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Importantly, this issue contains a reprint of an article from Peltier’s L’Ambigu, which itself had printed a letter written by Louis XVIII, originally published in January in the Moniteur de la France. In the letter the French monarch  disavows and condemns the ill-fated mission of Dauxion Lavaysse, the French spy sent to Haiti (along with Dravermann and Franco de Médina) on the orders of the French Minister of the Marine, Baron de Malouet, at the beginning of the Bourbon Restoration in the summer of 1814. Even while still insisting that the original intentions of the mission had been “peaceful,” the French king unequivocally declared that Lavaysse had not “been authorized to transmit communications that were contrary to this mission.”

*Provenance: Boston Athenaeum

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[NUMERO 2.]

GAZETTE ROYALE D’HAYTI,

Du 17 Avril 1815, douzième année de l’indépendance.

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Haytiens , qu’il ne soit qu’un parti parmi nous,

Celui du bien public et du salut de tous.

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Liberté et Indépendance.

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ROYAUME D’HAYTI.

De Sans-Souci, le 16 Avril.

SA Majesté, notre très-auguste et bien-aimé Souverain, après vingt jours d’absence, est entrée dans cette ville à sept heures du soir, étant de retour de la province de l’Ouest qu’elle a parcourue et visitée dans toute son étendue.

Nous donnons avec la plus grande satisfaction, à nos lecteurs, la relation de la tournée de Sa Majesté, que nous avons reçue d’une personne de la cour qui a été à portée d’observer ce qui s’est passé d’intéressant dans ce voyage.

Sa Majesté partit de son palais royal de Sans-Souci le 29 Mars, au soir, et se rendit directement au bourg de la Petite-Rivière de l’Artibonite, où elle arriva le 30, à quatre heures après midi, ayant fait quarante lieues tout d’un trait.

Le Roi séjourna quatre jours au bourg de la Petite-Rivière; pendant ce temps, Sa Majesté fut environnée d’un concours immense de peuple de l’Artibonite qui venait pour la voir, l’entendre et l’admirer; elle a accueilli tout le monde avec bonté et a rendu justice à tous ceux qui avaient quelques sujets de plaintes.

Le dimanche 2 d’Avril, Sa Majesté passa en revue les troupes nombreuses qui sont en cantonnement dans les places et forteresses de Dessalines, des grand et petit Cahosm T Crête-à-Pierrot, qui toutes étaient réunies au bourg de la Petite Rivière.

Sa Majesté a été parfaitement satisfaite de la bonne tenue de ces troupes, ainsi que celles des Royal Dahomet, et du bon esprit et de la discipline qui règnent parmi elles.

Les uniformes des Royal Dahomet de la province de l’Ouest, sont le doliman, colet et paremens bleu céleste, deux rangs de boutons plats sur le devant, et ceux de la province du Nord, colet et paremens rouge.

Sa Majesté manifesta de vive voix aux officiers et soldats des Royal Dahomet de l’Arti- bonite, sa satisfaction sur leur bonne tenue et

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sur le zèle qui les anime pour la défense de leur liberté et de leur indépendance.

Le 3, le Roi se rendit an bourg des Verretes, Sa Majesté trouva les troupes de toutes armes qui y sont en garnison, sous les armes sur les glacis de la place; sur-le-champ elle les passa en revue, et ensuite elle rentra audit bourg où elle fut accueillie par le même concours de peuple qu’à la Petite Rivière.

Le lendemain, Sa Majesté se rendit à Saint-Marc, où elle fut reçue au bruit du canon et aux cris de vive le Roi, vive la Liberté, vive l’Indépendance, par le peuple et les troupes.

Le Roi séjourna quelques jours à St-Marc, et pendant ce temps Sa Majesté s’occupa de l’organisation des différentes parties du service.

Sa sollicitude paternelle s’est particulièrement étendue sur les habitans de l’Arcahaye et du Mirebalais, en venant puissamment à leurs secours. Sa Majesté leur a accordé des concessions de terre, et a répandu sur eux ses dons et ses libéralités.

Un des officiers qui s’est généralement le mieux conduit, le lieutenant colonel des Royal Dahomet, Jean Chevrau, eut l’honneur de recevoir des félicitations du Roi, sur la manière juste et équitable qu’il a dirigé ses concitoyens dans les nobles travaux de l’agriculture; le Roi a décrété qu’une médaille d’honneur lui serait accordée pour le récompenser de ses services.

Le dimanche 9 Avril, Sa Majesté a assisté à la parade et a vu défiler sous ses yeux les belles et nombreuses troupes de la garnison de Saint-Marc et celles qui sont en cantonnement dans cet arrondissement, qui étaient réunies dans cette ville.

Lorsque Sa Majesté eut terminé ses opérations militaires, elle prit connaissance de la justice, de l’administration des finances, de l’agriculture et des immenses plantations de vivres qui ont été faites dans la province. Le Roi alla visiter à cheval ces places à vivres, et rentra ensuite à Saint-Marc.

Un concours immense de peuple s’était rendu dans cette ville pour jouir de la présence du Roi. Sa Majesté s’est entretenue, avec la plus grande popularité, avec ces bons habitans des campagnes; elle s’est informée de leurs situations, et s’il ne leur avait été fait aucune injustice.

Le Roi ayant terminé ses opérations à Saint-Marc, se rendit, le 10, aux Gonaïves, où il s’occupa des différentes branches du service, ensuite Sa Majesté visita la plaine, qui est dans un état de culture florissante; elle a été satisfaite des plantations de vivres qui ont été faites, et qui sont en plein rapport.

Pendant le séjour du Roi aux Gonaïves, il est mouillé dans cette rade la frégate de sa majesté Britannique l’Athénaïs, de 38 canons capitaine James, apportant des sommes d’argent. Sa Majesté a ordonné d’envoyer au capitaine de la frégate des rafraîchissemens; ces braves bretons ont été enchantés de la belle tenue des troupes de la maison militaire du Roi et de la garnison des Gonaïves.

Sa Majesté partit des  Gonaïves dans la nuit du 17, passant par Ennery et Plaisance, et se rendit le même jour à Sans-Souci; elle s’arrêta quelques heures à Ennery, où elle vit le peuple de cette paroisse et de celle de Saint-Michel qui s’était rendu à Ennery, sur le passage du Roi, pour jouir du bonheur de sa présence.

Pendant le séjour de Sa Majesté dans l’Ouest, elle ordonna le payement des pensions des chevaliers de l’ordre royal et militaire de St-Henry, ces pensions jointes aux dons et libéralités que Sa Majesté a répandus sur le peuple, a dû jeter une somme considérable en espèces dans cette province, et l’on peut dire avec vérité: partout où Sa Majesté a passé, elle a apporté l’abon-

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dance, la paix el le bonheur. Elle a toujours été environnée par une foule immense de peuple; les agriculteurs accouraient de toutes parts; et par des chants et par des danses, ils manifestaient leur allégresse de posséder dans leur sein un souverain qui consacre toutes ses veilles et ses travaux pour les rendre heureux! Sa Majesté a accueilli ces bons et paisibles habitans des campagnes avec cette bonté et cette urbanité qui le caractérisent si éminemment; elle a entré avec eux dans les plus petits détails; elle s’est informé s’ils étaient payés régulièrement du quart des revenus qui leur est affecté; elle a écouté avec le plus grand intérêt ceux qui avaient quelques motifs de plaintes, et leur a dit de s’approcher d’elle avec confiance, et s’est empressée de leur rendre justice sur le-champ.

Dans toutes les villes et bourgs où Sa Majesté a passé, on avait élevé des arcs de triomphe ornés de fleurs et de fruits de toutes espèces; leurs entrées et les rues étaient jonchées de feuillages.

Nous n’aurions eu, dans ce voyage, que des motifs de satisfaction, si nous n’avions eu à regretter la mort de feu S. A. S. monseigneur le prince de Saint-Marc , qui est décédé pendant notre séjour dans cette ville, après quelques jours de maladie; son corps a été embaumé pour être transporté dans la capitale, où se feront ses funérailles.

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La mission d’espionnage de Dauxion Lavaysse, Médina et Dravermann, à Hayti, vient de se terminer comme on devait raisonnablement s’y attendre, d’une manière aussi honteuse que déshonorante, tant pour le ministre qui a eu l’infamie de l’ordonner, que pour les trois misérables qui ont eu l’impudeur de se charger d’une pareille mission. Sa majesté Louis XVIll a désavoué formellement la conduite indécente, impolitique, atroce, de cet ambassade inique, encore sans exemple dans les annales des nations.

Voici ce désaveu tel que nous le trouvons dans le N°426 de Peltier, extrait du Moniteur de France, du 19 Janvier.

Ministère de la Marine et des Colonies.

« Le ministre, secrétaire d’état de la marine

» et des colonies, a mis sous les yeux du Roi

» des lettres insérées dans les papiers publics,

» et qui ont été adressées de la Jamaïque,

» sous les dates des 6 Juillet [1] et Ier Octobre

» derniers, aux Chefs actuels de Saint-Do-

»mingue, par le colonel Dauxion Lavaysse.

» M Dauxion, dont la mission, toute paci-

» fique, avait pour but de recueillir et de trans-

»mettre au gouvernement des renseignemens

» sur l’état de la colonie, n’était nullement

» autorisé à faire des communications aussi

» contraires à l’objet de cette mission». Le Roi en a témoigné un profond mécontentement, et a ordonné de rendre publique sa désapprobation.

Le ministre d’Etat, ayant le département de la Marine et des Colonies,  le comte BEUGNOT.

« Il n’est pas douteux, comme l’observa M. Peltier, par le changement imprévu de ton des Journaux français, que nous devons nous attendre à une grande révolution dans les conseils du Roi de France; il ne s’agira plus d’exterminer notre race jusqu’aux enfans de l’âge de six ans, ni de nous faire traquer comme des bêtes féroces; il ne s’agira plus de nous

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(1) Ce doit être le 6 Septembre

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menacer de la coopération de la Grande-Bretagne et des autres Puissances maritimes, pour parvenir à nous exterminer.

»Les menaces sanguinaires et les mesures coercitives ne pouvant rien sur un peuple de guerriers qui préfère la mort à l’esclavage, il faut en revenir à des moyens plus doux, plus lents, plus efficaces; il ne s’agit plus d’envoyer à Hayti que des paroles de paix. Nul doute [dit le Journal de Paris] Que le Gouvernement, éclairé par une funeste expérience, n’ait résolu de n’employer que des voies de douceur et de conciliation, pour rétablir des relations de commerce et d’amitié entre la Colonie de St-Domingue et la Métropole ».

Quelles sont donc les paroles de paix? et quelles peuvent être les voies de douceur et de conciliation, que notre ci-devant métropole voudrait employer pour rétablir des relations de commerce et d’amitié avec Hayti? c’est ce que nous ignorons. Mais ce qu’il y a de certain, et les choses que nous pouvons affirmer, c’est ce que nous sommes arrivés maintenant comme Sa Majesté, notre auguste Souverain, s’est fort bien exprimée dans son manifeste, au besoin de la vérité, de la raison, de la force, il n’y a plus de prestige, nous ne pouvons plus être trompé, nous n’avons qu’une seule et même volonté, qu’une seule et même pensé ; enfin toutes nos prétentions se réduisent dans ce peu de mots. Liberté, Indépendance ou la Mort.

Nous voyons aujourd’hui avec joie les nouveaux principes du cabinet français en contradiction avec le système favori des ex-colons; nous serions curieux de recevoir de nouvelles brochures de ces messieurs sur la restauration d’Hayti; nous pouvons prédire hardiment que les nouvelles mesures qu’ils vont proposer au gouvernement français, seront analogues au nouveau système; elles seront anodines, bénignes; ces hommes pervers écrivent suivant les circonstances, mais leur cœur ne changera jamais; notre esclavage et notre destruction, voilà la seule pensée qui les occupe, lors même qu’ils nous caressent et nous flattent. Il n’est pas un haytien qui ne soit convaincu de ces grandes vérités, même le plus idiot; n’est-il pas bien honteux pour Pétion, d’avoir été le vil flagorneur de l’espion français Dauxion Lavaysse? lorsque Pétion lira le désaveu que Sa Majesté Louis XVIII a fait de la mission de ce misérable, il aura sans doute horreur de lui même, s’il est susceptible de ressentir la honte et l’infamie; c’est alors qu’il pourra s’écrier dans l’amertume de ses regrets, jamais il ne s’est commis une aussi grande bévue dans les fastes de la république. etc. Que Pétion lise attentivement le N° 426 de Peltier, du 30 Janvier, ce désaveu de S. M. Louis XVIII, il y verra un témoignage éclatant de son déshonneur sur la conduite infâme qu’il a tenu avec le coloniel Dauxion Lavaysse, espion français,

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Au Cap-Henry, chez P. Roux, imprimeur du Roi,

 

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