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This issue opens with a complaint about a new law passed in the Republic of Haiti by President Alexandre Pétion. According to the author of the piece, the new ordonnance, printed in full below, will “overwhelm” the poor inhabitants of the countryside with new taxes. There is also a reprinted article from France about the higher value of money from the northern kingdom versus the southern republic; news from Curaçao indicates the arrival of 22 canons in Spanish Santo Domingo. A summary of letter from  a correspondent in Port-au-Prince is also included. It details that a French merchant ship has docked in Cayes, Haiti, while four US and four French ships have docked in Port-au-Prince. The letter evidently also stated that Pétion was in ill health: “Our correspondant,” the article reads, “adds that Pétion does not look well; he is dangerously thin.” The issue ends with a list of foreign ships that have dispatched from Cap-Henry from February 5th to June 5th.

*Provenance: Archives Nationales d’Outre-Mer (photo courtesy of Henry Stoll)

LIBERTÉ, INDÉPENDANCE OU LA MORT.

GAZETTE ROYALE D’HAYTI,

Du 6 Juin 1816, treizième année de l’indépendance.

L’Union fait la Force.

Au Cap-Henry, le 5 Juin 1816.

Nos ennemis, convaincus par l’expérience que les espions, les proclamations, les promesses, les menaces, étaient autant de moyens superflus pour nous faire tomber dans leurs pièges, viennent d’en imaginer un nouveau tout aussi puéril que les premiers.

Ce moyen, a été de tâcher d’introduire et de faire vendre dans le royaume une infinité de tableaux de la famille des Bourbons; des testamens de Louis XVI, des cœurs français de Louis XVIII. Des élémences [sic] de Henry IV, des justices de Saint Louis, d’images de saints et de saintes, et d’une infinité de petits bons dieux en plâtre; tout cela était mêlé et confondu parmi d’infâmes carricatures [sic] contre nos amis les anglais.

C’est avec ces hochets des préjugés et du fanatisme, avec lesquels on gouverne les français maintenant, qu’ils voudraient encore nous abuser, en commençant par sonder le terrain, a y jeter des signes de ralliement pour s’assurer s’ils ont encore des partisans dans un pays où ils se sont fait généralement abhorrer par leurs crimes.

Sa Majesté, notre auguste et bien aimé souverain, qui veille sans cesse à la conservation de notre liberté et de notre indépendance, et qui épie les moindres mouvemens des français pour déjouer leurs perfides projets, tant dans l’intérieur que dans l’extérieur, a ordonné de faire saisir tous les images, portraits, tableaux, carricatures [sic] qui portaient l’empreinte française, et tendraient à nous rappeller le souvenir de cette odieuse domination.

Des ordres ont été également donnés dans les douanes, pour empêcher l’introduction dans le royaume, des objets de la susdite description, sous peine de confiscation et d’amende.

Nos ennemis, comme l’on voit, s’accrochent à toutes les branches pour réussir à nous faire tomber dans un piège quelconque: c’est toujours en s’affublant de la peau du mouton que le loup compte de pouvoir s’introduire dans la bergerie; n’ayant pu se faire entendre par des lettres et des proclamations insidieuses, ils ont voulu nous parler en peinture; ils n’ont pas mieux réussis. Sentinelle du peuple, c’est à nous de les veiller et de les montrer toujours tels qu’ils sont.

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Nous avons reçu du Port-au-Prince une Loi de Pétion qui accable d’impôts les malheureux habitans des campagnes; nous nous empressons de la mettre sous les yeux de nos concitoyens.

«LOI additionnelle pour augmenter le droit territorial, laquelle aura force jusqu’au 31 Décembre 1817.

» Le sénat considérant que par l’article 42 de la constitution, il a le droit d’établir des droits  en cas d’urgence, et considérant que le gouvernement vient d’ordonner de faire des acquisitions d’une grande quantité d’armes et de munitions de guerre pour mettre la république dans l’état le plus respectable, et quelles [sic] nécessitent des dépenses extraordinaires; et considérant en outre le message du Président d’Hayti en date du 17 Octobre, tendant à prendre des mesures pour faire face à ces dépenses; le sénat après avoir entendu son comité spécial et après trois lectures dudit message, décrète:

» Article 1er. A compter du présent jusqu’au 31 Décembre 1817, le droit territorial sera  augmenté dans toute l’étendue de la république sur les articles suivans; sur le café et coton 15 gourdes par millier, sur le cacao 7 gourdes cinquante centimes par millier, sur le sucre, sirop et mêlasse 6 gourdes, sur bois de teinture 4 gourdes cinquante centimes le millier.

» 2. Le Président d’Hayti prendra toutes les 30 mesures nécessaires pour faire exécuter la présente loi, laquelle lui sera présentée, lue et publiée dans toute l’étendue de la république.»

»Fait au Port-au-Prince, le 4 Décembre 1815, l’an 12.

» Signé Neptune, président, Fresnel, secrétaire.

» Le Président d’Hayti ordonne que la présente loi soit publiée et exécutée, que les sceaux de la république y soient apposés.

Fait au Palais National du Port-au-Prince,  le 5 Décembre 1815, an 12.

» Signé, PETION

« Par le Président.

»Le chef d’escadron et secrétaire,

»Signé, B. INGINAC.

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Tout le monde se rappelle lorsque Pétion avait diminué les droits de cinq pour cent, il disait impudemment, que cette Loi avait donné la mesure de son opinion et de sa détermination; il nous renvoyait même à la Gazette du Times pour voir son apologie; malgré cette autorité, nous avions démontré que ce n’était qu’une ruse de la part de Pétion, pour tromper les anglais sur ses véritables intentions; pendant qu’il conspirait avec Dauxion Lavaysse au Port-au-Prince; nous disions que c’était une perfidie de sa part, d’avoir l’air de concéder cinq pour cent de droit au commerce anglais seulement , dans l’instant qu’il voulait accorder le commerce exclusif à la France.

Aujourd’hui ne sommes-nous pas pleinement fondés dans nos assertions? et toutes les ruses de ce tartuffe ne sont-elles pas au grand jour?

Pétion n’avait pas eu besoin de s’environner des formes législatives pour faire cette diminution de droit; il l’avait fait d’un trait de plume, au mépris de sa constitution et du sénat; mais aujourd’hui qu’il s’agit d’accabler le peuple d’impôts, il s’environne de prétexte spécieux, se cache derrière le rideau, se targue de la constitution, met en avant le sénat, et compromet MM. Neptune et Fresnel, etc.

Les motifs de la Loi nous feraient sourire de pitié, si nous n’étions indignés de l’astuce avec laquelle Pétion trompe le peuple.

Lorsque nous étions menacés d’une extermination totale de la part des français, Pétion, au lieu de s’occuper à faire des acquisitions d’armes de poudre et de plomb, comme la sûreté du pays et le salut du peuple l’exigeaient, passa son temps.

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au Port-au-Prince à conspirer la ruine de son pays avec un espion français; à cette époque, bien loin d’augmenter les impôts, il les diminua de moitié, preuve bien convaincante qu’il n’avait pas besoin d’argent, ni d’armes, ni de poudre, ni de plomb, etc. et qu’il ne pensait même pas à s’en procurer, tant il comptait sur la protection des français.

Comment se fait-il à présent que nous sommes dans un état de paix apparent, Pétion prétexte la nécessité de se procurer des moyens de défenses pour tripler les droits, tandis que lorsqu’il était dans le moment critique, dans la nécessité et dans l’obligation de le faire, pour se procurer des armes, il ne l’a point fait, mais au contraire, il diminua de motié les droits? Comme c’est conséquent d’augmenter les droits en temps de paix et de les diminuer en temps de guerre! Pétion voit que le peuple commence à se lasser de ses crimes; il s’apperçoit que le temps approche où il faut qu’il abandonne cette terre qu’il a trop long-temps souillé de son souffle empoisonné, il commence par accabler les malheureux agriculteurs d’impôts; il faut qu’il se gorge de nos dépouilles, après s’être baigné dans notre sang.

Peuple des parties de I’Ouest et du Sud, prenez garde à vous, Pétion veut accumuler de l’argent pour fuir en France avec vos dépouilles, comme il l’a déjà fait. Par la dernière mesure qu’il vient de prendre, il va vous arracher votre dernier sou, et il ne vous laissera que les yeux pour pleurer sur vos cruelles infortunes.

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Dans la Gazette, le Journal Général de France, du Mardi 19 Mars, on lit les nouvelles suivantes:

« On mande de Baltimore, sous la date du 31 Décembre dernier: Les Anglais se fortifient sur le lac, à la frontière; les Américains en font de même. On reconstruit Washington. Les forces de terre des Etats-Unis se montent à dix mille hommes de troupes réglées, non compris la milice; la marine consiste en trois vaisseaux de 74 et une douzaine de frégates, outre plusieurs bâtimens qui sont en construction. Les étoffes de laine, soie et fil de fabrication française sont préférées à celles qui viennent d’Angleterre, et elles se vendent à haut prix. — Le bruit courait que le gouvernement de la Grenade espagnole offrait de se soumettre à la domination anglaise, pour se mettre à couvert de l’insurrection dont elle est menacée, et que l’on attendait la réponse du Prince Régent à cette proposition. Les papiers publics annoncent que les anglais allaient évacuer la Guadeloupe. St Domingue est toujours en proie aux dissentions. Pétion, qui commande la partie du Sud, est ennemi des anglais; Christophe (le Roi) qui occupe le Nord, est au contraire protégé par eux et en reçoit des secours. Ils lui ont cédé plusieurs bâtimens de guerre. Les anglais font répandent au Cap Français et dans toute la partie occupée par Christophe, de la monnaie de cuivre argenté qui a cours dans ce pays. Les bâtimens étrangers, auxquels il est interdit de charger en retour des denrées coloniales, ne peuvent plus faire aucun commerce avec cette partie ».

Quant à l’article des monnaies, certainement c’est au Port-au-Prince que l’on a voulu dire, où il circule de la monnaie de cuivre frappée par Pétion, qui est effectivement l’ennemi des anglais; car dans le Nord il ne circule que de bon or et de bon argent. Quant aux denrées, nous renvoyons nos Lecteurs à la nomenclature des Bâtimens expédiés du Cap-Henry.

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Curaçao le 20 Avril 1816.

Une corvette française de 22 canons arriva à Santo-Domingo le 21 Mars passé, sortant de France pour croiser contre Christophe (le Roi); on rapporte aussi que deux frégates avaient aussi fait voile pour le même objet.

[4]

Il paraît que Pétion ne sera pas inquiété; nous en ignorons les raisons. La corvette a fait rencontre avec un des bâtimens de Pétion, de moindre force, et n’a pas cherché à le molester; on a vu que des canots sortant du bord des deux bâtimens se sont communiqués en plusieurs reprises.

Extrait de la Gazelle Royale de la Jamaïque, du 25 Mai.

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Par une lettre du Port-au- Prince, nous savons qu’il y a aux Cayes maintenant un bâtiment marchand français, sous pavillon blanc, et au Port-au-Prince quatre bâtimens américains et quatre bâtimens français, sous pavillon blanc; il venait d’arriver en outre, dans la rade du Port- an-Prince, une frégate française qui est venue sans doute apporter quelques espions français qui vont s’aboucher avec Pétion, pour travailler de concert à rétablir l’esclavage et les préjugés de l’ancien régime.

Notre correspondant ajoute que Pétion et tombé dans le marasme; il est maigre à faire peur, serait ce de remords? il n’en est pas susceptible ! ! !

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BATIMENS Etrangers expédiés de ce Port

depuis le 5 Février jusqu’au 5 Juin,

Le William, américain, capitaine Edward Smith, pour Salem.

Le Carmor, espagnol, capit. Francisco Torrée, pour Monte Christe.

Le Thélégraphe , danois, cap. Pedro Urrestine , pour Saint-Thomas.

Lady Gambier, anglais, cap. James Reed, pour Belfast.

Le Valador, espagnol, capitaine F. Torrée, pour Monte Christe.

Le Milford, américain, cap. Francis Gatechaire, pour Saint Thomas.

Le James, anglais, capitaine John Bragg, pour Londres.

Le Saint Raimond, espagnol, capitaine Antonio Duret , pour Monte Christe.

Le Dash, anglais, capitaine John Felle, idem.

Margaret, américain, cap. William Kean, pour Philadelphie.

Le Tantamounth, idem, capitaine Sam Harding, pour Bath.

Le Volador , espagnol , cap. Antoine Bicque , pour  Monte Christe.

Le Mars, anglais, capitaine Mc Farlane, pour Saint-Thomas.

Le Brillant, id., cap. Bernard Fenn, pr Londres.

Le Killingbeck, idem , cap. J. Ferrier, idem.

Pensilvania , américain, cap. Geoghegan, pour Saint-Thomas.

Marie Elizabeth, idem, cap. Benjamin Graves, pour Boston.

Le Cooler, anglais, cap. Thomas Pring, pour Monte Christe.

Rebecca, américain, cap. Zadock Baster, pour la Nouvelle Providence.

Le Drie Vienden, hollandais, cap. Jan Ingerman, pour Amsterdam.

Le William , anglais , capitaine Wm Milne , pour Bremen.

Le Milford , américain, capitaine F. Gatechaire, pour Baltimore.

Catherine Anna , anglais , capitaine Henry Cox, pour Londres.

Le Succès, américain , capitaine Jacob Steven, pour Newburyport.

Le Barbara, anglais, capitaine John Lindsay, pour la Providence.

L’Almira , américain, capitaine David Sawyer, pour Boston.

L’Young Constitution, idem , cap. T. Dukehart, pour Baltimore.

Le Farey, idem, cap. Wm Burton, pour Boston.

L’Aurora , danois, capitaine P. Brune, pour Saint-Thomas.

L Expériment, idem , cap. Vandick , idem.

Mary Elizabeth , anglais , capitaine Fulford , pour Cuba.

Le Héro , américain , capitaine G. William, pour New-Yorck.

Le Janus , anglais, capitaine E. Martin, pour Portsmouth.

L’Emulation , américain , cap. Wm Williams, pour les Gonaïves.

Nancy , idem . cap. J. Nash , pour Boston.

Le Hunter, idem, cap. E. Parley, idem.

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Au Cap-Henry .chez P. Roux, imprimeur du Roi.