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Continuing with its attack on both Antoine Dupré and rival president Alexandre Pétion, this issue quotes Father Corneille Brelle as stating that the country of Haiti has “only one leader,” Henry Christophe, and only one prefect, Brelle himself. This last point was a jab at the curé of the southern republic, P. J. B.  Jh Lemaire, who had evidently issued a “pastoral invitation” to the inhabitants of the northern state of Haiti.

*Provenance:  Beinecke Rare Book and Manuscript Library at Yale University

 

(  N u m é r o   49.  )

 

GAZETTE OFFICIELLE

de

L’ É T A T   D ’ H A Y T I ,

Du  J e u d i  7  Décembre 1809 , l’an sixième de l’indépendance.

                                                                             

Chaque Peuple , à son tour , a brillé sur la terre.

Voltaire , Mahomet.

                                                                                                                                    

E T A T   D ’ H A Y T I.

                             

U N   M O T ,

Un seul , un dernier mot , de P. Corneille Brelle , préfet apostolique de l’État d’Hayti , au P. J. B.  Jh Lemaire , curé , en réponse à son Invitation pastoral.

                                                           

Attendite à falsis Prophetis , qui veniunt ad ços in vestimentis ovium , intrinsecus autem sunt Lupi rapaces.

Gardez-vous des faux Prophètes , qui viennent à vous vètus comme des Brebis , et qui au – dedans sont des Loups ravissans. En S. Mathieu , Chap. 7 , Vers. 15.

                                                           

JE n’ai point répondu , mon cher Confrère , à la Réplique d’un Soldat à ma première Invitation pastorale. Je ne répondrai pas plus à l’épigramme ressassée de l’ex-barbier , de l’ex-comédien Dupré , triste plagaire du plus grand des Poëtes. Ces productions grossières et dégoûtantes , pour tout homme pensant , ne méritent que le silence du mépris. Je ne répondrais pas même à votre Invitation , si elle n’attaquait que ma personne ; mais elle attaque la religion ; elle applique à faux ses vrais principes ; elle attaque ma doctrine et mon caractère ; elle est propre à entraîner dans l’erreur et affermir dans la révolte les peuples que nous devons éclairer. Il est de mon devoir d’y répondre, et de confondre l’imposture et la calomnie. Je le ferai sans aigreur , sans amertume.

D’abord , je commence par le préambule de votre Invitation , et je relève une petite erreur que la force de la vérité vous fait commettre. Vous vous qualifiez Préfet apostolique de la partie saine de l’Etat d’Hayti. Vous vous trompez ; si vous êtes préfet apostolique , vous l’êtes tout au plus de la République d’Hayti : vous oubliez que vous êtes républicain : ce titre est cependant si beau , surtout dans une si belle et si policée république que la vôtre. Il n’y a qu’un seul préfet dans l’Etat d’Hayti , comme il n’y a qu’un seul chef  H e n r y   C h r i s t o p h e.

A ses frères non égarés , etc. Vous avez raison , ils n’ont pas dévié d’un seul instant dans les routes du crime.

Pour les maintenir dans la charité de Jésus-Christ , etc. Vous prêchez la charité

 

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de Jésus-Christ , précepte fondamental de notre sainte religion , et vous le violez au même instant de la manière la plus scandaleuse. Vous traitez d’impie , le bon , le religieux Président qui nous gouverne , votre maître et le nôtre. Quel est celui que vous traitez d’impie ? Qu’elle marque d’impiété a-t-il donné ? Est-ce à la marche de Santo – Domingo , où ce religieux Chef a mis à l’ordre du jour le respect pour les églises et la religion ? N’est-ce pas lui , qui à Saint-Yague a ordonné de ramasser soigneusement tous les ornemens d’église , et les a fait précieusement transporter dans nos temples du Nord ? Ces ornemens qui ont échappé à la rapacité de la saine partie de l’Etat d’Hayti , nous servent aujourd’hui dans nos cérémonies. N’est-ce pas lui qui a oligé tous les officiers et soldats de l’armée qu’il commandait , à me remettre tous les vases sacrés , et suffisamment pour en pourvoir toutes nos paroisses. N’est-ce pas lui qui dans ce moment s’occupe à réparer nos églises , à en réédifier de nouvelles dans les endroits où il en manque , témoins le Trou , le Quartier – Morin , le Limbé , Millot , etc. ? N’est-ce pas lui qui vient de faire imprimer un recueil de cantiques et de prières à l’usage de l’armée et des cultivateurs , les obligeant à les réciter deux fois le jour ? N’est – ce pas lui qui assiste avec la plus grande décence et le plus religieux respect à nos cérémonies saintes ? N’est-ce pas lui qui vient d’ordonner un achat considérable de tous les objects nécessaires à la célébration d’un service solennel qu’il veut faire chanter à la mémoire de tous ceux qui ont succombé sous le fer parricide et assassin des révoltés ? etc. etc. Voilà le Chef que vous traitez calomnieusement d’impie. Perfide ministre d’un Dieu de vérité , humiliez – vous devant lui , et rétractez – vous au plus vîte ! Comparez cet incomparable Président à votre partie saine ! Vous ne l’oseriez , je le ferai pour vous.

Voyez ceux dont vous vous déclarez le panégyriste ; voyez – les dans vos fêtes , dans leurs orgies impures , ils sont couverts des débris des ornemens de nos temples. O honte ! O scandale de la religion ! O profanation ! Dans leurs banquets crapuleux , les coupes de nos calices , de nos saints ciboires , leur servent de gobelets ; nouveaux Balthazar , ils en éprouveront bientôt le sort. J’en frémis d’horreur et d’indignation. Leurs chevaux mêmes, dans leurs équipemens , dans leurs housses , annoncent leur féroce impiété ; voyez-les dans vos temples ; qu’y viennent-ils faire ? insulter à la Divinité par leurs airs hautains et orgueilleux , par leurs conversations ordurières ; ils dédaignent même de fléchir les genoux devant le Dieu terrible et vengeur qu’ils méconnaissent.

Et voilà la partie saine que vous préconisé ; et voilà l’homme impie que vous calomniez. Avouez donc que vous êtes l’apôtre du mensonge.

Fils ingrat du meilleur des pères qui nous préside. Oh le bon père ! Oh le bon fils ! qui a dirigé le fer parricide dans le sein de son bienfaiteur , de son maître , de son Empereur , pour s’asseoir à sa place , et qui avait préparé le même sort à ce fils ingrat qui a refusé de se laisser immoler par ce tendre père.

Lequel traître se dit le maître de la terre et de la mer. En vérité , mon cher Confrère , vous dévoilez bien ici votre duplicité ou votre peu de sagacité. A qu’elle école , grand Dieu ! avez – vous étudie ? Notre Président ne vous a jamais dit qu’il

 

 

 

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commandait à la terre et à la mer ; il sait que Dieu seul a ce pouvoir ; mais il vous dit qu’il est le généralissime des forces de terre et de mer de son Etat. Cela est bien différent , n’est – ce pas , mon Confrère ? L’épithète de traître vous convient bien mieux qu’à ce loyal Chef ; vous trahissez indignement votre ministère.

Rien n’est beau que le vrai , le vrai seul est aimable.

Il doit régner partout , et même dans la fable.

B o i l e a u.

A plus forte raison dans la bouche d’un ministre de l’évangile , dans une Invitation pastorale. Sinon nous pouvons vous appliquer avec justice le texte de ma réplique : Attendite à falsis Prophetis , etc.

 

Passons au corps de l’Invitation , je n’ai que deux mots à dire. Vous m’accusez de perfidie et de méchanceté. Y pensez-vous , mon cher Confrère ? Quoi ! je suis un perfide , un méchant , parce que je prêche à mes concitoyens , à mes frères égarés , le retour à la lumière de la vérité , parce que je veux déchirer le fatal bandeau qui leur fascine les yeux , parce que je les rappelle à la soumission à l’autorité légitime , parce que je les invite à profiter du pardon généreux , de l’amnistie que le meilleur de tous le pères offre à des enfans trompés et cruellement trompés ?  Que penser de votre sincérité ?

 

Pétion et toute votre saine partie de l’Etat d’Hayti n’a – t – elle pas reconnu Henry Christophe pour son Chef légitime ? A-t-elle jamais douté un seul instant de son droit ? N l’a-t-elle pas appelée plusieurs fois à cette place onéreuse ? Pétion a-t-il jamais pu prétendre d’ être le père de celui qui l’a toujours constamment commandé , qui lui a sauvé plusieurs fois la vie ? Qu’il dise le contraire , s’il l’ose ?

 

Jamais la perfidie n’approcha de son cœur , etc. Las de m’appesantir sur ces réfutations dégoûtantes , je vous renvoie à la Réplique du Rédacteur de notre Gazette officielle ; je crois que vous serez pleinement satisfait de la fidélité de sa mémoire et des grandes vérités qu’il vous dit.

 

Il ne me reste , mon cher Confrère , dans la supposition que vous soyez l’Auteur de ce Libelle infâme , ou qu’on ait forcé votre signature , ou même volé votre nom , qu’à vous engager, au nom du Dieu de vérité , dont nous avons l’honneur d’ être les ministres , à vous rétracter publiquement des odieuses calomnies qu’on vous a fait publiquement débiter. Sinon , je vous regarderai comme un ministre prévaricateur , incapable indigne même d’approcher des saints Autels , et en ma qualité je vous le défends.

 

Jusqu’à cette rétractation publique et solennelle , je défends aux fidèles de vous écouter et d’assister à vos cérémonies. J’engage ces mêmes fidèles à ouvrir les yeux sur leur malheureuse situation , l’heure de la clémence dure encore ; qu’ils en profitent , tandis qu’il en est temps.

 

Malheur à ceux qui attendront le moment de le vengeance ; je vous le dis , en frémissant d’horreur , elle sera terrible.

 

Venez donc , mes Frères , venez avec confiance , que nous vous donnions le baiser de paix , et tout est pardonné , tout est oublié.

 

Donné en notre préfecture du Cap , le 20 November 1809 , l’an six de l’indépendance.

C. B R E L L E.

 

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V  A  R  I  É  T  É.

LE  CHASSEUR  ET  LA  VILLAGEOISE.

Que cherches-tu , la belle , à travers la savane ?

C’est mon Dupré, Monsieur , l’avez-vous rencontré ?

Son Dupré ! Que dit-elle ?… Oui , Monsieur , mon Dupré ;

C’est ainsi qu’aujourd’hui chacun nomme son Ane.

Accepte cette bourse , aimable Marion !

En faveur du proverbe et de l’invention.

                                                           

A  N  E  C  D  O  T  E.

Une aventure assez comique est arrivée à Dreux , ville de France. Un particulier , qui s’etait donné le nom de Foriose , avait fait distribuer des affiches dans lesquelles il annonçait une représentation de Fantasmagorie , et différens morceaux de musique dans les entr’actes : le soir , la salle fut bientôt pleine et la recette complète ; à huit heures , les acteurs n’avaient pas encore paru ; enfin , vers les 9 heures , le public , las d’attendre , poussé des cris affreux , et demande qu’on lève la toile , elle se lève , et on vient apprendre à la foule ébahie , que la troupe , au nombre d’un , est partie avec la recette. Il ne resta plus aux auditeurs d’autre parti à prendre que de rire à leurs dépens , et la comédie , qui n’avait pas eu lieu sur le théâtre , se donna , dans la salle , par les spectateurs eux-mêmes. L’acteur felon , qui trahissait ainsi l’espoir du public en emportant la caisse , avait affiché qu’il commencerait par la Fantasmagorie et par des scènes de Ventriloque , et qu’il finirait par la corde. Son action prouve que cela pourrait bien lui arriver.

Extrait de l’Ambigu.

                                                           

A  V  I  S.

On s’abonne chez M. Juste Hugonin , rues Neuve et Saint-Laurent , No 50.

      Le prix de l’Abonnement est de douze Gourdes par An ; on ne souscrit pas pour moins de quatre mois , payables d’avance, ou une Gourde et demie par mois.

                                                           

P r i x   d e s   D e n r é e s.

Café .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .      17 sous la liv.

Sucre terré .  .  .  .  .  .  .  .  .     18 gourdes le cent.

brut .  .  .  .  .  .  .  .  .       8 gourdes le cent.

Cacao  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .      14 sous la livre.

Coton  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .      10 gourdes le cent.

Indigo .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .        1 gourde la liv.

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Cuirs de bœufs , en poils .    6 gourdins.

moutons et cabr.   3 gourdins.

tannés  .  .  .  .  .  .  .   2 g. le côté.

Ecailles .  .  .  .  .  .  .  .  .  .   2 gourd. la liv.

Huile de Palma Christi .  .     1 g. et demie le galon.

Casse médecinale .  .  .  .  . 10 sous la livre.

Confitures , sèch. et liquid.     2 gourdins la liv.

 

 

A V I S   D I V E R S.

      On vend à l’Imprimerie de Cantiques de Ame dévote ( de Marseille ) et de Noëls , anciens et nouveaux , ainsi que de Cantiques de Mission , nouvelles éditions.

  1. Le navire anglais Clio , de Londres capitaine Tolson , d’une marche supérieure et très-commode pour les passagers , partira pour ledit lieu sous peu de jours ; il prendra des passagers. S’adresser au lit Capitaine , à bord , ou à MM. D’Arcy , Dodge et Compagnie , négocians , place d’Armes.
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  5. M. G o r i n g , négociant anglais , part pour Londres ; il invite ceux à qui il doit de se présenter pour recevoir leur payement , et ceux qui lui doivent de le payer , pour lui éviter le désagrément de les contraindre par la voie de rigueur.

                                                                                                                                                           

 

Au Cap , chez P. Roux , imprimeur de l’Etat.