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One of the most noteworthy elements of this issue is the change of the long-standing epigraph from Voltaire’s play, Mahomet, to a citation from the celebrated French abolitionist, the abbé Henri Grégoire’s De la Littérature des Nègres (1808). The powerful quote preceding the issue now reads, “The friends of slavery are necessarily the enemies of humanity.” The editor of the Gazette, Juste Chanlatte, was a known admirer of Grégoire’s 1808 celebration of black writing. In fact, Chanlatte dedicated his 1810 history of the new nation to Grégoire, even mentioning it in the title of the publication itself: Le Cri de la nature, ou, Hommage haytien au très-vénérable abbé H. Grégoire, auteur d’un ouvrage nouveau, intitulé De la littérature des Nègres, ou, Recherches sur leurs facultés individuelles, leurs qualités morales et leur littérature ; suivies de notices sur la vie et les ouvrages des Négres.

 

(  N u m é r o   24.  )

 

GAZETTE OFFICIELLE

de

L’ É T A T   D ’ H A Y T I ,

Du  J e u d i  14  Juin 1810 , l’an septième de l’indépendance.

                                                                                               

Les amis de l’esclavage sont nécessairement les ennemis de l’humanité.

L’abbé G r é g o i r e , Littérature des Nègres

                                                                                               

Suite sur le Discours de B u o n a p a r t é.

IL annonce aux souverains ses alliés des augmentations de territoires , comme une récompense de la constance de leur amitié. Eh ! que leur importent quelques sujets , quelques domaines ajoutés à ceux sur lesquels ils n’ont plus qu’une autorité précaire ? Vassaux du plus orgueilleux comme du plus féroce des tyrans , l’exercice de leur prétendue souveraineté se borne à compter , chaque année , les tributs d’hommes et d’argent qui leur sont imposés ; à livrer la jeunesse de leurs états à ce minotaure , qui la dévore à mesure qu’elle atteint l’âge fixé pour servir à ses affreux banquets ; à lui abandonner , pour alimenter son faste et ses guerres , les fruits du travail et de l’industrie de leurs sujets. En augmentant leurs territoires , il ne fait qu’étendre la faculté qu’il leur donne , le devoir qu’il leur impose d’opprimer en son nom , et de lui fournir les moyens d’ajouter à sa gloire et à ses conquêtes , sans que pour cela il donne aucun éclat à leur existence. Il sait que ces princes ne peuvent pas lui être sincèrement attachés , qu’ils sentent le poids et le déshonneur du joug sous lequel il les froisse ; enfin , qu’ils ne voient dans les prétendues récompenses acordée à la constance de leur amitié , qu’un surcroît de servitude. Cette conviction de leur mépris pour son origine , et de la répugnance avec laquelle il se prêtent au rôle à la fois cruel et avilissant qu’il leur impose , cette conviction lui fait trouver une secrète jouissance dans les éloges ironiques qu’il prodigue à leur prétendue fidélité , et dans l’insulte qu’il leur fait en leur annonçant comme une récompense ce qui n’est qu’un nouvel outrage , qu’une confirmation de l’esclavage dans lequel il les retient.

« Les provinces Illyriennes » dit-il avec emphase « portent les frontières de mon grand empire jusqu’à la Save ». Sans nous arrêter ici à discuter si réellement la Save servira de limite à son grand empire dans cette partie de l’Europe , nous ferons observer que Buonaparté ne dit plus l’empire français , mais mon grand empire. Ainsi voilà la France enveloppée dans l’empire de Buonaparté avec tous les autres états qu’elle pouvait considérer comme ses conquêtes. Il n’y a plus de grande nation , il n’y a plus qu’un grand empire. Ce titre

 

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fastueux donné au peuple français n’était qu’une amère dérision , un palliatif cruel et outrageant employé par Buonaparté pour déguiser le project depuis long-temps conçu par sa haine , d’assimiler la nation française aux peuples incivilisés qui habitent les bords de la Save , et de donner à un farouche dalmate les mêmes droits qu’à un français. Ainsi se sont réalisées les destinées qu’il promettait au bon et grand peuple ! ainsi se terminent les rêves brillans auxquels les français s’étaient abandonnés en voyant leurs armées conduites par un homme que ses victoires avaient rendu fameux !

Lorsqu’il dit qu’étant voisin de l’empire de Constantinople , il se trouvera dans la situation de surveiller les premiers intérêts de son commerce dans la Méditerranée , l’Adriatique et le

Levant » ; il annonce qu’il se prépare à la conquête de la Turquie et à pénétrer jusques dans la Perse. Ceux qui ont suivi la marche de Buonaparté et étudié ses discours , ont toujours observé qu’il n’était aucun de ses projets quelqu’éloigné ou quelqu’extraordinaire qu’il fût , qu’il n’eût annoncé d’avance. Il y a sept années qu’il promettait à son commerce de nouveaux débouchés ; aujourd’hui qu’il croit les avoir ouverts , il annonce qu’il va surveiller le premiers intérêts de son commerce dans la Méditerranée , dans l’Adriatique et dans le Levant. Pour lui , surveiller est conquérir , comme perfectionner et bouleverser. Ainsi voilà de nouveaux aspects vers lesquels son ambition le précipite , et qui dèvoreront les générations plus rapidement que les guerres qu’il vient de terminer. Car il ne faut pas croire que cet empire de Turquie [ « auquel il promet sa protection , s’il se soustrait à la fatale influence de l’Angleterre ; mais qu’il saura bien punir s’il se laisse gouverner par des conseils astucieux et perfides » ] puisse être aussi facilement détruit que semble l’indiquer son état de faiblesse et de dissolution.

Après la nation turque que Buonaparté saura punir , est mentionnée la Suisse , qu’il vent tranquilliser , en annexant à ses titres celui de son médiateur ,  « ce qui doit , dit – il , mettre une fin à l’inquiétude qu’on a cherché à répandre parmi ce brave peuple ».  Mais si ce brave peuple sait que Buonaparté n’a jamais été plus près de faire une démarche cruelle , de consommer une trahison atroce , que quand il dément les bruits précurseurs qui les annoncent , il doit s’attendre à voir bientôt régner sur lui un des brigands auxquels , pour prix de leur dévouement et de leurs services, Napoléon a promis des couronnes. Il est vrai que l’insurrection du Tyrol et la fermentation sourde qu’elle avait causée en Suisse , l’obligent à quelques ménagemens, et que jusqu’à l’entière soumission du brave peuple qui repousse son joug et de celui qui le supporte avec peine , il ne peut réaliser le projet qu’il a formé de réunir peut-être l’un et l’autre sous le mêmes lois et le même maître ; mais croire que l’enfant du jacobinisme , le héros de l’usurpation, laissera subsister une seule forme antique du gouvernement ou une seule république, partout où il aura quelqu’influence , c’est bien peu connaître la haine qu’il porte à toute institution qu’il n’a pas créée , et qui offre quelque trace des principes de liberté proclamés plutôt que suivis par les démagogues illustres prédécesseurs !

Dans le système que Buonaparté a adopté, la forme actuelle des constitutions de la Suisse , les institutions démocratiques dans quelques cantons , aristocratiques dans d’autres , contrastent trop avec le sombre

 

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et cruel despotisme qu’il veut établir pour qu’il les laisse subsister. Si les institutions conservent les mœurs d’un peuple , et si les mœurs sont la meilleure sauvegarde de la liberté , le tyran de l’Europe détruira les institutions de la Suisse , pour anéantir en même temps ses mœurs et sa liberté. Il ne peut laisser subsister cette barrière entre l’Italie , l’Allemagne et la France , parce qu’un jour elle pourrait défier ses menaces et repousser ses tentatives ; parce que si le caractère de ceux à qui la nature semble en avoir confié la garde , reste aussi immuable que les rochers au milieu desquels ils vivent , un jour ils pourraient traiter le délégué de Buonaparté comme en 1308 ils traitèrent ceux d’Albert d’Autriche , et appeler du haut de leurs monts l’Europe à la liberté.

Immédiatement après avoir annoncé qu’il ne veut aucun changement en Suisse , Buonaparté déclare qu’il va en opérer un en Hollande. Voici les raisons qu’il en donne : « Ce pays , placé entre l’Angleterre et la France , est également froissé par elles. Cependant , comme c’est le débouché des principales artères de mon empire , des changemens y deviendront nécessaires ; la sûreté de mes frontières et les intérêts bien entendus des deux pays , les exigent

impérieusement ».

Ainsi , selon Buonaparté , la Hollande est froissée entre les anglais , qui ne demandent qu’à lui ouvrir leurs ports , pourvu qu’elle ne soit pas soumise à ses prohibitions ; et lui qui , depuis dix ans , la désole par ses exactions , par son despotisme , et qui aujourd’hui lui demande du sang, parce qu’elle ne peut plus lui fournir d’or ! Quel contraste entre les deux pouvoirs , dont l’un ne veut que fermer les plaies que l’autre lui a faites que consoler les infortunes sous lesquelles gémit une nation qui était si justement célèbre en Europe par son industrie , ses mœurs et ses exploits ; et dont l’autre ne trouve de jouissance que dans la ruine à laquelle il la dévoue graduellement , et ne cessera de la rançonner et de la poursuivre que quand il la verra ensevelie sous les flots de cette mer , contre laquelle il ne lui laisse pas même les moyens d’élever et d’entretenir des digues tutélaires. Aujourd’hui qu’il ne peut plus tromper ce peuple en lui montrant l’espoir de le faire vivre indépendant sous le moins corrompu des Buonaparté , qu’il sent même que la modération de son frère peut donner aux hollandais quelques jours de repos , et leur rendre à la longue assez de sécurité pour les engager à briser tout-à-fait le joug de leur implacable tyran , il va les réunir à son empire , il va réaliser la menace qu’il faisait aux espagnols de les gouverner lui-même. Un surcroît d’oppression et de tyrannie contre une nation qui ne se soumet pas avenglement et sans murmure ; voilà ce que Buonaparté appelle concilier les intérêts bien entendus d’un pays.

« La Suède , dit-il ensuite , a perdu par son alliance avec l’Angleterre , après une guerre désastreuse , la meilleure et la plus importante de ses provinces. Qu’il eût été heureux pour cette nation , si le prince sage qui la gouverne maintenant était monté sur le trône quelques années plutôt ! Cet exemple prouve de nouveau aux rois que l’alliance de l’Angleterre est le plus sûr présage de leur ruine ».

Tout est perfide , tout est indigne du tartufe le plus consommé dans ce passage qui concerne un prince détrôné par les intrigues sourdes de Buonaparté , sacrifié à sa rage , à sa haine , et un pays qu’il a livré , vendu à l’empereur de Russie , afin que celui-ci fût récompensé , au moyen

 

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de ces tristes dépouilles , d’avoir trahi son beau-frère , ses propres sujets , ses alliés , et tous les souverains légitimes d’Europe.

Que la Suède eût été ou non alliée de l’Angleterre , vous n’en auriez pas moins invité l’empereur Alexandre à s’en emparer , parce qu’il importait à votre politique que ce prince se déshonorât par une aggression injuste et par une spoliation atroce , et que tandis que vous ravagiez le midi de l’Europe , il en désolât le nord par le système que vous lui avez prescrit et les fureurs que vous lui avez inspirées. Cette funeste complaisance pour vos volontés , cette ambition encore plus insensée que la vôtre , parce qu’elle est inexplicable dans un souverain légitime , ont coûté l’honneur à l’empereur de Russie ; elles lui coûteront aussi sa couronne , soit que ses sujets , indignés de sa complicité avec un brigand , l’en dépouillent , soit que vous-même, après l’avoir avili suffisamment , après l’avoir rendu pour l’Europe étonnée de votre ascendant sur lui un object de mépris , vous la transfériez à un de vos généraux , ou à quelque misérable qui , séduit par vos artifices , l’aura méritée par un crime. Vous vantez la sagesse du prince qui maintenant gouverne la Suède ; mais dans votre vocabulaire , sagesse est lâcheté. Ah ! sans doute , ce vieillard débile , cet oncle dénaturé , ce prince usurpateur qui , non-seulement a détrôné , emprisonné le souverain dont il éleva , dit-il , l’enfance , mais a déshérité encore sa propre dynastie pour investir un étranger des droits qu’au moins il aurait dû transmettre aux enfans de Gustave , sans doute qu’un tel roi convient à votre système général d’usurpation, à vos vues ultérieures contre la Russie et le Danemarck. S’il vit assez pour consommer sous votre influence la ruine de ses voisins comme il a opéré celle de sa famille , on le verra vous ouvrir les ports de la Suède pour vous faciliter la conquête de ces mêmes puissances qui , il y a quelques mois , l’envahissaient pour vous obéir , et se déshonoraient pour vous ressembler. Sans doute qu’un tel homme qui n’est élevé que par vos intrigues , qui ne conserve que par votre puissance, est bien plus analogue au rôle que vous imposez à tous les rois , que cet illustre Gustave IV , dont il vous a peut-être promis le cadavre pour assouvir votre fureur. Il permet , dit-on , à ce prince de quitter la Suède , et de se retirer en Suisse. C’est en Suisse qu’il l’envoye ! Non , c’est dans le bois de Vincennes. C’est à la place même où vous avez assassiné un Bourbon ; là doit mourir le seul souverain du continent qui osa exprimer hautement l’horreur qui lui inspiraient le meurtre et le meurtrier. O princes courageux ! O vous , jeunes héros , qui avez combattu la rebellion avec la même constance et la même énergie , le même tyran vous aura frappés , le même lieu vous aura vu mourir ; le même tombeau réunira vos ossemens ; la même couronne entourera dans le ciel vos têtes augustes d’une auréole également brillante.

La suite au Numéro prochain.

                                                           

A  V  I  S.

 

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P  o  i  d  s    d  u    P  a  i  n.

 

Le pain d’un escalin.  .  .  .  .  22 onces.

                                                                                                                                                           

Au Cap , chez P. Roux , imprimeur de l’Etat.