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The first part of the celebration of the eighth anniversary of Haitian independence is the subject of this entire issue. At the end of the narration, we learn that Haitian citizens are asked to collectively “swear to renounce France forever and to die rather than to live under its domination,” as well as to “shed their blood until the last drop for the liberty and independence of our country.” The oath was “solemnly repeated” by all in attendance, according to the article, until all the people’s voices merged into one, ending with the citizenry lifting their hands up to the sky “to attest to the importance and inviolability” of this ritual.

*Provenance:  Beinecke Rare Book and Manuscript Library at Yale University

 

(  N u m é r o   2.  )

 

GAZETTE OFFICIELLE

de

L’ É T A T   D ’ H A Y T I ,

Du  J e u d i  10  Janvier 1811 , l’an huitième de l’indépendance.

                                                                                         

Amis !  qu’il ne soit plus qu’un parti parmi nous ,

                  Celui du bien public et du salut de tous !

V o l t a i r e , Tancrède.

                                                                                         

E  T  A  T    D’  H  A  Y  T  I

Du Cap-Henry , le 9 Janvier.

LA fête qui retrace à tous nos cœurs des souvenirs si imposans , celle de notre indépendance , a été célébrée le premier de ce mois. Jamais plus de zèle , d’éclat et de majesté n’ont rehaussé la pompe d’une plus auguste cérémonie.

L’astre qui féconde nos champs étalait à peine sa pourpre naissante aux yeux d’un peuple libre ; ses autorités , civiles et militaires , dans la tenue et dans l’ordre adoptés pour les grandes solennités , se sont dirigées vers le palais , où elles ont été reçues par M. le Grand Maître de cérémonies , et de suite présentées à leurs Altesses Sérénissimes.

S. E. M. le Maréchal de camp , secrétaire particulier, s’est approché de S. A. S. , et a fait entendre ces mots :

A l t e s s e   S é r é n i s s i m e ,

« C’est un usage antique et solennel , consacré de temps immémorial , lorsque l’astre éclatant du jour vient de terminer sa révolution autour du globe , et qu’il se dispose à recommencer son cours pour le bonheur du monde , chacun s’empresse de renouveller aux objets de ses affections , ses vœux , ses hommages pour leur bonheur et leur prospérité. Permettez donc qu’à ce titre , cher et bien-aimé Président , les fidèles officiers de votre état major , ceux qui ont le bonheur d’approcher le plus près de la personne auguste de Votre Altesse , viennent déposer à vos pieds leurs hommages respectueux , l’expression de tous leurs sentimens , et vous prier d’agréer les vœux et les souhaits qu’ils font pour que vous soyez aussi heureux que vous méritez de l’être ; que la divine Providence, protectrice de cet Etat , qui vous a donné la force , l’indomptable courage de triompher de nos nombreux ennemis , et qui a daigné couronner vos armes de gloire , daigne vous combler de ses bénédictions les plus précieuses , ainsi que votre chère épouse , l’avocate des affligés et leur plus cher défenseur , et les aimables et intéressans enfans que le ciel vous a accordés pour la consolation de vos jours ! Que le Tout-Puissant vous conserve à la tendresse de votre famille et à celle des enfans d’Hayti , dont vous êtes le père ! Qu’il

 

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vous couvre de son égide protectrice ! Qu’il vous donne toujours cet esprit de modération , ce discernement exquis que vous apportez dans les affaires , et cette connaissance du cœur humain et des hommes que vous possédez si bien ! Enfin que nous puissions voir le grand – œuvre de notre indépendence entièrement consolidé dans Hayti , sous les lois du juste , du sage , du vertueux , du magnanime Henry !

» Vos dévoués et fidèles officiers , Monseigneur , ont été fiers de partager les fatigues et les dangers de V. A. S. Et pourraient-ils ne pas imiter les grands exemples et les leçons que vous leur donnez de renoncer à eux-mêmes , et de sacrifier tout au bien de l’Etat , lorsqu’ils vous voyent sans relâche vous appliquer à asseoir parmi nous un ordre de chose , qui tend evidemment au bonheur du pays ? Hayti entière a été témoin de ces ouvertures franches que vous avez faites avec tant de grandeur d’âme aux révoltes ; elle a vu , avec attendrissement , vos mains victorieuses échanger les lauriers de Bellone contre l’olivier de la paix , que vous offriez avec les intentions les plus pures. Cet olivier a été rejette, les torches de la guerre civile , près de s’éteindre, ont été de nouveau allumées ; les bons , les vertueux haytiens , tout en vous rendant la justice qui vous est si éminemment dûe , ont été affligés , à la vue des maux aui vont réjaillir sur les incrédules les plus endurcis , sur les plus coupables des hommes. Vous avez assez fait pour la gloire ; le témoignage de l’univers entier dédommagera votre cœur sensible.

» Pour nous qui voyons dans ces funestes divisions , l’ouvrage de nos implacables ennemis , nous ne pouvons que les vouer à l’exécration de la postérité. Nous renouvellerons avec gaieté ce serment prononcé lors de la fondation de notre immortelle indépendance ; ce serment qui doit être l’effroi des tyrans. Nous jurons de renoncer à jamais à la France , de mourir plutôt que de vivre sous son injuste et cruelle domination , et de répandre jusqu’à la dernière goutte de notre sang , pour la liberté et l’indépendance de notre pays.

Vive à jamais la Liberté !

Vive l’Indépendance !

Vive Henry , notre auguste Président !

S. A. S. a répondu qu’elle attendait tout de zèle et de la bravoure des haytiens , et qu’elle ne connaissait pas de façon plus digne de reconnaître le dévouement et la loyauté des officers composant son état major général , que de leur frayer de nouveaux sentiers vers l’honneur et la victoire.

S. E. M. lieutenant général P. Pomain , chef de l’état major général , s’étant respectueusement incliné devant sa très-grâcieuse altesse madame la Présidente , a dit :

M  a  d  a  m  e  ,

« Les plus zélés , les plus fidèles des officiers , viennent de présenter au plus digne , au plus vertueux Chef , votre auguste Epoux , les souhaits ,  les vœux et l’expression des hommages qu’ils lui adressent en ce jour solennel , pour son bonheur et sa prospérité. Nous n’aurions rempli qu’imparfaitement nos devoirs , si nous ne nous fussions pas empressés de venir aussi déposer à vos pieds , ces mêmes expressions. Il vous sont dus. Que mieux que vous , Madame , les mérite, et retrace à nos yeux le touchant modèle de la plus tendre épouse , de la vertueuse mère de famille , l’ornement et la gloire de notre pays ?

Soyez heureuse , Madame , que la divine Providence vous accorde des jours tissus de joie , de félicité ! Qu’elle répandre sur vous les bénédictions les plus abondantes ! Qu’elle conserve à votre tendresse maternelle ces amiables enfans , ces précieux rejettons , ces images vivantes du Père de l’Etat , que nous servons avez tout le zèle dont nous sommes susceptibles ! »

Sa très – grâcieuse Altesse a répondu qu’elle serait toujours la mère des haytiens ; que pleine d’estime et d’admiration pour la courageuse fidélité des officiers composant l’état major général , elle se flatte qu’ils

 

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serviront toujours de sauvegarde à leur Chef, de boucliers à la patrie, et d’exemple aux vrais guerriers.

Alors S. E. M. le Préfet apostolique s’est exprimée en ces termes :

A l t e s s e  S é r é n i s s i m e ,

« Votre clergé de votre capitale d’Hayti a l’honneur de vous présenter ses hommages respectueux au renouvellement de l’année , à l’anniversaire du jour mémorable qui fera époque dans les annales de votre Etat , le beau jour de l’indépendance ; il desire ardemment l’extinction de la malheureuse guerre civile , que l’orgueil et la cupidité de quelques individus , profondément méchans et ennemis de leur pays , ont depuis long-temps allumée ; il désire que tous vos enfans égares arrachent le fatal bandeau qui leur couvre la profondeur de l’abîme où ils vont être incessamment précipités et engloutis , ouvrent les yeux à la lumière et leurs cœurs au repentir , tombent aux pieds de leur légitime Souverain , et vous procurent la douce jouissance de leur pardonner ; il désire que vous jouissiez long – temps de la récompense des bons pères et des bons époux dont vous êtes le modèle , au sein de votre auguste famille ; il désire enfin que toutes les bénédictions du ciel tombent avec profusion sur vous , Monseigneur, sur votre respectable épouse,  sur vos aimables et chers enfans , sur tous les vrais haytiens ; c’est l’unique moyen de faire votre bonheur et le nôtre » Ainsi soit-il .

S. A. S. a accueilli les vœux du clergé , et placé sous la protection du Très Haut sa cause et son épée.

Immédiatement après ce discours , MM. les Instituteurs publics ont présenté les hommages de leurs élèves à leurs très-grâcieuses Altesses , qui , sensibles à l’expression naïve de leurs sentimens , ont encouragé avec bonté les précieuses semences qu’on a fait germer dans leurs cœurs.

Alors MM. les Négocians etrangers , établis en cette capitale , ayant été introduits , se sont ainsi énoncés :

M o n s e i g n e u r ,

« Les Commerçans étrangers de votre capitale se sont réunis à l’occasion du renouvellement de l’année , pour présenter à Votre Altesse Sérénissime l’hommage de leurs respects et l’assurance des vœux sincères qu’ils forment pour les succès et la prospérité de cet Etat.

» Daignez en même temps agréer leurs souhaits pour la conservation de vos jours précieux et de ceux de votre auguste famille ! »

Les vœux ont été favorablement reçus de S. A. S. , qui les a de nouveaux invités à resserrer avec cet Etat les liens commerciaux.

Après avoir pris congé de leurs Altesses Sérénissimes , tous les corps , tant civils , qu’administratifs et militaires , se sont majestueusement portés sur la place d’Armes , où se déployaient les rangs des gardes à cheval de S. A. S. , et où les flots du peuple étaient accourus. Aussitôt l’acte auguste par lequel nous nous sommes déclarés indépendans , a été lû et écouté avec cette ivresse , ce transport que fait naître dans le cœur de l’homme le sentiment de sa dignité. En répétant le serment consigné dans cet écrit , chacun a cru le prononcer pour la première fois , tant le souvenir des malheurs qui l’ont provoqué  est encore présent à la pensée ! Qui peut , en effet , avoir enduré tous ces maux , et ne pas chérir l’heureuse résolution qui l’en a pous jamais délivré?

La promesse solennelle mille et mille fois répétée , S. A. S. Monseigneur le Président , par l’organe de S. E. M. le Maréchal de camp , secrétaire particulier , a prononcé ce discours :

H  a  y  t  i  e  n  s !

« Il luit pour vous ce nouvel anniversaire de notre indépendance ; que n’a-t il été le témoin de la réconcilation de tous les cœurs , l’époque de la réunion de la famille haytienne ! Mu par les entrailles d’un père , jaloux du bonheur de mes concitoyens , j’ai tout fait pour atteindre à ce but désirable ; mais des ambitieux , ennemis de leur patrie , ont frustré mes espérances.

» En vain j’ai dit aux chefs des révoltés : Après l’honneur d’avoir combattu , vingt ans , pour le salut de ce pays , le titre de pacificateur est la seule gloire que j’ambitionne ; je ne veux rien pour mot , je ne

 

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demande que ce qui est juste ; j’entends que le système politique de cet Etat repose sur des bases légitimes , que le règne des lois fleurisse , que l’autorité nécessaire soit respectée , et qu’on cesse de lui contester un pouvoir dont elle ne peut ni ne veut abuser. Des offres si équitables , des propositions si pures , si modérées n’ont point été écoutées : que dis-je ? les révoltés n’ont pu concevoir comment un Chef victorieux pouvait être le premier à proposer la paix ; n’ayant jamais été dirigés par l’esprit de clémence et de moderation , ils n’ont pu me supposer cette vertu , et tout qu’il y avait de grand et de sincère dans cette démarche a été mal interprété.

» S’il est ordinaire qu’un vainqueur cherche à tirer avantage de sa victoire , s’il est d’usage qu’il attende que le vaincu vienne implorer la paix pour la lui faire acheter plus chèrement , cette maxim est loin de mes principes et de mon cœur , jamais on ne me verra employer l’artifice ni la ruse , c’est l’arme du lâche : le puissant se plaît à être de bonne foi ; je voulais le bonheur de mon pays , le ciel n’a pas permis que mes efforts obtinssent leur recompense ; mais que les révoltés apprennent que le véritable art de régner est d’être vertueux , et puisqu’ils sont aussi constans dans leur rébellion que je l’ai été dans ma clémence , qu’ils sachent que me résister , c’est courir à leur propre perte , c’est apprêter de nouveaux triomphes à nos braves soldats.

» Que peuvent contre moi les efforts tortueux de ces reptiles ? Leur souffle empoisonné empêchera – t – il qu’on se souvienne que je me suis constamment consacré au salut de cet Etat ? Leurs affreux sifflemens feront-ils oublier le zèle avec lequel j’ai recherché les abus et réprimé les moindres délits parvenus à ma connaissance ? Leurs suggestions perfides effaceront-elles les soins que j’ai apportés au rétablissement du culte divin , à la réformation des mœurs et à la restauration de l’ordre social ? Non , sans doute , ils le savent ; mais confians dans l’appui des français , que leur trahison a honteusement mendié , ils s’imaginent pouvoir creuser impunément l’immense tombeau qui ne doit être fermé sur des cadavres haytiens que par des mains impies et étrangères ; mais qu’ils ne s’y trompent pas , le flambeau du patriotisme et de l’honneur vit dans tous les cœurs , les feux qu’ils ont allumés de leurs propres mains vont retomber sur eux pour les dévorer. Il n’est pas un haytien qui , au seul nom de français , ne frémisse d’horreur et d’indignation , et ne se retrace l’énormité du crime de la révolte.

» Quoi ? par l’effet déplorable d’un criminel endurcissement , d’infâmes oppresseurs insulteraient aux cendres de nos ancêtres ? Fouleraient aux pieds cette terre que notre sang a sanctifié ? De vils despotes exhumeraient les os des martyrs de la liberté , et jusqu’au fond de nos cœurs encore palpitans viendraient outrager le dernier soupir à la patrie expirante ? Non , un pareil degré d’abaissement et de dégradation est incompatible avec l’élévation d’une âme haytienne ; avant qu’une telle subversion ait lieu dans les principes de notre caractère national , on verra les eaux de la Seine se confondre avec celles de l’Artibonite.

» Jurez donc avec moi , généraux , officiers , sous-officiers et soldats , braves soutiens de la liberté et de l’indépendance , de conserver dans vos âmes ces précieux sentimens ; renouvellons ce serment dicté par le salut de tous , ce serment que nous avons prêté alors que nous avons proclamé la dignité nationale sur les debris d’un joug honteux.

» Nous jurons de renoncer à jamais à la France , de mourir plutôt que de vivre sous sa domination , et de répandre jusqu’à la dernière goutte de notre sang pour la liberté et l’indépendance de notre pays ».

Ce serment a été solennellement répété par toutes les voix ; il retentissait sur tous les cœurs , et les mains se sont levées vers le ciel pour en attester l’importance et l’inviolabilité.

            La suite au Numéro prochain.

                                                           

Errata. Dans le No 1 , page 2 , lig. 66 , lisez 20e régiment , au lieu de 2e régiment.

                                                                                                                                               

Au Cap-Henry , chez P. Roux , imprimeur de l’Etat.