About This Publication

As far as can be discerned from the extant numbers of the Gazette Royale, the January 4, 1816 issue is the first time that the epigraph “L’Union fait la Force” appears, which is also the national motto of Haiti. The bulk of the articles are given over to celebrating the thirteenth anniversary of Haitian independence and to exalting the progress made in the kingdom since that time, including in the realms of the military, state finances, international commerce, education, and the arts. A description of the independence day celebration follows, with a reading of the Acte de l’Indépendance by the Chevalier de Prézeau, followed by a proclamation of the king read by Baron de Vastey. The final article entitled, “Reflections of the Editor,” but unsigned, argues for unity between the northern and southern states of Haiti, putting forth further evidence (in the form of references to the Haitian president’s correspondence with the French and specifically with Lavaysse) that Pétion sought to collude with the French to restore both slavery and colonial rule on the island.

*Provenance: American Philosophical Society

 

GAZETTE ROYALE D’HAYTI,

Du 4 Janvier 1816, treizième année de l’indépendance.

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L’Union fait la Force

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Du Cap-Henry, le 3 Janvier 1816, an 13.

Tous les peuples de la terre ont eu des époques remarquables, auxquelles ils ont attaché la plus grande célébrité pour éterniser le souvenir des bienfaits qu’ils ont reçus; ils ont institué des fêtes et des jeux solennels, où ils pouvaient donner un libre [illegible] aux épanchement de leurs cœurs. La religion, la sagesse des gouvernemens, ont consacré ces usages.

C’est dans ces fêtes solennelles que l’esprit national se déploye, l’enthousiasme qui règne dans les cœurs sont les témoignages certains de l’attachement des peuples pour l’objet qui est la cause de l’allégresse générale. A ce débat, l’on sent que je veux parler de l’anniversaire notre immortelle indépendance, qui vient d’être célébré par tout le royaume avec plus de pompe et de magnificence que jamais.

En effet, quelle époque doit être plus glorieuse pour les haytiens, que l’anniversaire de leur indépendance, seule garantie de leur existence politique et individuelle? Qu’il est mémorable ce jour où nous avons rompu et brisé nos chaînes! Qu’il est grand et glorieux ce jour où, rendu à notre véritable dignité, nous avons juré, à la postérité, à l’univers entier, de renoncer à jamais à la France, et de mourir plutôt que de vivre sous sa domination!

Avant que de donner au publie les détails de la fête, nous lui donnerons la proclamation du Roi, notre très-auguste et bien-aimé souverain, le défenseur de nos droits, le plus grand et le plus firme soutien de notre liberté et de notre indépendance!

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R O Y A U M E D’HAYTI.

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PROCLAMATION.

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LE ROI

AUX HAYTIENS,

HAYTIENS!

VOICI le jour auguste, à jamais mémorable, où nous proclamâmes en face de l’univers, notre ferme et inébranlable résolution de vivre libres et indépendans ou mourir! Liberté et indépendance! que ces mots nous retracent de grands et de glorieux souvenirs! que de sentimens sublimes ils font naître dans nos âmes; combien ils doivent nous être chers ces biens précieux; c’est le prix du plus pur de notre sang, de notre constance et de notre valeur!

Notre première pensée dans ce grand jour est de remercie la divine providence de nous avoir comblé de ses bienfaits, en nous retirant de l’état d’opprobre et de misère où nous étions plongés,  pour nous rendre à l’état de société, de civilisation et au bonheur.

Ce premier devoir rempli, il nous en reste un second bien cher à notre cœur paternel, c’est de vous faire l’exposé de la situation du royaume, en vous mettant sous les yeux les résultats de nos travaux de l’année expirée; vous verrez notre état de prospérité actuelle; nous vous participerons nos vues pour introduire dans le royaume les sciences et les arts, les encourager, les protéger, les faire fleurir, employer et combiner tous les moyens de sagesse qui peuvent contribuer au bonheur et à la prospérité du peuple haytien.

Plein de confiance dans vos constans et généreux efforts, nous avons l’intime conviction que vous; contribuerez toujours à nous seconder dans l’exécution de nos projets; vous y mettrez le même zèle, la même ardeur, dont vous nous avez donné tant de preuves, particulièrement dans l’année qui vient de s’écouler.

Résolus de ne jamais nous immiscer que dans les affaires qui nous concernent, uniquement occupé du soin d’améliorer notre situation intérieure, et à consolider par des institutions et des lois, l’édifice de notre liberté et de notre indépendance; en 1814 nous fûmes menacés d’une injuste agression, les français, au lieu de jouir comme les autres peuples des avantages et des douceurs de la paix qu’ils venaient d’obtenir des puissances alliées, au lieu de se livrer comme elles à cicatriser les maux de la guerre, au lieu de réparer envers nous leurs cruautés et leurs injustices, par une conduite plus humaine et diamétralement opposée à la première, voulurent encore faire revivre leurs odieuses prétentions, et nous inquiéter dans la paisible jouissance de nos droits; prétentions aussi injustes que chimériques et barbares, dénuées de toute espèce de fondement et de raison! prétentions aussi vaines, aussi erronées que celles que nous voudrions nous arroger sur le royaume de France!

Notre postérité n’aura point à nous reprocher d’avoir manqué à ce que notre honneur, notre patrie, nos intérêts les plus chers nous prescrivaient; nous avons répondu à leurs nouveaux outrages avec la fermeté et l’énergie qui nous caractérisent; ainsi nous repousserons toujours toutes prétentions injustes, toutes propositions attentatoires à notre liberté et à notre indépendance!

Notre existence politique et individuelle menacée, l’année 1815 fut employée à faire les préparatifs de guerre; notre système de défense fut entièrement completté [sic ?]; nos citadelles furent achevées, perfectionnées et approvisionnées de munitions de bouche et de guerre; l’armée, ténue constamment sur le pied de guerre, fut encore considérablement augmentée; ses cadres furent mis au complet; de nouveaux régimens furent créés, les milices du royaume recèlent une nou-

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velle organisation plus convenable à nos localités et à leurs destinations; les troupes de lignes furent habillées et équipées, pourvues de fusils, neufs; les Royals Dahomets se sont habillés et équipés volontairement, à leurs frais de dépens; nous avons décoré de la Croix de notre Ordre plusieurs braves officiers de ce corps pour les récompenser de leur zèle et des services éminens qu’ils n’ont jamais cessé de rendre à la patrie.

Le bon ordre et la discipline règnent dans les troupes de toutes armes; elles sont constamment exercées dans les manœuvres; nos préparatifs de guerre sont terminés, la population entière est armée; nos magasins sont pourvus d’objets pour alimenter la guerre pendant long-temps; sans la désirer, sans la provoquer, sans la craindre, confiant dans la plus juste des causes, l’avenir m’a rien qui puisse nous allarmer, nous l’envisageons avec sécurité.

Nos finances sont dans un état satisfaisant. Sans toucher à l’épargne, les recettes de l’année courante ont suffi pour faire face aux dépenses énormes, qu’a nécessité notre état de guerre. Essentiellement guerriers et agriculteurs; malgré nos préparatifs militaires, nous n’avons jamais cessé de porter notre sollicitude sur la culture, base fondamentale de nos richesses, source d’où découlent la puissance et la prospérité du royaume.

Le commerce a toujours été très lucratif: nous sommes abondamment pourvus des objets de consommation qui s’importent dans le pays; de nombreux bâtimens des nations amies ont effectué, dans nos ports, la vente de leurs cargaisons, et sont ressortis richement chargés de denrées. L’agriculture, cette principale source de notre prospérité nationale, s’augmentera encore progressivement par l’impulsion que nous lui donnons et par les encouragemens et les bénéfices que reçoivent les habitans des campagnes. Le commerce, intimement lié par ses rapports aux succès de l’agriculture, s’acroîtra également par les profits, la protection, la sécurité des personnes et des propriétés que nous accordons aux négocians étrangers qui commercent avec nous.

La population s augmente graduellement, le bonheur dont jouissent les différentes classes de la société, est le sûr garant de son accroissement.

Les lois sont exécutées; les magistrats remplissent leurs devoirs; la justice est exercée scrupuleusement; le peuple acquiert de jour en jour la connaissance de ses droits et de ses devoirs; son esprit public est excellent: il est impossible de le tromper sur ses véritables intérêts.

L’histoire nous apprend que tous les peuples, avant qu’ils furent civilisés, étaient plongés dans les ténèbres de la barbarie; ce n’est qu’après un laps de temps considérable qu’ils se civilisèrent, par l’introduction des lumières, fruits de l’instruction et du temps. Pour nous acquitter de cette première dette de l’administration d’un état, l’instruction publique a fixé particulièrement notre attention; nous avons demandé de l’étranger de savans professeurs et d’habiles artistes de tous les genres, pour introduire dans le royaume les sciences et les arts.

Les professeurs et artistes qui viendront s’établir, pour se livrer à l’instruction de la jeunesse, seront essentiellement encouragés et protégés; nous userons envers eux de la plus grande tolérance; la différence de nation et de religion ne sera point un motif d’exclusion; nous ne considérerons que le mérite et les talens. L’honnête homme, n’importe le pays qui lui aura donné le jour, et la croyance dans laquelle il aura été élevé, sera toujours accueilli, et jouira des avantages de la sûreté et de la sécurité que nos lois accordent aux étrangers de toutes les nations, qui habitent le royaume. Les Maisons d’éducation, les Collèges, l’École royale et militaire, deviendront la pépinière d’où sortiront des hommes d’Etat, des Magistrats éclairés, des Militaires instruits dans le grand art de la guerre.

En attendant l’entière exécution de nos projets, nous avons ordonné que lon s’occupât constamment de la construction des édifices nécessaires aux établissemns publics, dans les villes et campagnes.

L’ensemble de la situation du royaume ne nous présente que des sujets de satisfaction; nous aurions été au comble de nos vœux, si dans le commencement de cette nouvelle année nous avions eu la douce satisfaction de vous annoncer l’extinction totale de la guerre civile.

Cependant, cet esprit de vertige, cette fougue des passions qui étaient allumées dans les coeurs s’éteignent sensiblement: déjà une partie du peuple de la province du Sud s’est rangée sous nos étendards, et le reste est prêt à se joindre à leurs braves compagnons qui ont embrassé la cause de l’autorité légitime, de la liberté et de l’indépendance; que dis-je? leur propre cause. Nous avons la certitude que les haytiens de la portion de l’Ouest sont aussi prêts d’imiter le bon exemple que leur donnent nos compatriotes du Sud.

Souverain de la Nation, notre affection paternelle s’étend également sur tous les haytiens. Du Sud au Nord, de l’Est à l’Ouest, toutes les parties du territoire forment l’intégrité du royaume; tous ses habitans ont donc également droit à la bienveillance du Roi d’Hayti; car nous l’avons déjà répété, et nous le répétons encore, nous ne nous considérons pas connue le Roi d’une portion du territoire, ni d’une partie de la population, mais de toute le royaume et de la population entière. Ceux qui ont été entraînés dans l’erreur et dans l’infortune, par un ambitieux sont bien, plus à plaindre qu’à blâmer; un jour viendra, et ce jour n’es pas loin, où ils reconnaîtront leurs erreurs; alors ils rivaliseront d’ardeur avec nous pour consolider nos droits, la liberté et l’indépendance de notre pays.

Résolus de ne jamais nous écarter de système pacifique, juste et libéral que nous suivons, le seul qui convient à notre cœur paternel et aux intérêts généraux du peuple; satisfait des bonnes intentions que nous manifestent les habitans de la province du Sud, nous avons renvoyé dans leurs foyers les troupes de cette partie qui s’étaient trouvées dans nos rangs par les événemens de la guerre, pour qu’elles puissent les défendre, et en témoignage de leur bonne conduite et du zèle qui les anime pour le bien de notre service; les marins et habitans de cette province qui sont tombés en notre pouvoir ont été bien traités et bien accueillis par nos ordres; ceux qui ont manifesté le désir de retourner dans leurs foyers, ont été renyoyés au sein de leurs familles.

HAYTIENS! tel est l’exposé de notre situation intérieure: notre état s’améliore de jour en jour. Considérés au dehors, au dedans, notre attitude est respectable; l’art militaire qui défend la patrie se perfectionne; les vertus sociales qui forment les bons pères de familles, les bons fils, les épouses vertueuses, sont pratiquées; la religion est révérée; nos mœurs s’épurent, le lien conjugal est respecté; les vices odieux, fils de l’ignorance et d’une servitude barbare, disparaissent sensiblement, ou sont obligés de se cacher dans les ténèbres. La protection accordée aux mœurs, la flétrissure et la honte imprimées aux vices, assurent les progrès de la morale, et les lumières qui se répandent, concoureront puissamment à nous faire atteindre le degré de civilisation, où sont parvenus les peuples les plus policés de la terre.

HAYTIENS! vingt six années de révolution encore sans exemple dans l’histoire du monde, treize d’indépendance glorieusement acquise, ont opérées ces merveilles! Non, nous ne sommes pas les mêmes hommes! quel prodigieux changement s’est opéré dans tout ce qui nous environne! jadis le front humilié, le regard attaché à la terre, assimilés à la brute, accablés sous le fouet des bourreaux, nous existions cependant, et nous étions morts pour l’univers; nous avions des facultés, et ces facultés étaient anéanties sous le poids de la servitude et de l’ignorance !…Le cri

de la liberté se fait entendre, soudain, nous brisons nos fers. Le front levé, le regard attaché au ciel, nous pouvons contempler les œuvres de la munificence divine! Rendus à la dignité de l’homme et à la société, nous acquérons une nouvelle existence, nos facultés développent, une

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carrière de félicité et de gloire s’ouvre devant nous! Dieu puissant! L’arbitre suprême de l’univers, grâces vous soient à jamais rendues! Recevez nos voeux et nos hommages! Philanthropes vertueux! amis de l’humanité! contemplez votre ouvrage, le fruit de vos veilles et de vos travaux; redoublez encore de zèle et d’ardeur, s’il est possible, pour opérer le bonheur du genre humain! les haytiens justifieront vos généreux efforts par des faits et des exemples vivans!

Désormais, les détracteurs de l’espèce humaine auront beau argumenter, par des sophismes et sur des faits d’exception, au lieu de leur répondre, marchons à grands pas vers la civilisation. Qu’ils contestent s’ils veulent l’existence de nos facultés intellectuelles, notre peu ou point d’aptitude aux sciences et aux arts, répondons-leurs par des arguments irrésistibles; prouvons aux impies, par des faits et des exemples, que les noirs comme les blancs sont des hommes et comme eux les œuvres de la toute puissance divine!

Généraux, officiers, sous-officiers et soldats de l’armée de terre et de me, Royal Dahomets, magistrats, habitans des villes et des campagnes, recevez nos félicitations, pour le zèle et l’ardeur que vous avez mis à nous seconder dans nos préparatifs pour la défense de notre pays; votre généreux dévouement et votre patriotisme, vous méritent notre gratitude et la reconnaissance de la patrie!

Vous avez prouvé au monde, que tous les sacrifices ne vous sont rien lorsqu’il s’agit du maintien des droits que vous tenez de dieu, de la nature et de la justice; persévérez toujours dans ces sentimens sublimes, vous serez invincibles; méprisez, dédaignez, ce que les hommes pusillanimes apprécient, la vie et la fortune. Vous haytiens, vos vrais biens, sans lesquels tous les autres ne sont rien, sont la liberté et l’indépendance!

Nos tyrans accablés sous le même poids des calamités dont ils avaient affligé l’univers, sont forcés de nous laisser en repos, victimes déjà de notre bonne foi et de notre crédulité, n’oublions jamais que le premier usage qu’ils ont fait de la dernière paix, a été de vouloir nous tromper une seconde fois, de la manière la plus perfide. Pourrions nous être encore trompés? Quel est celui parmi nous qui voudrait renoncer à sa qualité d’homme pour retourner à la condition de la brute, sous le joug des tyrans?…. Cette idée nous fait horreur et soulève nos coeurs d’indignation!….. Ils peuvent ourdir de nouvelles trames, se métamorphoser sous mille formes; non haytiens, non jamais nous ne tomberons dans les pièges qu’ils pourraient nous tendre!

HAYTIENS! nous n’avons pas seulement à travailler pour notre propre bonheur, nous travaillons encore pour notre postérité. Pénétrons-nous des devoirs sacrés que nous avons à remplir envers nous-mêmes et envers nos semblables; nous avons donné à nos ennemis de grandes preuves de résolution, d’énergie et de courage; mais ce n’est pas assez, nous avons encore un autre genre de combat à leur livrer: désormais, c’est par la sagesse de nos lois, la pureté de nos mœurs, nos vertus, la sûreté de notre commerce, nos constans efforts et nos laborieux travaux pour la prospérité de notre pays, que nous leur prouverons que nous sommes dignes de la liberté et de l’indépendance!

Vive à jamais la Liberté!

Vive à jamais l’Indépendance!

Donné en notre Palais Royal de Sans-Souci, ler Janvier 1816, an treizième de l’indépendance, et de notre règne le cinquième.

HENRY,

Par le Roi,

Le Secrétaire d’Etat, Ministre des Affaires étrangères.

Comte de Limonade.

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De Sans-Souci, le 3 Janvier.

L’anniversaire de la fête de notre immortelle indépendance [nous écrit-on de cette ville] a été célébré avec la plus grande pompe, pendant deux jours.

La veille au coucher du soleil, et le lendemain, au premier rayon de l’aurore, des salves d’artillerie saluèrent le beau jour de l’indépendance.

A sept heures, les cinq superbes corps de troupes de la maison militaire du Roi, dans la plus grande tenue, les différens corps de la garnison défilèrent, de leurs casernes, pour se rendre sur la Place d’Armes.

A huit heures, MM. les Dignitaires assemblés se sont rendus au Palais de S. A. R le Prince Royal, Généralissime de l’Armée, pour former son cortège et l’accompagner sur la Place d’Armes.

Le cortège se mit en marche aux bruits des tambours et de la musique; arrivé sur la Place d’Armes, S. A. R. commanda d’exécuter les manœuvres pour former les troupes en masse, et ordonna de faire approcher le peuple pour entendre la lecture de l’Acte de l’indépendance et de la Proclamation du Roi.

M. le chevalier de Prezeau, secrétaire du Roi, donna lecture de l’acte de l’indépendance; sa lecture terminée, les cris de vive l’indépendance se firent entendre de toutes parts.

Ensuite M. le baron de Vastey, donné lecture de la Proclamation du Roi, qui a porté l’enthousiasme à son comble et qui fut également accueillie par les cris de vive l’indépendance! vive le Roi! vive la liberté!

Ces lectures terminées, S, A. R. se rendit avec son cortège au Palais du Roi, son auguste Père, pour lui présenter ses hommages respectueux. MM. les Dignitaires, les Officiers civils et administratifs furent introduits par le Grand Maître des Cérémonies dans la Grande Salle des Dignitaires et rangés selon l’ordre des préséances.

Un instant après le Roi s’est apparu, ayant à ses côtés la Reine, le Prince Royal et les Princesses Royales.

M. le baron de Dessalines, Major Général, organe des Dignitaires, s’est avancé respectueusement et a adressé le discours suivant au Roi:

SIRE,

Offrir à Votre Majesté et à son auguste Famille, dans l’anniversaire de l’immortelle indépendance de notre pays le tribut de nos hommages respectueux, de notre vénération, de notre fidélité et dévouement sans bornes, c’est acquitter la dette de nos cœurs envers Votre Majesté, c’est le gage de notre reconnaissance.

La sagesse de l’administration de V. M., lui mérite l’amour des haytiens, l’estime et l’admiration des étrangers; Sire, Votre Majesté avait à peine terminé les préparatifs de défense de notre pays, votre profond discernement avait à peine pourvu à tout ce qu’il est humainement possible de prévoir pour la sûreté du peuple, que Votre Majesté, dans la noble vue de relever encore le caractère de la nation, s’occupe d’introduire dans le royaume les lumières qui civilisent les hommes. Vous voulez, Sire, joindre aux sublimes institutions que vous nous avez données, à la justice et à la morale qui ont fait de si grands progrès parmi nous, les sciences et les art , ces aimables enfans de la paix!

Toutes les pensées, les désirs de Votre Majesté, appellent parmi nous l’union et la paix. Le peuple haytien Vous rend la justice qui vous est dûe, que si toute la généralité des haytiens n’est pas encore réunie, Votre Majesté a fait tout ce qui était en son pouvoir de faire pour parvenir à ce but glorieux; mais ce qui doit consoler le grand cœur de Votre Majesté, c’est que ses démarches paternelles n’ont pas été perdues, déjà la majorité de nos frères qui ont été entraînés dans l’erreur par un vil ambitieux qui a tout sacrifié, sont prêts d’ouvrir les yeux à la lumière et de se réunir sons les bannières de Votre

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Majesté, qui sont celle de leur propre cause, de la liberté et de l’indépendance.

Poursuivez, Sire, vos glorieuses destinées, soyez toujours pour les haytiens le noble guide qui dirige leurs pas dans la nouvelle carrière qu’ils parcourent; soyez toujours la boussole qui dirige nos guerriers dans les sentiers de l’honneur et de la gloire, et dans la pratiqua des devoirs du bon père, bon époux, bon haytien; Votre Majesté trouvera dans son cœur la plus douce récompense de ses peines, de ses veilles et de ses travaux immortels.

Permettez, Sire, à vos officiers de vous désirer tout le bonheur et la félicité dont Votre Majesté est si digne. Puisse l’Etre Suprême vous conserver long temps pour être le soutien de la patrie et l’effroi de nos tyrans.

Vive le Roi! Vive l’Indépendance!

Sa Majesté a accueilli le discours des MM. les Dignitaires avec bonté, et leur a répondue en ces termes:

MM. les Dignitaires et MM. des Corps Civils et Administratifs,

C’est avec la plus vive reconnaissance que nous recevons les vœux que vous formez pour nous dans le commencement de cette nouvelle année; persuadez de leur sincérité, nous les accueillons du plus profond de nos cœurs.

Vous connaissez par notre proclamation de ce jour l’état de prospérité du royaume, et nos vues pour en augmenter la splendeur. Nous employrons tout notre pouvoir pour faire le bonheur du peuple; sa félicité, sa gloire seront toujours l’objet de notre constante sollicitude et le but de nos veilles et de nos travaux.

Faire régner parmi vous l’union, qui fait la force, sous l’empire des lois; faire pratiquer les bonnes mœurs et observer la justice et l’équité; protéger, encourager les sciences et les arts, attirer sur nous la considération et la bienveillance des nations amies, par notre sagesse, notre bonne foi, et la sûreté de notre commerce, par notre attitude guerrière et notre inébranlable résolution, rendons-nous dignes de la liberté et de l’indépendance! que ces sentimens sublimes soient gravés dam nos cœurs. Tel est, Messieurs, le but où tendent tous nos vœux et nos efforts, et ce même soleil qui éclaire de ses rayons bienfaisans ce jour que nous célébrons, s’élèvera toujours radieux sur nous et sur notre postérité!

La cérémonie terminée, LL. MM., le Prince Royal et les Princesses Royales, montèrent en carosses pour se rendre à l’Eglise et assister au service Divin.

Après la messe, leurs Majestés retournèrent au Palais dans le même ordre qu’elles en étaient parties.

Des tables splendides étaient servies; pendant le repas, la plus vive allégresse a régnée; au dessert, des santés patriotiques ont été portées et couvertes d’acclamations, par la musique les fanfares et le bruit du canon.

Le soir, le Palais et la Ville ont été illuminés de la manière la plus brillante; il y eut grand bal au Palais; les deux journées de fête de notre immortelle indépendance, se sont écoulées dans les plaisirs les plus doux; jamais la cour n’a été plus brillante; l’union, la franchise et la gaieté qui ont régnées, sont la preuve de rattachement sans bornes que les haytiens ont pour leur liberté et leur indépendance.

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REFLEXIONS DE L’EDITEUR.

Le plus grand bonheur pour une nation, est de posséder un Roi sage et vaillant, qui sache faire respecter au dehors ses droits et qui s’étudie au dedans à faire régner les lois, la justice et l’équité; nous possédons ce bonheur; nous avons, dans notre Souverain bien-aimé, ce Roi sage et vaillant; c’est lui qui par son énergie et son courage sait faire respecter notre liberté et notre

Indépendance; c’est lui qui par la sagesse de son administration a attiré sur nous l’admiration et la considération des étrangers; c’est lui qui a restauré, nos mœurs, donné des institutions et des lois, et qui veut encore, pour mettre le comble à ses bienfaits, introduire dans le royaumes  des lumières, en favorisant les sciences et les arts; c’est lui qui veille jour et nuit pour la conservation de nos droits; c’est lui qui observe les complots des Français et leurs partisans, les déjoue; c’est donc auprès de ce Roi sage et vaillent, mes frères, que nous devons tous nous rallier et combattre jusqu’au dernier soupir pour consolider nos droits, notre liberté et notre indépendance!

Pourquoi, mes frères, n’avons-nous pas tous cette sublime pensée? Pourquoi faut-il qu’une faible portion d’haytiens soit encore courbée sous le joug avilissant d’un traître? Ils n’ignorent pas cependant tous les crimes dont Pétion s’est couvert: attendent- ls donc qu’ils soient livrés pieds et poings liés avant d’ouvrir les yeux?

Pétion n’a-t-ii pas renoncé à l’indépendance effective, pour ne conserver qu’une espèce d’indépendance, l’administration intérieure ? N-a-t-il-pas marchandé les droits du peuple avec un vil espion? Ne l’aurait-il pas livré à la discrétion de ses bourreaux, s’il n’avait pas craint de compromettre sa sécurité et son existence? N ’a-t-il pas accordé le commerce exclusif a la France? N’a-t-il pas convenu qu’il était devenu haytien malgré lui, par nécessité, quand il n’a pu faire différemment? ? N’est-ce pas lui qui doit  envoyer les haytiens à l’île de Ratau? N’est-ce pas lui qui a fourni à Dauxion Lavaysse tous les plans et projets de conquête, pour nous réduire dans l’esclavage? N’est-ce pas lui enfin qui conspire continuellement au dedans et au dehors en faveur des français? Méroné, Garbage, Tapiau, Liot, Dauxion Lavaysse, Catineau Laroche, les deux frères Prader, ne sont ils pas ses agens et ses complices? Je ne finirai pas à vous rénumérer tous ses crimes; il faut être bien aveugle pour servir un pareil monstre, et vouloir de gaieté de cœur se précipitée dans un abîme de maux sans fin.

Nous sommes très-curieux d’apprendre de quelle manière Pétion a fêté l’anniversaire de l’indépendance au Port-au-Prince, lui qui l’avait déjà sacrifié, qui poussait la répugnance jusqu’à ne pas vouloir prononcer ce mot, ni le consignée dans ses écris; mais comme cet hypocrite chante souvent la palinodie suivant les circonstances, il est probable qui l’aura fait fêté avec pompe, pour masquer ses intentions criminelles, et s’il lui est possible dissiper le souvenir de ses intrigues avec Dauxion Lavaysse.

Nous sommes instruits que depuis quelques temps, il affecte dans ses conversations de parler contre les français, pour tâcher de regagner la popularité que sa trahison lui a fait perdre; mais tout le monde le ris sous cape; personne n’est dupe de cette nouvelle jonglerie de sa part; on a raison, il faut toujours se méfier d’un traître.

Nous apprenons aussi de Londres, que M. Lainé et M. le duc de Lewis, deux acharnés ex-colons, occupent les premières places auprès de Louis XVIII; ces deux Messieurs, dirigés par les mêmes vues du feu Malouet, ne manqueront pas de former, avec Pétion, une nouvelle ligue contre la liberté et l’indépendance du peuple haytien. Deux bâtimens de guerre, dit-on, sont partis de France avec des commissaires pour aller s’aboucher avec Pétion; nous engageons nos concitoyens, des portions de l’Ouest et du Sud, d’ouvrir les yeux , de veiller la conduite de Pétion avec les blancs français, et de ne pas se laisser tromper par ce traître comme la dernière fois; s’ils ont encore, l’insolence de vous menacer, de vous traiter comme des sauvages malfaisans et de vous  traquer comme des nègres marrons; saisissez-vous d’eux ainsi que du traître Pétion; livrez les nous, nous les joindrons à l’espion Franco Médina leur complice!

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Au Cap-Henry, chez P. Roux, imprimeur du Roi.