About This Publication

One of the longest issues in our collection, with eight pages, the first of the La Gazette to appear in 1814 continues the long tradition of describing the festivities involved in celebrating Haitian Independence Day. The commemoration of the eleventh year of Haitian independence began with the usual speeches, spoken in front of a huge crowd in the city of Sans-Souci, the future site of the king’s new palace. In addition to Christophe, the queen, the prince, and the princesses were all in attendance. Baron de Vastey gave a speech on the king’s behalf in which he declared, “the founding of a monarchy has opened our hearts once again to hope, and foretells for Haitians a new and more glorious destiny.”

*Provenance: National Library of Ireland

 

GAZETTE ROYALE D’HAYTI

Du Mercredi 5 Janvier 1814, l’an onze de l’indépendance

____________________________________

Le premier qui fût Roi fut un soldat heureux.

Qui sert bien son pays n’a pas besoin d’aïeux.

VOLTAIRE, Mérope,

___________________________________

 

ROYAUME D’HAYTI FÊTE De L’INDEPENDANCE,

De Sans-Souci le, 4 Janvier,

SOLEIL éclaire de tes immortels rayons la onzième anniversaire de notre indépendance ! Toi qui viens chaque année électriser nos âmes  par de chers et glorieux souvenirs, salut !  Dieu de l’univers, qui répands sur nous tes  précieuses faveurs ; beau jour de l’indépendance jour d’allégresse et de gloire pour les haytiens, salut ! Cette fête glorieuse, toujours attendue avec une nouvelle impatience par le peuple, a été célébrée cette année avec encore plus de pompe et de magnificence que de coutume; le Roi, notre très-auguste et bien-aimé Souverain, ayant voulu qu’une fête aussi chère à son peuple et à son coeur fut célébrée avec toute la pompe possible, avait en conséquence répandu ses libéralités dans toutes les provinces et arrondissemens du royaume.

Nous regrettons infiniment que les bornes de cette gazette ne nous permettent pas d’insérer tous les discours qui ont été prononcés, et de pouvoir donner à nos lecteurs une description exacte des fêtes qui ont eu lieu dans nos provinces, notre plume manquerait d’éloquence pour dépeindre l’esprit d’enthousiasme, l’amour de la patrie et de la liberté qui animent les haytiens dans un aussi grand jour que celui de l’indépendance.

Nous nous bornerons à donner la description de cette fête, telle qu’elle s’est passée à Sans-Souci, séjour ordinaire de la cour; et nous allons transcrire les discours qui ont été prononcés dans cette solennité.

Le discours du Roi adressé à MM. Les Dignitaires du royaume, solennellement assemblés dans le palais de Sa Majesté, nous a vivement frappé. Ce grand Roi, ce père de la patrie, a daigné faire un exposé succinct de la situation présente du royaume.

 La marche progressive des événemens, les [illegible] remarquables qui illustrent les fastes

[2]

de notre histoire, et qui ont particulièrement influencé le caractère moral et national du peuple haytien, les causes et les effets qui ont amené la restauration des choses, on été tracés avec fidélité, avec cet esprit de sagesse et de sagacité qui caractérise les actes émanés du cabinet de Sa Majesté.

La vérité des tableaux, les bienfaits dont nous jouissons, les intentions libérales, les expressions paternelles dont Sa Majesté s’est servies, ont dû pénétrer MM. les Dignitaires de la plus vive émotion.

Heureuse la nation qui possède un grand homme, dont le génie et le pouvoir ne sont consacrés qu’à faire son bonheur!

La ville de Sans-Souci était remplie d’une grande affluence de monde. La majeure partie des habitans de la capitale, nobles, citadins et étrangers ; les agriculteurs des paroisses environnantes s’étaient portés en foule à Sans-Souci pour célébrer cette fête ; les cinq superbes corps des troupes de la maison militaire du Roi, les différens corps qui composent la garnison de cette ville, les corps d’ouvriers de tous les états augmentaient encore ce concours, et ajoutaient à la beauté et à la variété du coup d’œil.

Des tables étaient dressées sous des tonnelles destinées pour les troupes et pour le peuple qui- devaient assister à cette fête, qui a duré pendant deux jours.

La veille, au coucher du soleil, et le lendemain au premier rayon de l’aurore, des salves d’artillerie saluèrent le beau jour de l’indépendance.

A huit heures, MM. les Dignitaires assemblés , se rendent en corps au palais de Sa Majesté, où ils furent introduits par le grand maître des cérémonies dans la salle des Dignitaires, et rangés selon l’ordre des préséances.

Un instant après le Roi est apparu, ayant à ses côtés la Reine, le Prince royal et les Princesses royales.

S. Ex. M. le comte de Saint-Louis s’est avancé, et a adressé le discours suivant au Roi:

S I R E,

« L’astre du jour, après avoir parcouru sa céleste carrière, ramène l’anniversaire de la glorieuse et immortelle indépendance des heureux enfans d’Hayti.

» Dix années se sont déjà écoulées, et la onzième prépare son cours pour le bonheur des haytiens.

» En nous rendant indépendant, nous avons repoussé toute domination étrangère ; nous nous sommes constitués en corps de nation , et nous avons pris place au rang des peuples libres; mais ce n’était pas assez d’être indépendans, il restait encore beaucoup à faire. Les matériaux de l’édifice épars, demandaient le concours d’un habile architecte qui sut les discerner avec choix, et la maturité du temps pour porter l’œuvre à sa perfection. Les passions, que l’effervescence des choses avaient exaltées, demandaient un grand homme qui, par la force de sien génie, leur ôtât ce qu’elles avaient d’exagérées, et fît servir leur enthousiasme même au bien public ; enfin fonda le règne des lois à la place du cahos où la nation était plongée. Après des fluctuations, des incertitudes. Votre Majesté parut, les haytiens entrevirent l’aurore d’une nouvelle ère; les résultats de l’indépendance furent la fondation de la Monarchie, d’où découlèrent les sublimes institutions qui immortalisent votre gloire.

» Sire, cet anniversaire chéri réunit, autour de Votre Majesté, vos Dignitaires , vos

[3]

Officiers, vos fidèles Sujets. La première pensée du peuple de ce royaume, est en ce moment, consacrée au souvenir de l’indépendance et à Votre Majesté. Au milieu des actions de grâces que ce peuple généreux adresse au Très-Haut, s’élève l’offrande de l’amour et de la vénération qui vous est si justement due.

» Pour nous, à qui chaque année inspire le renouvellement de nos devoirs, et ajoute aux témoignages de notre gratitude et de notre reconnaissance , il nous est doux d’être les premiers à faire éclater nos sentimens , et à vous en donner les premiers des preuves.

» Nous ressentons fortement les bienfaits dont Votre Majesté a daigné nous combler; nous qui revêtus de la confiance de Votre Majesté, devons nous appliquer sans relâche à nous en rendre dignes de plus en plus, en remplissant nos devoirs envers notre Souverain bien – aimé, envers notre pays, envers nos concitoyens.

» Nous venons déposer à vos pieds , SIRE , nos souhaits, les hommages de notre plus profond respect ; nous prions la Divinité de répandre , sur vos jours précieux , ses dons et ses bénédictions les plus abondantes, de conserver Votre Majesté pour le bonheur de votre bon peuple, pour la félicité de notre auguste et vertueuse Souveraine , pour notre cher Prince royal et pour vos chers Enfans.

» Que la satisfaction personnelle de Votre Majesté soit à son comble ; qu’Elle nous transmette sans cesse ces exemples de vertu et de magnanimité, qui sont le partage des grandes âmes, et dont Votre Majesté a été douée si avantageusement par la nature ; car nous le savons, Sire , et tout le peuple haytien en a la conviction intime, il n’était réservé qu’à votre génie de créer nos institutions civiles et guerrières, de maintenir cette harmonie qui existe entre tous les citoyens, d’établir cette discipline. force constitutive et garantie de l’Etat; il n’était réservé qu’à vous seul de faire le bonheur de ce peuple loyal et sensible que vous chérissez, et qui vous porte dans son cœur, par l’appréciation de foules les grandes choses que Votre Majesté a faites en sa faveur, et dont le récit en serait imparfait !

» Nous jurons de soutenir l’indépendance du Royaume, de nous dévouer au soutien du Trône, à la défense du Roi, de la Reine , du Prince royal et de la Famille royale, et de maintenir les sublimes institutions de la Monarchie ».

Vive l’Indépendance ! Vive le Roi !

Vive la Reine !

Vive le Prince royal !

Vive la Famille royale !

Sa Majesté a accueilli le discours de MM. les Dignitaires avec bonté, et leur a témoigné combien elle était satisfaite de les voir réunis autour de «a Personne, et combien elle était pénétrée des sentimens qui animaient les Dignitaires pour la prospérité du royaume, pour sou bonheur particulier et pour celui de sa famille royale. Après être rentrée, de vive Voix, dans quelques détails sur les circonstances qui réunissaient MM. les Dignitaires, a commandé à M. le baron de Vastey, son secrétaire, de répondre par le discours suivant:

Messieurs,

Vous venez dans cette enceinte pour célébrer la glorieuse et immortelle époque de l’indépendance; vous venez, dans l’effusion de vos cœurs, déposer aux pieds du trône le souvenir des actions éclatantes et des sentimens généreux qui nous animèrent lors de ces glorieux événemens vous venez de jurer de main-

[4]

tenir l’indépendance et les constitutions du Royaume, qui en sont les plus fermes appuis; votre Souverain partage vos vœux, et reçoit vos sermens.

» Assez et trop long-temps le génie du peuple haytien ne pouvait prendre son essor en brisant les entraves qui le tenaient captif; assez et trop long temps l’amour de la patrie, cette passion généreuse qui exalte l’âme et lui inspire des vertus héroïques, était étouffée dans le cœur de l’homme avili et dégradé; le germe de ces vertus ne pouvait se développer dans le sein de l’ignorance et des préjugés barbares qui couvraient depuis des siècles, cette ile infortunée, de son voile lugubre.

» Du sein de notre immortelle révolution jaillit une étincelle de lumière; sa clarté se répandit sur les ténèbres qui nous environnaient, tel qu’un météore bienfaisant qui précède d’ordinaire les grands événemens; il fit éclater tout à coup une commotion salutaire, l’amour de la patrie et de la liberté réveilla l’homme de son assoupissement; et au milieu des combats et du sein des orages naquit l’indépendance.

» Ce bien précieux fit faire, à la nation haytienne, un grand pas vers sa régénération; mais nous étions encore loin de jouir des avantages des anciennes nations civilisées, d’un gouvernement stable, des institutions et des lois, qui sont toujours le fruit des lumières, de l’expérience et du temps.

» Par l’indépendance, nous avons conquis, nos droits, nous avons purgé le sol d’Hayti, souillé depuis des siècles du souffle empoisonné de nos implacables ennemis; nous les avons chassés de notre présence, et nous avons sécoué leur joug pour jamais.

» Ils emportèrent dans leur fuite le sentiment de leur l’âge impuissante, l’intime conviction de notre force et de notre valeur; mais ils nous laissèrent un funeste héritage, les mœurs dissolues, les passions et les vices qui accompagnent partout leurs pas.

» Comme les autres peuples, nos premières années furent parsemées d’erreurs et de troubles; comme eux, nous avons éprouvé les vicissitudes qui sont inséparables des révolutions.

» La fondation de la Monarchie vint r’ouvrir nos cœurs à l’espérance, et présager aux haytiens de nouvelles et de plus glorieuses destinées.

» En vous faisant cet esquisse rapide du passé, j’ai voulu vous rendre plus sensible notre situation présente; en vous mettant sous les yeux des objets de comparaison, vous verrez comme notre sort est changé, comme il s’est amélioré; vous verrez qu’elles sont nos espérances; l’expérience du passé est la meilleure leçon pour l’avenir.

» Par la fondation de la Monarchie, nous avons eu un gouvernement stable, juste et paternel, le bien le plus précieux que la Divinité puisse donner aux hommes.

» Dès mon avènement au trône, mes premières pensées furent de réaliser mes projets de réformes et mes vues d’utilité publique ; je voulais relever avec éclat le nom haytien, faire respecter son caractère et sa dignité ; avec le secours du Tout-Puissant, je parvins à lui donner des institutions, et un code complet de lois qui composent la législation haytienne.

» Ce n’était pas assez, j’ai fait encore plus, après vous avoir tracé des préceptes, je vous ai prêché l’exemple, et je fus le premier à vous le donner.

» J’ai ranimé le génie du peuple haytien,en lui donnant une nouvelle impulsion vers les grandes choses; j’ai discerné, distingué et récompensé le mérite et la vertu ; les services

[5]

rendus à la patrie, soit dans la carrière militaire, soit dans le civil; les sciences et les beaux-arts, les talens dans tous les genres, l’industrie nationale, ont reçu les encouragemens, et ont joui de la protection spéciale du gouvernement.

» Les plus heureux succès ont souri à mes efforts ; ce peuple, brave et généreux, doué de tous les dons de la nature, a secondé mes espérances. L’armée est disciplinée ; elle est entretenue sur un pied respectable ; nos finances sont dans un état florissant, notre épargne s’est accumulée par une sage économie ; la plupart des gouvernemens sont grevés de dettes, et j’ai la satisfaction de vous annoncer que nous ne devons rien à personne; nos ressources s’accroissent, l’industrie nationale s’augmente et se perfectionne, l’ordre et la tranquillité règnent dans nos provinces.

» D’immenses quantités de denrées territoriales, entassées dans nos magasins, l’abondance des vivres et grains de toutes espèces, le grand nombre de bestiaux qui couvrent nos campagnes, sont les preuves non équivoques de la prospérité de l’agriculture, de la richesse et du bonheur des habitans des campagnes.

» La religion a repris son empire, les liens du mariage sont révérés, les mœurs se policent, les lumières se répandent, et la nation marche à grands pas au pins haut degré de civilisation.

» Venez donc maintenant hommes superbes et orgueilleux, détracteurs de noire espèce , venez contempler le bonheur des haytiens ; venez voir un peuple libre, qui se gouverne par des institutions et des lois, se livrant tout entier à la pratique des vertus sociales; venez vous convaincre de nos progrès dans les sciences et les arts, Barré de Saint-Venant, Delozières et vos pareils, qui vous arrogez d’une prétendue supériorité sur notre espèce, venez vous convaincre de notre prospérité, et reconnaissez devant le Dieu de la nature, que vous avez outragé, la monstruosité de votre système et la fausseté de vos opinions.

» Philanthropes de tous les pays, qui avez embrassé notre cause, qui est celle de la nature et de la vérité, nous sommes bien éloignés du vous confondre avec nos ennemis ; nous vous conservons les sentimens de gratitude et de la plus vive reconnaissance, immortels Grégoire, Wilberforce, et vous tous, hommes généreux; continuez par vos écrits, à propager les lumières, et à opérer le grand œuvre de la régénération de l’espèce humaine.

» Nous avons accordé notre protection, et nous accueillerons indistinctement tons les commerçans honnêtes, légalement expédiés pour Hayti, qui viendront lier des relations commer ciales avec nous. Forts par nous mêmes, nous ne connaissons pour ennemis que ceux qui se présentent avec des intentions hostiles et les armes à la main,

» Je viens, MM. les Dignitaires, de vous énumérer l’état actuel du royaume; vous avez vu l’exposé de nos travaux, et vous avez dû pressentir, dans le fonds de vos cœurs, ceux qui nous restent à faire encore; c’est à vous qui approchez plus particulièrement de ma personne , qui connaissez mes intentions , mes vues libérales et la pureté de mes sentimens pour la félicité du peuple ; c’est à vous de continuer à me seconder avec le même zèle; encouragez, éclairez, instruisez vos concitoyens sur leurs véritables intérêts, donnez leur des exemples qui ne puissent leur inspirer que des sentimens vertueux; ne craignez pas l’ingratitude de vos contemporains ; faites le bien avec persévérance, votre nom et le souvenir de vos bienfaits passeront à la postérité reconnaissante,

» Pénétrez-vous que pour cimenter l’indépendance du royaume, pour éterniser nos institutions

[6]

et nos lois, il nous faut de la constance, des moeurs et des vertus, seules bases durables du bonheur et de la félicité des peuples.

» Pour moi, heureux, et satisfait de voir le bonheur de mon peuple, mon cœur paternel ne pouvait jouir d’une plus douce récompense ; j’oublie mes peines et mes travaux, puisqu’ils ont contribués au salut de tous ».

Ce discours a été terminé aux bruits des applaudissemens et des cris de vive le Roi.

Ensuite S. E. M. le comte du Terrier-Rouge s’est avancé, et a adressé à Sa Majesté la Reine le discours suivant :

Madame,

« Les Dignitaires, les fidèles Officiers du Roi, notre très-auguste et très gracieux, Sou-verain, votre Epoux bien-aimé , paraissent devant Votre Majesté avec ce profond respect, cet attachement qu’inspirent la plus haute vertu, lorsqu’elle est jointe à l’éclat du diadème, c’est pour rendre hommage à vos vertus , que nous venons déposer à vos pieds le tribut de nos vœux , et l’expression de tous les sentimens de nos cœurs.

» Nous prions, grande Reine , le Tout- Puissant de vous combler de ses plus chères faveurs et de ses dons les plus mettables, de conserver vos jours pour notre bien-aimé Souverain , pour votre cher Fils , notre aimable Prince royal, l’espoir de notre pays , et pour vos intéressans enfans.

» Nous prions aussi Votre Majesté d’être toujours notre auguste Protectrice, et de compter toujours sur notre zèle, notre attachement et notre inaltérable fidélité ».

La Reine a répondu au discours de MM. les Dignitaires, par l’organe de M. le baron de Charrier, secrétaire des commandemens de Sa Majesté, en ces termes :

MM. les Dignitaires,

« Je reçois, dans l’émotion de mon cœur, les

sentimens que vous venez de me témoigner;

il est satisfaisant pour moi de pouvoir vous faire les mêmes souhaits, et de vous désirer, en retour, tout le bonheur que vous méritez.

» Je vous demande la continuation de l’attachement que vous avez témoigné pour ma Famille, et de servir votre Souverain et votre pays, avec le même zèle et la même fidélité ».

Ce discours a été couvert par des applaudis- semens et par des cris de vive la Reine.

MM. les Dignitaires s’étant retires, M.M. des Corps administratifs et MM. des Corps civils furent admis par le Ministre d’Etat pour présenter leurs hommages et leurs vœux à leurs très-grâcieuses Majestés; le Commerce étranger, introduit par M. le baron de Dupuy, maître des cérémonies et interprète de Sa Majesté, eut l’honneur d’être présenté au Roi par S. E. M. le comte de Limonade, ministre d’Etat et des Affaires étrangères.

Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en transcrivant ici le discours que ces estimables étrangers, Anglais, Américains, Suédois et Espagnols ont adressé au Roi, par l’organe de M. John Shoolbred.

Sire,

» Au commencement d’une nouvelle année, nous avons l’honneur d’approcher Votre Majesté, pour vous présenter nos humbles respects, vous féliciter de l’heureuse terminaison de celle qui vient de s’écouler, et vous exprimer nos sincères désirs, pour que Votre Majesté, la Reine et la Famille royale jouissent d’une parfaite santé, afin de voir le renouvellement du jour que nous célébrons, souvent répété, et nous souhaitons ardemment que la

culture et le commerce du royaume d’Hayti sous les auspices de Votre Majesté, soient toujours florissans; le succès desquels étant la base du bonheur de votre peuple et celui des étrangers qui ont l’honneur de commercer dans votre royaume».

Sa majesté a répondu : « Je reçois avec plaisir. Messieurs, les complimens que vous adressez a l’occasion de ce jour, pour moi et pour ma famille.

» L’agriculture et le commerce sont intimement liés dans leurs rapports; le succès de l’un dépend de celui de l’autre. Je suis convaincu de cette grande vérité.

» La prospérité des cultures de mon royaume fixera toujours ma sollicitude; c’est à vous. Messieurs, par vos relations extérieures, d’encourager vos compatriotes à entreprendre, avec Hayti, un commerce lucratif, et qui vous assure de grands avantages; ils y trouveront, comme vous, les mêmes profits, la même sûreté , pour leurs personnes et leurs propriétés ».

La cérémonie terminée, le Roi monta à cheval; la Reine, le Prince royal et les Princesses royales montèrent en cortèges pour se rendre à l’église, pour assister au Service Divin.

Après la messe, Leurs Majestés retournèrent au palais dans le même ordre qu’elles en étaient parties. Des tables splendides étaient servies pour les différens Ordres de l’Etat. Pendant le repas la plus vive allégresse a éclaté. Au dessert, des santés patriotiques ont été portées et couvertes par des grandes acclamations, la musique, les fanfares, et par le bruit du canon.

Le soir, un feu d’artifice magnifique, la comédie et un grand bal terminèrent la première

[7]

journée de la fête de notre immortelle indépendance.

Le lendemain la fêle continua avec la plus grande gaieté, militaires, bourgeois et agriculteurs se réunirent sur less places du palais où ils se livrèrent au transport de la plus vive allégresse , en dansant et en chantant an bruit de mille instrumens divers. Sa Majesté, accompagnée de la Famille royale, environnée par la cour la plus belle et la plus brillante, qu’il est possible de voir, vint sur les tarasses du palais pour contempler cette scène joyeuse et attendrissante. A l’apparution de Leurs Majestés et de la Famille royale, le peuple fit éclater la plus vive allégresse; la joie était à son comble, des cris mille fois répétés de vive le Roi ! vive la Reine! vive la Famille royale ! retentissaient de toutes parts. Telle la présence d’un bon père de famille au milieu de ses enfans, cause les plus doux sentimens de la nature; l’amour, la reconnaissance le bonheur dont ils jouissent, leur inspirent la plus douce ivresse ils la font éclater par des transports de joie à l’envie des uns et des autres.

Telle fut l’impression que ressentit le peuple à la vue d’un Roi bien-aimé, du père commun des haytiens ! il est impossible de décrire cet esprit d’enthousiasme, cette gaieté franche, vive et pure qui agitaient tous. Quelleplume assez éloquente pourrait dépeindre les sentimens de reconnaissance et de gratitude qui les animaient? Quelle voix assez forte pourrait faire entendre les acclamations et les vœux que le peuple adressait au Tout-Puissant, en actions de grâces pour lui conserver un si bon Roi ! O vous qui étiez présens à ce spectacle, image de là félicité publique! Vous qui avez éprouvé ces sentimenss déliciceux, dites moi ce que vous avez ressenti? Dites moi comment je puis exprimer l’enthousiasme et le zêle qui

[8]

vous embrasaient, ces douces émotions de l’amitié, de l’amour, et de la reconnaissance qui agitaient tour-à-tour vos cœurs; dites moi comment je dois m’exprimer pour peindre ces sentimens? Hélas ! vous savez qu’il est plus facile de les penser que de pouvoir les décrire ? Et vous grand Roi, vous qui mettez votre félicité à faire le bonheur de votre peuple ! Quelle douce émotion a du éprouver votre cœur paternel dans cet instant, en contemplant cette fête de la grande famille , cette belle et touchante harmonie, cette tendre union qui portait les haytiens, ou plutôt vos enfans, à se presser, à s’embrasser; et dans les transports de la plus douce ivresse, faire retentir les airs et les échos de des montagnes et des vallées de Sans-Souci, du bruit de votre nom; et leurs vœux, portés par la gratitude et la reconnaissance, s’élever jusqu’à la voûte éthérée, pour invoquer le Tout-Puissant de conserver les jours précieux de Votre Majesté, d’où dépend leur bonheur et leur félicité. Sans doute à ce tableau touchant, à ces transports , à cës vœux des haytiens, les entrailles paternelles de Votre Majesté furent émues, votre âme attendrie éprouva tous les sentimens délicieux que lui cause toujours la présence, d’un peuple qui est l’objet de ses plus grands affections ; son amour, et son attachement sont la seule récompense digne du grand cœur de Votre Majesté, la seule qui puisse la dédommager de ses pénibles travaux, la consoler, et lui faire oublier l’ingratitude des méchans.

Le soir Leurs Majestés assistèrent à l’opéra; après l’opéra il y eut grand bal au palais; le bal fut ouvert par S. M. la Reine, qui dansa un menuet avec S. A. R. Monseigneur le prince Jean , grand amiral d’Hayti.

Les danses et les divertissemens eurent lieu, sans discontinuer, jusqu’au jour.

Tout a concouru à la beauté de la fête; quoique dans la saison pluvieuse, il a fait le plus beau temps du monde; les chemins étaient superbes, et couverts de voitures élégantes et de chevaux richemens anarchés, et d’un grand nombre de personnes qui se rendaient de toutes parts à Sans Souci pour assister à la fête.

La cour a été aussi nombreuse que brillante, et offrait tout ce qui peut flutter la vue, tant par la richesse que par l’élégance des costumes. Dans tous les pays il arrive presque toujours, dans les grandes fêtes publiques, quelque accident malheureux, par la foule qui s’y porte et par l’effervescence causée par les liqueurs spiritueuses, il n’est heureusement rien arrivé de tout cela à Sans-Souci, tout s’est passé le mieux du monde, et les plaisirs n’ont pas été interrompus d’un seul instant.

La onzième anniversaire de notre indépendance, vient de commencer sous les plus heureux auspices; tout nous rit, la paix intérieure, la prospérité des cultures et du commerce; le bon ordre rétabli dans toutes les branches de l’administration du royaume; tout nous prospère sous un Souverain qui se livre tout entier à faire notre félicité; tout ne nous présage-t-il pas des jours heureux! Haytiens faites des vœux ! Puisse cet heureux anniversaire revenir aussi favorablement chaque année, et que sa durée soit éternelle! Faites des vœux pour que la Divinité conserve les jours précieux de notre bien-aimé Souverain, pendant un grand nombre d’années, pour qu’il puisse accomplir ses grandes pensées, consolider l’indépendance sur les bases inébranlables de la Monarchie, et au souvenir des bienfaits immortels qui ont signalés son règne; que sou nom, chéri et révéré, passe d’âge en âge jusqu’à notre postérité la plus reculée.

La cour faisait ses préparatifs pour aller au Château de Bellevue-le-Roi, où Leurs Majestés devaient aller fêter le jour des Rois.

________________________________________________________________________________________

Au Cap-Henry, chez P. Roux, imprimeur du Roi.