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This entire issue describes the “fête” of the Royal Prince, Victor Henry, which was celebrated on the 20th of July 1813, evidently, the day before his actual birthday. Baron de Vastey, who was the young prince’s tutor at one point, dedicated his 1817 Réflexions politiques sur quelques ouvrages et journaux francais concernant Hayti, to “his royal highness, Monseigneur, le prince, Victor Henry.” In the Réflexions Vastey also tells the sad tale of Christophe’s eldest son, François Ferdinand, who had been sent to France at the age of nine to be educated at the Lycée of M. Coignon (where Toussaint Louverture’s sons attended as well). Vastey reports, however, that Prince Ferdinand died in Paris La Maison des Orphelins on October 5, 1805. Because all of Christophe’s older sons passed away before he assumed governance of the north of Haiti, Victor Henry was the heir apparent.

*Provenance: American Antiquarian Society

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G A Z E T T E    R O Y A L E    D’ H AY T I ,

 

Du Lundi 26 Juillet 1813 , l’an dix de l’indépendance.

                                                                                               

Le premier qui fut Roi fut un soldat heureux.

Qui sert bien son pays n’a pas besoin d’aïeux.

V o l t a i r e ,   Mérope.

                                                                                               

 

R O Y A U M E   D’ H A Y T I.

Du Cap-Henry , le 24 Juillet.

Fête de S. A. R. Monseigneur

le  P r i n c e  royal.

LE  20  Juillet , veille de l’anniversaire de S. A. R. Monseigneur Victor Henry , prince royal d’Hayti , fut annoncée par une salve d’artillerie des forts et batteries du Cap-Henry , et répétée par les bâtimens mouillés en rade.

Une illumation brillante , des concerts et des chants analogues à la fête , se firent entendre sous les fenêtres du palais de S. A. R. , et dans la ville , pendant la nuit.

Le 21 , le bruit du canon annonça la solennité de la fête.

Les troupes composants la garnison de la capitale se rendirent , en grande tenue , sur la place; des détachemens des troupes de la maison militaire du roi bordaient la haie de la rue qui conduit du palais de Son Altesse Royale à l’église cathédrale.

A sept heures , MM. les Autorités des Corps civils , administratifs et militaires , de la ville du Cap-Henry , se réunirent à l’hôtel de S. E. M. le comte de la Bande Nord , gouverneur de la capitale ; et de là , furent en corps à l’hôtel de S. A. S. M. le prince du Limbé , ministre de la guerre et de la marine , pour le prendre , et l’accompagner au palais de Sa Majesté , où étaient déjà rendus MM. les Chambellans du Roi , qui avaient été envoyés de Sans-Souci par Sa Majesté pour complimenter Son Altesse Royale.

Le cortége défila pour se rendre au palais du Prince dans l’ordre suivant :

Les guides du prince du Limbé et ceux du Gouverneur de la capitale marchaient sur les ailes du cortége.

Les huissiers en tête.

MM. de l’Amirauté.

de la Sénéchaussé.

de la Cour souveraine.

de l’Administration des finances.

MM. les Chambellans de Sa Majesté.

 

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MM. les Comtes.

les Ducs.

les Princes.

Un Corps d’officiers militaires et de marine fermait la marche.

Arrivé au palais de Son Altesse Royale , le cortège fut introduit dans le salon principal par M. Dessalines , son chambellan.

Un instant après le Prince apparut , ayant à ses côtés son gouverneur et son instituteur.

Monseigneur le Prince royal a été accueilli par des acclamations de vive le Prince royal ! ensuite S. E. M. le comte de la Bande du Nord s’est présenté , et au nom des Dignitaires , a adressé à S. A. R. le discours suivant :

M o n s e i g n e u r ,

« Les Dignitaires , les fidèles Officiers de sa très-grâcieuse Majesté le Roi , notre bien-aimé Souverain , votre auguste Père , viennent présenter à Votre Altesse Royale , comme à l’héritier présomptif de la Couronne , l’expression de leurs hommages et leurs félicitations , à l’occasion de l’anniversaire de votre fête.

» Les Dignitaires , Monseigneur , ne sauraient assez exprimer à Votre Altesse Royale , la vive satisfaction qu’ils éprouvent de voir Votre Altesse Royale s’appliquer chaque jour à se rendre digne des hautes fonctions où elle est appellée par les droits de sa naissance.

Continuez , Prince , à mériter les bontés du Roi , votre père ; ne perdez pas de vue les nobles traces qu’il vous montre ; apprenez , jeune encore , à méditer les grandes leçons que Sa Majesté vous donne ; vous mériter les grandes leçons que Sa Majesté vous donne ; vous mériterez de plus en plus l’amour du peuple généreux , brave et sensible sur lequel vous êtes destiné à régner.

» Vous nous verrez toujours vous donner des marques de l’éternel attachement que nous portons à notre auguste Maître.

» Que Votre Altesse Royale daigne agréer pour bouquet , que nous lui offrons , les sentimens de nos cœurs et le vœux que nous faisons pour que le ciel daigne répandre ses bénédictions les plus abondantes sur vos jours précieux , et verser les grâces de son ineffable sagesse dans l’esprit de Votre Altesse Royale.

Vive le Prince royal !

Des applaudissemens et des cris de vive le Prince royal ont couvert ce discours.

Le Prince a accueilli agréablement et avec cet air de dignité qui le distingue si éminemment , le discours des Dignitaires , et s’est empressé de réprondre de vive voix et en ses termes:

M e s s i e u r s ,

« La visite que vous me faites aujourd’hui me faites aujourd’hui me flatte singulièrement ; je la regarde comme le bouquet le plus agréable qui puisse m’être présenté ; aussi , est ce avec la plus vive sensibilité que je reçois vos hommages et vos félicitations.

» La satisfaction que vous m’exprimez , de mon application à mes études , me flatte également ; je tâcherai de la mériter de plus en plus. Ce sera la meilleure manière d’honorer mon auguste Père , et de me rendre digne de lui.

» L’exemple qu’il met sans cesse sous mes yeux , frappe mon esprit , et devient le sujet de mes méditations ; j’ose vous assurer , Messieurs , qu’elles ne seront pas sans fruits , et qu’elles me vaudront , un jour , votre approbation , comme celle du bon peuple haytien.

» Votre attachement , votre fidélité , votre dévouement pour le Roi et pour ma Famille , m’assurent suffisamment de ce que je dois attendre de vous. Mes remercîmens en sont depuis long – temps dans mon cœur. Je ne

 

 

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pouvais rencontrer une plus belle occasion de vous le témoigner.

» Recevez aussi ceux que je vous fais , pour tous les sentimens et les vœux que vous m’addressez. »

Son Altesse Royale ayant fini de parler , les cris de vive le Prince royal se sont faits entendre, et le Prince a daigné y répondre par celui de vive la Noblesse haytienne !

Il serait difficile d’exprimer la satisfaction , la joie et l’attendrissement que les Dignitaires ont éprouvés pendant et après le discours de Son Altesse Royale.

Avec quelle joie et quel transport n’ont-ils pas vu ce jeune et noble rejeton du grand Henry , se rendre , par son application à ses devoirs , digne des hautes destinées qui l’attendent.

Son Altesse Royale s’est présentée avec cet air noble et imposant qui caractérise la souveraine puissance et inspire le respect ; il s’est énoncé avec cet aisance que donne l’usage du monde , et avec cette bonté qui subjugue tous les cœurs !

De combien de sentimens délicieux et de pensées sublimes les Dignitaires ne furent-t-ils pas animés , en voyant ce jeune héros leur montrer en tout l’image vivante de son illustre père , unie à l’air de douceur , de dignité de sa vertueuse et incomparable mère !

La cérémonie terminée , Son Altesse Royale s’est mise en marche pour aller entendre la messe à l’église cathédrale , ayant à sa droite le prince Noël , gouverneur de Son Altesse Royale , à sa gauche , le prince du Limbé.

Le cortége défila dans le même ordre était venu.

Son Altesse Royale occupa sa place à l’église sous le haut dais royal.

La messe fut célébrée par sa grâce Monseigneur le duc de l’Anse , archevêque d’Hayti , grand aumônier du Roi.

Le peuple s’était porté en foule à l’église cathédrale , pour pouvoir jouir de la satisfaction de contempler Son Altesse Royale , et d’invoquer le Tout-Puissant de répandre ses bénédictions sur ses précieux jours.

Pendant la messe , Son Altesse Royale s’est faite admirer par son maintien et son recueillement. Le calme religieux avec lequel il a prié l’éternel , a édifié le peuple.

Après la messe , Son Altesse Royale retourna dans son palais , accompangé de la même manière.

Le Prince invita MM. les Dignitaires et les Chambellans du Roi son père , à un déjeuner dans son palais.

Son Altesse Royale a présidé la table ; la satisfaction était peinte sur sa physionomie et la joie éclatait parmi les convives.

Au dessert , Son Altesse Royale s’est levée , et a porté la santé suivante :

Au Roi , mon très-grâcieux Souverain et très-honoré Père !

Monseigneur le Prince Noël porla la santé de Sa Majesté la Reine , avec ce souhait : Puissent les Dames haytiennes imiter ses vertus !

Sa grâce Monseigneur le duc de l’Anse , archevêque d’Hayti , porta celle de S. A. R.

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Monseigneur le prince royal Victor Henry : Puisse-t-il marcher sur les traces de son auguste Père, en fesant le bonheur du peuple haytien !

Son Excellence le comte de la Bande du Nord , celles de L. A. R. Madame Première et Madame Athénaïs.

Son Excellence le comte d’Ouanaminthe , celle de la Famille royale.

Plusieurs autres toasts et santés furent portés par MM. le comte du Trou , baron de Dessalines et de Ferrier , à la Noblesse haytienne , à l’Armée royale et aux Agriculteurs du Royaume !

Chacun de ces toasts ont été salués par l’artillerie , et par des airs et des fanfares.

Le discours de MM. les Dignitaires et la réponse de Son Altesse Royale , nous ont inspiré les réflexions suivantes.

L’éducation est le plus grand des bienfaits , surtout pour un Prince qui , par les droits de sa naissance , est destiné à l’art pénible et difficile de régner.

Cet art , appellé la science de la sagesse , exige une étude approfondie des hommes et des choses , et entraîne beaucoup de peines et de soins ; ce n’est que par une grande assiduité dans les études et une sérieuse application à ses devoirs , que l’on y peut parvenir.

C’est ainsi que notre cher Prince royal remplit la tâche pénible qui lui est imposée , et qu’il se rend digne de l’amour et de la reconnaissance du peuple qu’il doit rendre heureux.

Continuez cher Prince , et poursuivez la belle et glorieuse carrière qui s’ouvre devant vous ; ayez sans cesse devant vos yeux les leçons de sagesse et les grands exemples de votre illustre Père ; comme lui , que votre unique pensée , tous les instans de votre vie soyent consacrés au bonheur du bon peuple haytien ; vous êtes dans l’âge heureux où vous pouvez faire un amas de science et de sagesse pur l’avenir ; le temps viendra où vous jouirez du fruit de vos travaux et de votre constante sollicitude.

Qu’elle douce et consolante idée pour les haytiens ! Quel espoir plus flatteur pour les pères et mères de famille , de voir l’héritier présomptif de la couronne , répondre par ses efforts aux vœux de la nation , mériter par sa conduite les éloges de notre Souverain , et se montrer digne de sa naissance par ses vertus !

Haytiens , mes chers Concitoyens , réunissons nos vœux à ceux des Dignitaires , pour que la Divinité nous conserve ce cher Prince ; que le même dévouement , le même attachement que nous portons au Père , au héros qui nous gouverne , se répandent sur son cher et bien-aimé Fils.

Qu;il soit toujours notre point de ralliement et l’objet vers lequel doivent tendre tous nos efforts , nos vœux , notre amour !

                                                                                                                                                           

Au Cap-Henry , chez P. R o u x , imprimeur du Roi.