About This Publication

This issue begins by reporting the abolition of the slave trade in France and all its harbors and colonies. All five articles of Napoleon Bonaparte’s “Decree of the Abolition of the Slave Trade,” as taken from Peltier’s l’Ambigu, are reprinted in full. After praising the actions of British and French abolitionists such as Thomas Clarkson, William Wilberforce, and the abbé Grégoire, attention is turned once again to the failed expedition of Lavaysse, Dravermann, and Médina, and the former ex-colonists, whose designs on independent Haiti, the editor tells us, were foiled by Bonaparte’s re-establishment of his control of France. The editor subsequently includes, in order to prove that France still wants to reclaim the former colony, a long passage from a work published anonymously in Paris in 1814 entitled, Des véritables causes qui ont amené la ruine de la colonie de Saint-Domingue, et des moyens certains d’en reprendre possession et d’y vivre tranquillement à l’abri de nouveaux ouragans politiques, par un observateur de bon sens, ami de la justice et de la témoin de tous les évènemens. One memorable interpretation from this pro-colonial text concerns Toussaint Louverture, whom the anonymous author claimed, “protected whites,” and would have accepted for the colony to remain French had Bonaparte, “instead of sending the Leclerc expedition, which only started a new fire in the colony,” simply given Louverture a certificate recognizing him as captain-general.

*Provenance: National Library of Ireland

[NUMERO 4]

GAZETTE ROYALE D’HAYTI,

Du 13 Juin 1815, douzième année de l’indépendance.

            _____________________________________

Haytiens, qu il ne soit qu’un parti parmi nous,

Celui du bien public et du salut de tous.

____________________________________

LIBERTÉ ET INDÉPENDANCE

___________________

ROYAUME D’HAYTI

Du Cap-Henry, le 12 Juin 1815, ans 12.

PAR les bâtimens nouvellement arrivés, nous avons reçu une infinité de gazettes et papiers nouvelles; la plus intéressante nouvelle pour Hayti, est que la France a enfin rendu hommage à la justice et à la raison, en abolissant l’infâme trafic de la traite des noirs; nous donnons à nos lecteurs ce décret d’abolition, tel que nous le trouvons dans l’Ambigu de Peltier, N° 433.

Décret et Abolition de la Traite des Noirs.

Napoléon, empereur des français;

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit:

Art. Ier. A dater de la publication du présent décret la traite des noirs est abolie.

Il ne sera accordé aucune expédition pour ce commerce ni dans les ports de France ni dans ceux de nos colonies.

Art. 2. Il ne pourra être introduit, pour être vendu, dans nos colonies aucun noir provenant de la traite, soit française, soit étrangère.

Art. 3. La contravention au présent décret sera punie de la confiscation du bâtiment et de la cargaison, laquelle sera prononcée par nos cours et tribunaux.

Art. 4. Néanmoins, les armateurs qui auraient fait partir avant la publication du présent décret des expéditions pour la traite pourront en vendre le produit dans nos colonies.

Art. 5. Nos ministres sont chargés de l’exécution du présent décret.

Signé, N A P O L E O N.

Le plus célèbre ministre que l’Angleterre ait produit, l’immortel Pit, disait : Que la traite et l’esclavage des nègres renfermaient une masse incroyable de vices et de crimes; son ombre se réjouira de voir que les idées généreuses et libérales paraissent être à l’ordre du jour; le père de l’abolition de la

[2]

traite, le vénérable Wilberforce, l’imperturbable Clarckson, le digne président de l’institution africaine, S. A. R. le duc de Glocester, le vertueux Grégoire et ces estimables philantropes de la Nation Britannique et des autres pays, auront vu, avant de fermer les yeux à la lumière, par cet hommage éclatant rendu aux principes sublimes qu’ils professent, leurs courageux efforts couronnés de succès; ils emporteront dans la céleste patrie, avec le bien le plus précieux, la satisfaction d’eux-mêmes, l’estime et la vénération publiques, et le pressentiment des témoignages flatteurs de la postérité!

Hommage éternel, gloire immortelle à cette grande, loyale et sentimentale Nation, qui la première a donné au monde ce sublime exemple expiatoire !

Dans le grand nombre de fugitifs que la révolution qui vient d’avoir lieu en France, force encore à s’exiler en Angleterre, il se trouve beaucoup d’ex-colons, plusieurs d’entr’eux avaient déjà dans leurs poches des brevets d’administrateurs des biens vacans à Jacmel, les Cayes et Jérémie; etc. ils étaient furieux contre Bonaparte, dont la rentrée en France a empêché le départ de l’expédition qui devait apporter les troupes, les commissaires et la législation Coloniale au Port-au-Prince; ils comptaient tellement sur Pétion, qu’ils croyaient par son secours de se rendre maître de toute Hayti, c’était suivant ces MM. une promenade militaire, dans six semaines ils auraient réussi à détrôner le Roi, et à se rendre maître de leurs prétendues propriétés; la liberté et l’indépendance étaient détruites, et la restauration d’Hayti à la France consommée; celui-là comptait déjà d’avoir ce qu’il appelle ses nègres, un autre sa cafèterie, enfin il n’est pas de folies qu’on n’entende; c’est bien là ce qu’il s’appelle vendre la peau de fours avant de l’avoir jeté par terre. Les chefs, hommes de couleur, devaient être conservés, les noirs attachés à la glèbe, c’est-à-dire dans l’esclavage; entr’autres ridicules discussions qui ont eu lieu à Paris, dans le grand comité des planteurs, à l’arrivée de Dauxion Lavaysse; cet espion qui avait été envoyé [à] Port-au-Prince, on a délibéré ce qu’il avait de mieux à faire; la majorité avait opiné d’accorder une demi-liberté aux noirs, en les déclarant seulement serfs attachés à la glèbe; là dessus la minorité, gens à principes avait jeté feu et flammes à ce seul mot de demi-liberté, en disant point d’accommodement, tout ou rien, point d’esclavage, point de colonie; ils allaient se gourmer sur celle question, quand la nouvelle révolution qui s’est opérée est venue ajourner leurs pitoyables discussions. Maintenant la grande partie des ex-colons viennent redemander la charité au gouvernement britannique; ainsi ces misérables, après avoir diffamé ce gouvernement protecteur, dans leurs libelles et les pitoyables productions de leur orgueil en délire, sont trop heureux aujourd’hui d’avoir encore recours à la protection hospitalière de ce gouvernement qu’ils avaient si indignement outragés.

Nous ne doutons pas que cette engeance innale [sic], toujours animée par les passions les plus crapuleuses, qui veut toujours extraire du suc du sang des noirs, et dominer en tyran sur une portion de l’espèce humaine, ne fasse de nouvelles tentatives pour engager encore le gouvernement français à des démarches désastreuses; ces girouettes politiques qui changent au gré du vent de la faveur, sont toujours disposés à crier vive le Roi ou vive l’Empereur.

Nous ne doutons point que ces abominables ex-colons ne renouent le fil de leurs intrigues à Hayti, pour rallumer les brandons de la

[3]

guerre civile refroidis nu milieu de nous; nous ne doutons pas qu’ils ne continuent leurs machinations avec Pétion, qu’ils ont réussi à gagner à leur parti. Parmi les mille et une preuves qui dévoilent la trahison de Pétion envers les haïtiens, et les grandes espérances que ce vil scélérat a donné à nos ennemis, preuves démontrées comme l’évidence de la lumière; écoutons comment parlent les ex-colons dans un ouvrage, imprimé à Paris, chez Dentu, imprimeur libraire, ayant pour titre : Des véritables causes qui ont amené la ruine de la colonie de Saint-Domingue, et des moyens certains d’en reprendre possession et d’y vivre tranquillement à l’abri de nouveaux ouragans politiques, par un observateur de bon sens, ami de la justice et de la témoin de tous les évènemens.

Page 56 « On sait que quel que soit le gouvernement de Pétion, les propriétés des personnes de toute couleur qui se présentent sont respectées et restituées à leurs légitime propriétaires, mais que les propriétés dont les maîtres sont absens, ce qu’ils appellent là comme en France émigrés, sont affermés pour le compte du gouvernement, ou l’usurfruit donné à des fonctionnaires publics pour solde de leurs honoraires.

Page 60. « Revenons à Pétion. Je ne cesserai de dire et répéter que c’est vers lui que doivent se diriger les premières tentatives où pourparlers et moyens de conciliation. En cas de réussite, et je n’en doute pas, Pétion nous aidera à reprendre possession du royaume de Christophe, soit par les mêmes voies de conciliation; soit par la force des armes.

Page 64: « L’intérêt de la France et de la Colonie exigeraient peut-être que Pétion fût nommé gouverneur général pour le Roi, sinon définitivement, du moins provisoirement,sauf à le continuer dans ces fonctions, ou le remplaçant en temps et lieu, selon les dispositions déterminées par le Roi, sur la durée des fonctions de gouverneur.

» Serait-il donc plus humiliant pour vous d’avoir pour gouverneur un homme déjà puissant par son influence physique et morale sur la colonie, par cela seul qu’il est homme de couleur, qu’il ne l’était d’être sous la domination et d’obéir aux ordres du nègre Toussaint Louverture qui, depuis le départ du général Hédouville jusqu à l’arrivée du général Leclerc, c’est à dire pendant l’espace de trois ans qu’il fut plutôt souverain que gouverneur de la colonie, fut l’objet de l’adulation la plus basse, pour ne pas dire de l’adoration ridicule des habitans blancs de la colonie, particulièrement des habitans du Port-au-Prince? à la vérité, Toussaint Louverture protégeait les blancs, faisait respecter les propriétés, maintenait l’ordre et le travail dans les ateliers. Malheureusement Toussaint Louverture était conduit et conseillé par des princes colons partisans de l’indépendance, et bientôt on fit paraîtra cette célèbre constitution coloniale qui reconnaît Toussaint Louverture chef suprême de St Domingue, sous la protection de là république française. A certains égards on ne pouvait rien faire de mieux dans la circonstance, je l’avoue; et si au lieu d’envoyer l’expédition du général Leclerc qui n’a produit qu’un nouvel embrasement de la colonie, on eut envoyé à Toussaint Louverture le brevet de capitaine général qui n’eut pas conté si cher, cette colonie appartiendrait encore à la France.

J’ai toujours pensé cette vérité, et l’ai entendu affirmer par tous les habitans de ma connaissance.

»Eh bien , colons ? Pétion se trouve aujourd’hui dans la même position que Toussaint

[4]

Louverture, à l’égard de la France, et bien plus favorable pour nous, d’après les événemens survenus en France, et les principes connus du gouvernement actuel. Envoyez à Pétion la loi du 4 Avril, le brevet de gouverneur pour le Roi, avec la croix d’honneur et dix mille hommes s’il vous le demande, et avant six mois Pétion fait rentrer la colonie sous la dépendance de la France, vous évitera l’embarras, l’incertitude des moyens de faire rentrer les noirs dans la subordination, sans avoir besoin de vous en mêler; et bientôt vous n’aurez d’autres soins avons occuper qu’à vous rendre sur vos biens, jouir en bons pères de famille du bonheur commun, et mettre à profit, en hommes sages, la leçon de vos malheurs passés. Telle est l’opinion de beaucoup de personnes sensées ».

Quelle perversité ! les insensés ! Ils oublient donc qu’on peut réussir à égarer un individu, à l’entraîner dans l’abyme, mais qu’on ne trompe jamais tout un peuple! Ils oublient donc qu’une nation généreuse, armée pour la plus noble des causes est invincible!

Les peuples européens invoquent la liberté et l’indépendance, quel peuple eut jamais plus de droit à la liberté et à l’indépendance que les haytiens ? Quel peuple fut jamais plus martyrisé, torturé, humilié? à quelle agrégation d’hommes la tyrannie a t-elle jamais fait souffrir plus de tourment? outragés dans nos plus chères affections, vendus comme de vils troupeaux, notre vie s’écoulait péniblement dans les travaux, les souffrances, pour engraisser nos oppresseurs; maintenant que la faveur signalée du ciel nous a permis de lever nos fronts humiliés, de nous constituer en état policé, enfin de jouir des nobles facultés de notre titre, la tyrannie s’agitera en vain pour s’opposer à l’ordre inévitable des glorieuses destinées aux quelles nous sommes appelés !

Le trône de notre auguste Souverain fondé par un peuple libre, environné par son amour et sa reconnaissance, dont la base repose sur la liberté et l’indépendance est inébranlable! avec lui sont les étendards de la patrie; c’est autour du plus ferme, du plus noble défenseur de la liberté, que les haytiens doivent se rallier, se presser; il n’est donné qu’à lui seul de nom faire jouir de la liberté, d’assurer nos droits politiques, de protéger nos personnes, nos vies et nos propriétés ; c’est bien de notre auguste Souverain qu’on peut dire :

Régner est son devoir; gouverner, sa vertu.

Il lui est réservé d’exterminer nos tyrans, s’ils avaient la folie de se présenter pour envahie le territoire sacré de la liberté.

La France s’est passé pendant douze années de la possession d’Hayti, et cependant il n’est pas croyable qu’elle ait manqué de denrées dites coloniales; nous ne voyons pas pourquoi l’on voudrait encore chercher à nous anéantir pour le bon plaisir des ex-colons, ces fléaux de l’humanité; nous pensons avec raison que l’abolition de la traite par les principales puissances européennes, est un acheminement à la reconnaissance de notre indépendance par toutes les puissances. Notre auguste et bien aimé Souverain a déjà fait connaître que nous voulions être tranquilles chez nous, et nous livrer en paix à la culture de nos riches denrées pour les échanger avec les puissances amies. Si nous désirons la paix et ses douceurs, nous n’acheterons certainement pas ces biens par la perte de notre indépendance, car nous ne craignons pas la guerre et ses horreurs.

_________________________________________________________

Au Cap-Henry, chez P. Roux, imprimeur du Roi.