d’intrigues et de trahisons. Digne occupations d’un souverain qui veut expier les erreurs de sa politique , la faute qu’il a faite de conquérir sans combattre , et de combattre ensuite pour conserver ses conquêtes ! En même temps que le monarque ne dissimule point son indignation contre un brigand qui , malgré la foi des traités , occupe encore des pays qui aujourd’hui devraient être évacués , il manifeste aussi ses mécontentemens contre les habitans de Berlin , qui , comme ceux de toutes les capitales , ont caressé le vainqueur pour conserver leurs jouissances.

Il ne paraît pas que l’influence des nouveaux rapports de la Russie avec Buonaparté aille aussi loin qu’on l’avait redouté d’abord. Les ports de ce royaume ne seront point fermés à nos vaisseaux , et l’embargo dont on avait effrayé notre commerce , n’aura point lieu. Il est vrai que Cronstadt, Revel et Riga sont mis dans un état respectable de défense ; mais ces démonstrations, justifiées par la présence de nos flottes dans la baltique , ne paraissent pas devoir être poussées au-delà du sentiment de prévoyance qui les a conseillées. On remarquera que nos croiseurs dans l’Adriatique , n’ont mis aucun obstacle au débarquement de la garnison de Cattaro sur le territoire de Venise , et que la flotte russe , à la nouvelle de la paix avec la France , n’a éprouvé aucune difficulté à se séparer de la nôtre. Cette sécurité des deux côtés semblerait indiquer que la Russie est sans projets hostiles , et que nos ministres , qui avaient l’occasion de prendre contre le nouvel ami de Buonaparté des précautions conseillées par la prudence , ont dédaigné cette offre de la fortune , sans doute par la certitude que nous étions assez forts pour ne rien devoir à ses chances.

L’empereur de Russie a publié un ukase pour annoncer la publication de la paix. En général , le ton qui règne dans cette pièce est calme , noble et décent , tel qu’il convient à un grand monarque , qui montre dans cette circonstance que les leçons qu’il a reçues de Buonaparté , dans son entrevue sur le Niemen , ne lui ont donné ni la jactance ni la stupide vanité de son mentor. Sa majesté l’empereur de Russie annonce qu’il a refusé des aggrandissemens qu’on lui offrait aux dépens de son allié ! Cet aveu , assez remarquable dans une pièce de ce genre , semble annoncer, de la part de l’empereur Alexandre , l’intention de montrer que Buonaparté n’a pu séduire entièrement son cœur magnanime ; qu’il n’a pu le rendre complice de cette lâche vengeance qui poursuit un prince malheureux jusques sous les débris de son trône.

Nos différends avec les américains ne tarderont pas à être terminés , et la manière dont ils accueilleront la proclamation que sa majesté a publiée à ce sujet , nous montrera si réellement ils cèdent à une influence étrangère , et si les griefs qu’ils nous objectent ne sont pas de vains prétextes pour colorer une rupture.

Extrait de l’Ambigu.

                                                           

A  V  I  S.

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E T A T   D ’ H A Y T I.

                                                           

A   R   R   Ê   T   É

Q U I  ordonne à tous les Individus , voyageans dans  l’intérieur de l’Etat d’Haïti , de se munir de Passe-ports , sous peine d’être Arrêtés.

                                               

H E N R Y  C H R I S T O P H E ,

Président et Généralissime des forces de terre et de mer de l’Etat d’Haïti.

Considérant qu’un grand nombre de personnes , soit militaires ou autres , se transportent d’une commune à une autre , et même à plusieurs communes de distance , sans aucun passe-port;

Que même des officiers se permettent de laisser leurs corps , sans autorisation , par la facilité qu’ils ont de passer , sans examen , les postes militaires ;

Qu’il pourrait résulter de cette licence , des abus , qu’il est nécessaire de prévenir ;

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Art. 1er.  Il est défendu à tout officier militaire , depuis le grade de colonel jusqu’à celui de sous-lieutenant , de sortir du lieu de son cantonnement ou de sa garnison , sans une autorisation spéciale du chef supérieur du lieu où il réside ; les officiers d’un régiment sont tenus seulement d’avoir un permis de leurs colonels ou chefs de bataillons.

  1. Il est aussi défendu à tous les officiers civils , appartenans aux corps administratifs ou judiciaires , de sortir du lieu où ils sont employés , sans un congé dans les formes et un passe port du commandant de la place.
  2. Tout individu militaire ou autre employé du gouvernement , qui sera trouvé voyageant sans être muni d’un congé ou passe-port , sera arrêté , renvoyé au lieu de sa garnison ou de son cantonnement , pour les militaires ; et dans les endroits où sont employés les autres fonctionnaires, auxquels il sera infligé telle punition qui sera jugée convenable.
  3. Tout particulier voyageant sans un passe-port en bonne forme , sera arrêté et renvoyé sous escorte , au commandant de la place du lieu de sa résidence.
  4. Il est ordonné à tout commandant de place , de quartier , ou chef de poste , de faire arrêter tous les individus , autres que les officiers généraux , qui seront trouvés voyageans sans permis ou autorisation de leurs supérieurs , et de les faire conduire ainsi qu’il est ordonné par l’article 3 .
  5. Tout commandant de place , de quartier ou chef de poste , qui négligera de mettre à exécution l’article précédent , sera puni d’un mois de détention pour la première  fois , et de destitution en cas de récidive.
  6. Le présent Arrêté sera imprimé , lu , public et affiché partout où besoin sera , et les lieutenans généraux , maréchaux de camp , commandans d’arrondissemens et de place , sont spécialement charges de son exécution.

Fait au palais du Cap , le 29 Février 1808 , l’an cinq de l’indépendance.

H E N R Y   C H R I S T O P H E.

Par le Président ,

R o u a n e z  jeune , secrétaire d’Etat.

                                                                                                                                                           

 

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