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Readers will notice with this issue that the epigraph of La Gazette Royale has once again changed. Fascinatingly, the quote now used is not attributed to any particular individual and reads: “Friends! when you hear the words Slave and Master, let nothing stop the wrath that ignites us, the bell of liberty has been rung! run to your weapons, to fire, to carnage, and to vengeance!” However, further examination of the present issue reveals that these are the words of Baron de Vastey, given in a speech after the capture of the French spy, Agoustine Franco de Médina. Franco de Médina had been sent to the northern part of Haiti in the summer of 1814 by the French Minister of the Marine, Baron de Malouet, in order to spy on the kingdom of Haiti with the hopes of restoring the former colony to French rule. This issue also features a speech given on the same occasion by Marcus Rainsford, who had become famous for his 1805 An Historical Account of the Black Empire of Hayti, and who had also translated into English Baron de Vastey’s Communication officielle de trois lettres de Catineau Laroche (1816).

*Provenance: American Antiquarian Society

 

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GAZETTE  ROYALE  D ’ HAYTI,

Du Samedi 19 Novembre 1814 , l’an onze de l’indépendance.

                                                                                                                       

Amis ! à ces noms d’Esclave et de Maître , que rien n’arrête le

courroux qui nous enflamme , le tocsin de la Liberté a sonné ! courez

aux Armes , à l’Incendie , au Carnage et à la Vengeance !

                                                                                                                       

L i b e r t é   e t   I n d é p e n d a n c e.

                                                   

R  O  Y  A  U  M  E    D ’ H  A  Y  T  I.

Du Cap-Henry , le  20  Novembre.

U N  espion envoyé par le baron Malouet , ministre de la marine et des colonies , de Sa Majesté Louis XVIII , pour propager la discorde parmi nous et s’informer de nos moyens intérieurs , a été arrêté en remplissant son exécrable entreprise ; d’abord il s’était présente sous le nom supposé de Médina ; mais il a été reconnu pour être le fameux Agoustine Franco , le même que feu gouverneur Toussaint Louverture avait nommé maire à la Vega , qui le trahit lors de l’expédition des français , et qui devint depuis un ardent et zélé partisan de Bonaparte , en trahissant la cause de son roi Ferdinand VII et sa patrie. Cet homme exécrable se dévoue maintenant à jouer le rôle vil et dangereux d’espion de Malouet , du chef de la caste des colons du ci-devant Saint-Domingue français ; de ce Malouet l’être le plus abominable de la France et de l’univers entier , car le plus chétif des individus de cette caste égale , au moins , en scélératesse , l’infâme Robespierre.

Ce traître était porteur de pièces de la plus haute importance ; elles ont été imprimées et publiées avec la plus grande solennité , en vertu de la proclamation de Sa Majesté , notre auguste et bien-aimé Souverain , du 11 courant ; les instructions secrètes que Malouet avait données à ses trois espions , Dauxion Lavaysse , Médina et Dravermann , contiennent des choses vraiment curieuses et extraordinaires sur les projets atroces du gouvernement français à l’égard du peuple haytien ; on reconnaît dans le poison qu’elles distillent , l’âme du chef des colons , de l’affreux Malouet , à ses pompes et à ses œuvres , on reconnaît satan. Agoustine Franco , di Médina , a aussi dévoilé dans son interrogatoire , des secrets de la plus haute importance pour le peuple haytien.

Lorsque ce traître a tombé en notre pouvoir , le Roi était à la citadelle Henry avec la famille royale ; Sa Majesté était occupée à donner ses ordres pour accélérer les grands préparatifs de défense du royaume ; à la nouvelle de l’arrestation de cet agent liberticide des français , S. M. s’est rendue à la ville royale de Sans-Souci, où elle a pris connaissance des pièces et interrogatoires d’Agoustine Franco dit Médina. S. M. ayant jugé que leur contenu intéressait le salut du peuple , donna ordre sur-le-champ , à toutes les autorités du royaume , de se rendre dans la capitale pour assister au Te Deum qui serait chanté en actions de grâces au Tout-Puissant,

 

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pour avoir permis que les trames criminelles de nos implacable ennemis fussent mises au grand jour. En conséquence , LL. MM. le Roi , la Reine et la Famille royale se rendirent le 16 dans la capitale. LL. MM. furent accueillies par le bruit du canon et par les cris d’allégresse du peuple , qui s’était porté en foule , avec des feuillages , à leur rencontre.

Le 17 , les grands dignitaires du royaume avec leurs épouses , les officiers civils , administratifs et militaires , en grande tenue , se rendirent au palais royal pour accompagner LL. MM. à l’église métropolitaine ; la nef et le chœur étaient tendus de deuil , en allusion à la fameuse proscription que l’exécrable Donatien Rochambeau fit des haytiens dans un grand bal qu’il donna au Port-au-Prince , dans son gouvernement aux dames haytiennes ; ce monstre fit tenter tous les appartemens en deuil , et il annonça aux dames qu’elles assistaient au convoi funèbre de leurs époux et de leurs parens. Les femmes blanches , rangées derrières des jalousies , riaient en extase des larmes que les malheureuses haytiennes versaient sur le funeste sort qui leur était réservé.

L’église était remplie d’une affluence immense de peuple qui s’était rendu de toutes les parties du royaume ; il n’y avait place que pour le cortège de LL. MM. , la maison militaire du Roi et les troupes de ligne couvraient la place d’armes.

MM. les Négocians du commerce étranger étaient placés à côté du corps civil.

Agoustine Franco , dit Médina , était exposé devant le peuple , debout sur une sellette , le dos appuyé contre une colonne.

Au prône Son Eminentissime et Révérendissime Monseigneur l’Archevêque , Duc de l’Anse, a donné lecture de la proclamation de Sa Majesté concernant cet heureux événement ; ensuite Son Eminence a donné lecture des pièces dont était porteur Agoustine Franco, dit Médina ; Son Eminence a interrompu souvent le cours da sa lecture par des réflexions judicieuses , pour démontrer au peuple toute la scélératesse des agens français , et le prémunir contre leurs intentions criminelles , qui sont de nous armer les uns contre les autres , pour parvenir ensuite à nous plonger dans l’esclavage on nous détruire.

Son Eminence ayant terminé , M. le chevalier de Prézeau , secrétaire du Roi , d’un organe fort et sonore , a donné lecture du procès verbal du Conseil Général de la Nation ; l’adresse au Roi par laquelle le Conseil , au nom du Peuple , exprime ses sentimens et sa résolution inébranlables de Vivre Libres et Indépendant , ou Mourir , a fait la plus grande impression.

Lorsque M. le chevalier de Prézeau eut achevé , il fut succédé par M. le baron de Vastey , secrétaire du Roi , qui donna lecture au Peuple de la réfutation de la lettre du général français Dauxion Lavaysse , par le chevalier de Prézeau , et de sa réfutation du IV volume des Collections des Mémoires de V. P. Malouet , sur Saint-Domingue.

Pendant tout le cours de ces lectures , des mouvemens d’indignation agitaient le Peuple et les Troupes; dans chaque passage outrageant , on voyait la colère peinte sur la physionomie des militaires , de ces braves guerriers qui ont terrassé ces brigands , dont on ose nous menacer ; par un mouvement involontaire , produit par la fureur et l’indignation , on a vu des officiers porter la main sur la garde de leurs épées. A peine Agoustine Franco pouvait se tenir sur ses jambes ; il chancelait ; il ne pouvait respirer ; il priait et recommandait son âme à tous les saints du paradis. La sainteté du lieu , l’aspect auguste de LL. MM. , la vue de cette cour brillante et nombreuse , cette foule de guerriers richement décorés qu’il avait eu l’audace de soupçonner d’une infâme bassesse , en les croyant capables de renoncer à leurs droits , tant de circonstances réunies , avaient altéré toutes les facultés physiques et morales du malheureux Franco ; il succomba et tomba sur ses genoux ; mais lorsqu’il entendit ces paroles foudroyantes de M. le baron de Vastey :

« Amis ! à ces noms d’Esclave et de Maître , que rien n’arrête le courroux qui vous enflamme ;

» le tocsin de la liberté a sonné ! . . . . Courez aux armes , à l’incendie , au carnage et à la

» vengeance » ! A cet appel , Franco croyant voir tourner contre sa poitrine des milliers de bayonnettes , saisi d’effroi , s’est trouvé mal ; on fut obligé de lui faire apporter du vinaigre et un cordial , pour faire revenir de son utile terreur. Quel dommage que ses deux collègues , Dauxion Lavaysse et Draver-

 

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mann ne se fussent pas trouvés à son côté ! Quel beau trio que cela aurait fait ! Et vous vieux cacochyme , qui exposez vos gens à jouer le rôle dangereux d’espion ; ô Malouet ! quelle belle figure vous auriez fait avec votre ambassade. Ah ! si nous pouvions vous tenir avec votre infernale cohorte ! comme nous vous aurions arrangé ! nous vous aurions appris ce qu’il en coûte à insulter un peuple libre. Quels regrets ! que vous n’ayez pu assister à la tête des colons à cette belle cérémonie , vous auriez pu vous convaincre par vous même, s’il est aisé de nous vaincre et de nous faire ployer sous le joug ; mais quelques-uns des votres qui y étaient présens , pourront vous en donner des nouvelles ; et nous ne doutons pas comme eux , que vous n’eussiez pas été aux noces ; le misérable Agoustine Franco : si jamais ce maroufle , parvenait à sortir de nos mains , pourrait bien chanter : Ah ! mon dieu que je l’ai échappé belle , etc.

Après l’office divin , Sa Majesté en personne a fait défiler les troupes sur la place et a commandé les grandes manœuvres. S. A. R. le Prince Royal , était à la tête des chevau-légers de son corps ; le peuple a vu avec des transports de joie , ce jeune prince, ayant cet air martial, qui nous présage qu’il héritera du courage et de la valeur de son illustre père.

Les Grands Officiers , Colonels Généraux , Lieutenans et Majors Commandans les différens corps de Troupes de la Maison Militaire du Roi étaient à leurs places , selon l’ordre de leur numéro.

A quatre heures, il y eut un banquet national de plus mille couverts , où était réunis les dignitaires et les principales autorités du royaume. Au dessert , les toasts suivans furent portés.

Prince Noële : Au Père chéri des Haytiens , au grand Capitaine , au Vainqueur des Français!

Prince Jean : A notre auguste et bien-aimée Reine !

Prince du Limbé : A l’Héritier de la Couronne , à l’Espoir d’Hayti ! au Généralissime de l’Armée !

Duc de Fort – Royal : Aux Princesses Royales , les ornemens du Trône.

Le duc de l’Anse : A la Famille Royale d’Hayti !

Prince de Saint-Marc : Au magnanime Prince Régent d’Angleterre ; sa gloire est incomparable !

Duc de l’Artibonite : Au Peuple Haytien ! il donnera à l’Univers un grand exemple de courage et de bravoure , en combattant pour son Indépendance.

Comte de Limonade , au nom du Roi : Au Vénérable Père de l’abolition de la Traite , à l’immortel Wilberforce , son nom sera toujours cher au Peuple Haytien , et nos derniers neveux ne le prononceront qu’avec un sentiment mêlé d’admiration et de reconnaissance !

Comte de Saint-Louis : Au brave et vertueux major Rainsford ; il n’a qu’un bras et il l’offre pour la défense de la cause des Haytiens ; animé d’un si noble sentiment ce bras en vaudra Mille!

      Duc du Dondon : Guerre à mort aux Tyrans , à l’extermination des Colons !

Duc de la Marmelade : A ce Jour mémorable, au 17 Novembre , à l’Amour et à l’Enthousiame  du Peuple Haytien pour son Roi !

Ces différens toasts ont été couverts par des salves d’artillerie , des airs de musique et des fanfares.

Dans cet instant , LL. MM. sont apparues dans la salle du festin avec la famille royale ; tous les convives se lèvent et accueillent LL. MM. par des acclamations de vive le Roi , vive la Reine, vive le Prince Royal , vive les Princesses Royales , vive la Famille Royale !

Après que LL. MM. furent assises , le Roi ordonna aux convives de reprendre leurs places; alors Sa Majesté porta le toast suivant : A la gloire de mon brave et généreux Peuple !

Ce toast fut couvert d’applaudissemens et des cris mille fois répétés de vive le Roi ! Vive la Liberté ! Vive l’Indépendance ! Guerre à mort aux Tyrans !

LL. MM. s’étant levées de table , ont été accompagnées jusqu’à leur Palais par les dignitaires et les autorités du royaume ; une foule immense de militaires et le peuple suivaient le cortège avec le plus grand enthousiasme.

Le soir la ville fut illuminée ; il y eut un grand bal qui dura jusqu’au jour et des bals particuliers dans les différens quartiers de la ville.

Jamais on a vu autant d’ardeur pour la

 

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guerre , toute nation est animée d’un même esprit , et désire de se mesurer de nouveau avec les français ; tous sont intimement convaincus que ces scélérats viennent encore pour nous faire éprouver les affreuses tortures que nous avons endurées sous les Leclerc et les Rochambeau. Les moins clairvoyans savent positivement que les français veulent nour replonger dans les fers de la servitude ou nous détruire ; convaincus de cette grande vérité , on n’entend de toutes parts que les cris aux armes ! les vieillards , les femmes , les enfans demandent des armes ; déjà les braves haytiennes des montagnes du Port-de-Paix , Jean-Rabel et de la Bombarde , se sont munis de grands et longs poignards et des piques , pour combattre les français ; nous espérons que cet exemple sera suivi partout le royaume ; on n’entend qu’un seul cri : Puisque les français doivent venir , qu’ils viennent donc une fois ! plus il seront, plus nous en tuerons !

                                                                                                           

Crimes des Français à Hayti.

Nous commencerons par donner la description du supplice de l’homme livré aux chiens à dévorer ; nous empruntons la plume de l’éloquent auteur haytien du Cri de la Nature , qui nous a conserve la relation de ce crime abominable.

Bientôt ces animaux [ parlant des chiens ] sont stylés à l’usage auquel on les destine ; une diète savamment calculée irrite encore leur voracité naturelle. Du moment qu’on les a jugé suffisamment préparés , on annonce avec solennité , le jour , l’heure , l’instant affreux où une créature humaine , par la seule raison qu’il a plu au ciel de la revêtir d’un épiderme noir , va être exposée dans l’arène au sanglant essai de ces monstres. Toute la ville du Cap accourt à ce spectacle ; des banquets sont préparés autour d’un amphithéâtre élevé dans la cour du couvent des religieuses , qui rappelle les cirques ensanglantés des romains ; on s’y précipite ; on s’empresse de prendre place.

Barbares exécuteurs ! Spectateurs farouche ! Quoi ? ls sainteté de cet asile n’a pas suspendu vos desseins criminels ? L’idée d’un tel supplice n’avait pas glacé le sang dans vos veines ?

Mais le signal est donné , et déjà le patient est traîné en pompe vers le fatal poteau. Comme si dans cet état de nihilité , on redoutait encore qu’un miracle du ciel s’opérât en sa faveur ; il est fortement attaché , et pour ainsi dire cloué au gibet. Aussitôt des piqueurs actifs agacent leurs meutes , les excitent , les enflamment , tantôt en les rapprochant , tantôt en les éloignant habilement de leur proie ; quand on s’est assuré que la rage des dogues et à son comble , on les lâche contre l’homme devenu leur pâture. Le malheureux qu’il est ! il avait déjà subi tous les genres de mort à la seule vue de ces effrayans préparatifs !

Au même instant les chiens , d’autant plus acharnés que leur ardeur avait été plus longtemps comprimée , s’élancent sur leur curée , fondent à la fois sur toutes les parties de son corps et les dilacèrent à qui mieux mieux.

O souffrances non encore éprouvées ! O attentat d’une nouvelle espèce contre l’humanité ! Grand Dieu ! est-ce donc pour être ainsi torturé que tu as permis qu’une portion du genre humain fût tansplantée sur cette terre ! Ah ! nous le sentons , nous sommes forcés d’en faire l’aveu ; sans le principe conservateur que tu as identifié avec nos âmes , sans le pouvoir que tu as remis à l’ingénieuse fabrication de nos mains , nous aurions acquis le droit de revoquer en doute ta justice et ta bonté !… Mais revenons à la scène déchirante qui se passe à la vue d’une horde de cannibales.

En vain les cris de l’humanité aux abois , ont invoqué le ciel et la terre ; en vain une voix expirante sollicite la pitié ; vaines clameurs! prières superflues ! La pitié ;… elle a fui de cette contrée avec sa population originelle , les européens s’en sont dépouilles en passant le tropique. La pitié !… elle ne saurait habiter cette sainte émanation , aux lieux où la soif de l’or a fondé son empire ; et ce n’est pas aux usurpateurs, aux destructeurs de l’Afrique et des deux Indes à ressentir ses douces émotions , même alors qu’ils sont vengés.

Enfin le martyre , succombant sous l’excès de ses maux , adresse au ciel un regard éloquent , devenu la leçon de ses concitoyens ; puis son crâne s’affaisse sur un sein décharné, et les voûtes célestes s’entr’ouvent au dernier souffle de l’innocence.

                                                                                                                                                                                       

Au Cap-Henry , chez P. R o u x , imprimeur du Roi.