About This Publication

King Henry Christophe’s July 16th birthday celebration at the Citadel is described in great detail in this issue of the Gazette. The full text of laudatory speeches given by the Comte d’Ennery and Baron de Vastey are included. In his speech, the count praises Christophe for his “indefatigable zeal” in having erected a “monument on this rock beyond reach, boulevard of our liberty and our independence.” The issue finishes with an original poem written by Juste Chanlatte, signed with his title of nobility, Comte de Rosier. The following verse of the poem indicates the tenor and tone of the celebration, in general, as the poet memorably exalts Henry as the “Successful liberator of these rich climates!”

*Provenance: American Philosophical Society

LIBERTÉ, INDÉPENDANCE, OU LA MORT

___________________________________________

Gazette Royale d’Hayti,

Du 17 Juillet 1816, treizième année de l’indépendance.

_____________________________________________

L’Union fait la Force.

_____________________________________________

Palais de la Citadelle Henry, le 16 Juillet.

Hier 16 Juillet, l’anniversaire de la de Sa Majesté, notre auguste et bien-aimé Souverain, a été célébrée comme d’usage, avec pompe et magnificence partout le royaume; mais elle a été célébrée cette année avec plus de solennité au palais de la Citadelle Henry, où Sa Majesté séjournait depuis quelque temps.

Dès la pointe du jour, S. A. R. monseigneur le Prince Royal, accompagné de S. A. S. monseigneur le prince Eugène, duc du Môle, des Grands Croix, Commandeurs et Chevaliers de l’Ordre royal et militaire de Saint Henry, qui s’étaient réunis pour célébrer la fête, s’empressèrent de partir de Sans-Souci et de gravir les rochers de la Citadelle, à l’effet de présentera Sa Majesté leurs félicitations et leurs hommages respectueux, à l’occasion de sa fête.

Lorsque tous les Chevaliers de l’Ordre furent réunis dans la salle du Trône, rangés par les maîtres des cérémonies, selon leurs grades et leur ancienneté. Sa Majesté est apparue, ayant à ses côtés S. A. R. le Prince Royal, et fut accueillie eu milieu des plus vifs applaudissemens et des cris de vive le Roi! La joie et la satisfaction brillaient sur le visage de Sa Majesté, et elle a témoigné aux Chevaliers combien elle était satisfaite de les voir réunis autour de sa personne.

Dans cet instant, son excellence M. le comte d’Ennery s’est avancé respectueusement et a prononcé au Roi, au nom des Chevaliers de Saint Henry, le discours suivant:

SIRE,

Pénétrés des sentimens de la plus vive reconnaissance, pour les plus grands efforts que Votre Majesté n’a cessé de faire pour le bonheur du peuple haytien, vos fidèles Chevaliers de l’Ordre royal et militaire de Saint Henry viennent, dans ce grand jour, anniversaire de la fête de Votre Majesté, déposer à vos pieds, leurs vœux, leurs hommages et l’assurance de leur dévouement et de leur fidélité sans bornes, pour votre auguste personne.

Sire, Votre Majesté nous a donné des lois qui font notre bonheur, la garantie et la sûreté de tous les citoyens; vous nous avez créé des institutions qui récompensent les services rendus à la patrie, et Votre Majesté prend tous les moyens pour introduire les sciences et les arts dans le royaume.

Lorsque nous considérons ces grandes choses, et qu’ensuite nous portons nos regards sur le pic de te rocher formidable, où nous sommes placés

[2]

maintenant, par la persévérance et le zèle infatigable de Votre Majesté, qui a élevé ce monument sur ce rocher inaccessible, boulevart de notre liberté et de notre indépendance; nous sommes pénétrés d’admiration, de respect et d’amour pour Votre Majesté.

Sire, tout l’espoir du peuple haytien, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, est fondé sur le grand caractère de Votre Majesté; son bonheur, sa gloire, ses plus chers intérêts sont dans vos mains; Votre Majesté nous a toujours préservés de tomber dans les embûches de nos ennemis; leurs projets étaient de nous faire détruire les uns par les autres, pour ensuite nous ravir la liberté et l’indépendance, et rester les seuls maîtres du champ de bataille. Votre Majesté a déjoué leurs infâmes projets, par ses constans efforts pour éteindre la guerre civile sans effusion de sang, et voir tous les haytiens réunis sous les drapeaux de la liberté et de l’indépendance; le peuple haytien, l’univers entier, et nous mêmes, rendons à Votre Majesté la justice qui lui est si légitimement due.

Sire, nous vous le répétons; tout l’espoir du peuple haytien n’est fondé que sur Votre Majesté; nous prions le Tout-Puissant de nous conserver vos jours précieux; nous prions Votre Majesté de se ménager et de se conserver, pour asseoir sur des bases solides et durables notre liberté et notre indépendance.

Ce discours a été couvert par les cris de vive le Roi, vive la Liberté, vive l’Indépendance!

Ensuite, M. le baron de Vastey, secrétaire du Roi, a répondu aux Chevaliers au nom de Sa Majesté par le discours suivant:

Messieurs les Chevaliers!

Le bonheur d’un Souverain prend sa source dans celui de son peuple; la prospérité, la gloire, les intérêts mutuels de l’un et de l’autre, sont tellement liés ensemble qu’ils sont inséparables; nous recevons donc les vœux que vous formez pour notre bonheur, avec la plus vive reconnaissance, d’autant que celui du peuple et le voire même s’y trouvent compris.

Chevaliers! c’est comme Chef Souverain, Grand Maître et Fondateur de l’Ordre royal et militaire de Saint Henry, que nous devons vous retracer, dans une circonstance aussi solennelle, vos devoirs et le noble objet de cette sublime institution, que nous avons créée pour récompenser le mérite et la valeur.

Vous venez de l’entendre, Chevaliers; le mérite et la valeur sont les qualités requises pour mériter cette noble et brillante décoration! Tous les citoyens peuvent donc aspirer à l’honneur de I obtenir, la carrière étant ouverte à tops indistinctement; ainsi ce n’est point par la naissance, la faveur et l’intrigue, que l’on peut prétendre d’acquérir cette distinction honorable; mais c’est par une conduite irréprochable, dans ses mœurs privées et publiques, et par des services éminens rendus au Souverain et à la patrie.

Tels sont les nobles et dignes moyens d’acquérir le prix du mérite et de la valeur.

Vous, Chevaliers, qui avez eu déjà l’honneur d’obtenir cette récompense due à vos services; combien ne devez vous pas persévérer à suivre les glorieuses traces qui vous en ont ouvert les chemins; lorsque vous êtes devenus par le haut rang que vous occupez, dans la société et dans l’armée, les modèles que les pères de famille et les militaires doivent imiter: combien ne devez- vous pas encore redoubler de zèle, de constance et d’ardeur, pour diriger leurs pas dans les vrais sentiers de l’honneur et de la gloire?

Pour être de bons et loyaux Chevaliers, il ne vous suffit pas d’être braves et intrépides, la valeur est superflue lorsqu’elle n’est pas accompagnée des autres vertus qui constituent le vrai chevalier: un dévouement sans bornes et une fidélité à toute épreuve pour le Souverain et la patrie; sages, prudens et attentifs à vos devoirs; zélés, actifs, infatigables dans le service; humains, sincères et généreux envers vos concitoyens; bons époux, bons pères, bons citoyens, et surtout bons soldats; telles sont, Chevaliers, les qualités éminentes, les vertus morales, qui doivent particulièrement vous distinguer, et dont vous devez vous glorifier de faire profession.

Après vous avoir tracé vos principaux devoirs, nous serions indignes des bienfaits du Tout-Puissant, et du haut rang auquel sa volonté et celle du peuple nous ont élevé, si nous n’étions nous- mêmes pénétrés de toute l’étendue de nos grandes obligations.

Nous en avons mesuré toute l’immensité: nous avons été soutenus dans l’espoir de pouvoir les effectuer avec l’aide du Tout-Puissant, et par ce zèle ardent et continu du bon et généreux

[3]

peuple haytien qui nous a toujours secondé dans nos constans, efforts, pour établir sur des bases solides et durables sa liberté et son indépendance!

Toutes les fois que nous avons connu les besoins du peuple, nous y avons pourvu et nous y pourvoirons sans cesse. La paix intérieure, un de ses principaux besoins, a toujours fixé notre sollicitude, et nous n’avons rien négligé pour éteindre nos dissentions civiles sans effusion de sang; la guerre intestine ne tend qu’à l’affaiblissement de notre population, projet favori de nos ennemis, elle est contraire à nos intentions paternelles et aux vrais intérêts du peuple haytien.

Chevaliers!  après vingt-six ans de persévérance, de combats et de sacrifices, enfin le terme approche où nous allons recueillir le fruit de notre constance et de notre valeur, ou combattre encore de nouveau pour l’obtenir. Si notre indépendance est reconnue volontairement, alors dégagés de tous soins, libres de toutes inquiétudes, nous pourrons nous livrer entièrement au commerce et à l’agriculture; à cultiver les sciences et les arts, ces aimables enfans de la paix; si notre indépendance nous est contestée et que nous soyons obligés de tirer l’épée de nouveau pour la cimenter de notre sang, nous y sommes déterminés; nous en avons les moyens et nous périrons plutôt que de souffrir qu’il lui soit porté la moindre atteinte.

Cependant, plus nous approchons de ce terme si désiré; plus notre situation devient délicate; plus nous devons être sages et mesurés, plus nous devons éviter dans nos liaisons avec les nations, une politique dangereuse, faible et versatile, contraire à nos intérêts; en politique comme en morale, les plus petites fautes entraînent aux plus graves conséquences.

Lorsque nous jetons un regard sur nous-même, et que nous nous considérons, notre situation politique n’a aucune similitude avec celle des autres peuples, qui, comme nous, sont parvenus à la liberté et à l’indépendance; nous avons peut-être plus de droits qu’eux aux yeux de l’éternelle et suprême justice, par les souffrances et les horreurs que nous avons éprouvées; mais ils ont eu de plus que nous aux yeux des hommes, quelques années, de civilisation, et leur épiderme qui est différent du nôtre; aussi ont-ils trouvé de zélés et de puissans protecteurs parmi les souverains et les peuples; mais nous descendons des africains; nous tant de fois avilis et dégradés; nous à peine sortis des ténèbres de l’ignorance et des fers de l’esclavage, nous avons à surmonter tous les obstacles; nous avons à vaincre les préjugés barbares qui pèsent sur nous depuis des siècles; eh! nous ne pouvons compter dans cet univers, malgré nos droits et la justice de notre cause, que sur les sentimens de bienveillance de quelques hommes généreux, amis l’humanité, et sur les moyens que le Dieu des armées a mis dans nos mains pour pouvoir nous défendre! Elancés dans le monde civilisé par un événement encore, sans exemple , nous attirons sur nous l’attention de l’univers; nos amis, comme nos ennemis ont les yeux fixés sur nous, et nous observent; les premiers voyent avec un tendre intérêt quelle sera la conduite que nous tiendrons dans ces momens difficiles, et font des vœux pour notre bonheur; ces derniers nous tendent des pièges, épient nos actions, commentent nos démarches, inventent des calomnies pour atténuer la justice de notre cause, et nous entraîner s’ils peuvent à notre perte. Placés au milieu de ces écueils, environnés d’abîmes, nous avons besoin d’une sagesse plus qu’humaine, et de toute la perspicacité de notre jugement pour diriger notre conduite, pénétrer les profondeurs de la politique, démêler l’artifice et le mensonge qui se présentent toujours sous l’aspect de la vérité même.

Quel peuple, quel souverain, se sont jamais trouvés dans des circonstances aussi difficiles? quel peuple, quel souverain, ont jamais eu d’aussi grandes obligations à remplir que nous envers la postérité, nos semblables et nous-mêmes? Combien donc ne serions-nous pas coupables aux yeux du monde, que dis-je, à nos propres yeux, si par un manque de sagesse et de prévoyance nous venions à tomber dans les pièges de nos ennemis, en nous égarant de la vraie route que nous devons suivre? Combien n’aurions-nous pas de regret et de reproche à nous faire, si par notre conduite nous leur fournissions des armes pour nous combattre, nous ferions leurs triomphes et leur joie, et la honte et la douleur des amis de l’humanité.

Chevaliers! vous vous êtes réunis pour célébrée notre fête; notre intention d’abord n’était de vous entretenir que de l’objet de cette réunion, mais nous avons ensuite réfléchi qu’en vous mettant sous les yeux d’aussi grands intérêts, des

[4]

Chevaliers haytiens, dans les fêtes, comme dans les combats ne doivent jamais perdre de vue un seul instant la liberté et i’indépendance, le bonheur et le salut de la patrie!

Vive la Liberté!

Vive l’Indépendance!

Ce discours fut couvert d’acclamations et des cris mille fois répétés de vive le Roi! vive Henry Ier!

La cérémonie terminée, il y eut un repas splendide où les Chevaliers de Saint Henry firent éclater leur joie. Au dessert plusieurs toast patriotiques furent portés et couverts des plus vifs applaudissemens, et par le canon de la Citadelle Henry, qui s’est fait entendre avec un bruit épouvantable; l’extrême élévation du pic des Ferrières faisait retentir les coups dans les vallons qui se prolongeaient avec fracas dans le lointain.

_______________________________

DISCOURS EN VERS,

Adressé au ROI à l’occasion de sa Fête.

Grand Roi! dont la sagesse active et consommée;

La valeur, le génie, ont de la renommée,

De l’aurore au couchant, occupé les cent voix,

Permets, qu’en ce beau jour, au bruit de tes exploits,

Ticour ose, à tes pieds, déposer son hommage

Encenser tes vertus et chanter ton courage;

Heureux libérateur de ces riches climats!

Vois tes dignes enfans, tes sujets, tes soldats ,

Admirer le vengeur, l’appui de l’Amérique;

La couronne était due à son front héroïque.

Saint Henry! jour sacré, si cher à nos désirs!

Quelle ardeur, quels transports, quels nobles souvenirs

Tes rayons précieux réveillent dans nos âmes!

Ils nous ont embrasés des plus augustes flâmes.

Amour! reconnaissance! idoles des grands coeurs,

Soyez notre Apollon, célébrez ce vainqueur;

Pour immortaliser les faits de ce monarque

Il suffit à l’esprit d’en retracer les marques.

Parcourez sa carrière et ses illustres fruits;

Les serpens de l’envie étouffés et détruits,

L’hydre des factions, ses tètes renaissantes,

Redisant aux aux enfers leurs plaintes gémissantes,

Du haut des airs tombant les aigles foudrôyés,

Les tyrans abattus et roulant fourvoyés,

La chicane arrachée à ses affreux dédales

S’abreuvant de venins aux rives infernales,

De Thémis les arrêts au bon droit réservés,

Sur les débris des lois ses autels relevés,

Tout un peuple formant une famille unique

Sous l’abri bienfaisant du pouvoir monarchique.

Voilà les nobles traits, les signes éclatans

Auxquels on reconnaît ses vestiges brillans.

Apollon! prête nous et ta lyre et tes ailes

Pour transmettre à Clio ses traces immortelles!

Mais son souffle divin sourit à notre ardeur

Et déjà dans nos sens il répand sa faveur

Le voilà, ce héros, soutien du nouveau monde,

Ce roi dont les exploits. la science profonde

Ont reconquis nos droits, nous ont enfin placés

Au rang des nations, des peuples policés!

Honneur à cette main dont l’effort héroïque

Nous a régénérés, a sauvé l’Amérique!

Le voyez-vous ce front noble et majestueux,

Qui dissipe la nuit des complots odieux

Que trame contre, nous une race parjure?

Gloire à sa majesté! révérez sa parure.

Admirez cette égide et ces dons de Pallas;

D’un oeil respectueux contemplez tant d’éclat.

Quoi? les haytiens, indépendans et libres,

Surpassent le renom des fiers enfans du Tibre,

Et sous un Souverain législateur, guerrier,

Aux palmes, à l’olive, unissent les lauriers?

O constitution et libre et monarchique!

Ton système sacré, chef-d’œuvre en politique,

D’Hayti fait le lustre et garantit l’éclat!

Ah! qu’il brille, à jamais, pour ce nouvel état

Ce héros immortel, ce monarque intrépide

Dont le bras est armé de la céleste égide!

De la reine, en ces lieux, que les augustes jours

De ses prospérités embellissent le cours!

Puissent de l’éternel la bonté, la puissance

Sauver tant da vertus, de talens, de vaillance,

Combler leurs jours heureux de victoires et d’ans,

Diriger, protéger leurs nobles descendans.

En faire prospérer l’illustre dynastie;

Seul espoir de l’état et douce garantie!

Daigne agréer, grand Roi! nos sincères tributs,

Et sourire à nos cœurs, ils chantent tes vertus!

Par le Comte DE ROSIER.

________________________________________

Au Cap-Henry, chez P. Roux, imprimeur du Roi.