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Two elements of this issue of the Gazette immediately stand out.  One is an article detailing a shipment arriving from the United States containing horses for the army and wood for the construction of schools and other buildings. The article reads, “We have received from the United States of America several shipments of horses to set up the light artillery of the King’s military. Several shipments of lumber for construction and other materials were unloaded, on behalf of the government, to build colleges and other public utility buildings.” There is also a poem addressed “to the Royal Prince of Hayti,” which is merely signed “par un haytien,” an unusual moniker for the gazette, which ordinarily contained only signed poems. The current price of goods such as soap, candles, and red wine rounds out this number.

*Provenance: American Philosophical Association

 

LIBERTÉ, INDÉPENDANCE, OU LA MORT

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Gazette Royale d’Hayti,

Du 23 Juillet 1816, treizième année de l’indépendance.

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L’Union fait la Force.

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De Sans-Souci, le 12 Juillet.

LA fête de Son Altesse Royale monseigneur le Prince Royal Victor Henry a été célébrée avec pompe et magnificence.

MM. les Dignitaires, les Officiers civils et militaires, ont été présentés à S. A. R. leurs hommages respectueux et les vœux qu’ils ont formés pour la conservation de ses précieux jours. Le Prince a accueilli MM. les Dignitaires avec cette amabilité qui le caractérise, et leur a témoigné sa vive satisfaction et sa reconnaissance, pour les souhaits qu’ils venaient de lui offrir.

A huit heures, Sa Majesté a monté à cheval pour se rendre à l’église, à l’effet d’assister à l’office divin; Sa Majesté était accompagnée par S. A. R, le Prince Royal et S. A. S. le prince Eugène: LL. AA. RR. Mesdames Première et Athénaïs étaient dans leurs carosses.

Sa Majesté était en habit d’uniforme des Gardes du Corps.

Le cortège était brillant et nombreux.

La messe a été offîciée par Sa Grâce monseigneur l’Archevêque, duc de l’Anse, grand aumônier du Roi: les étendards des différéns corps de la maison militaire du Roi ont été bénis par Sa Grâce; l’on a remarqué particulièrement la beauté et la richesse de ces étendards.

Après la messe, il y eut un repas splendide au Palais; au dessert, les santés du Roi, de la Reine, du Prince Royal, des Princesses Royales et de la Famille Royale, furent bues avec allégresse, et couvertes par de vives acclamations, la musique et le canon de la place.

A quatre heures de l’après-midi, il y eut grande parade sur la Place d’Armes. Les troupes de la maison militaire du Roi défilèrent en présence de Sa Majesté, qui avait à ses côtés S. A. R. le Prince Royal et S. A. S. le prince Eugène.

La superbe tenue des troupes, leur habileté dans les manœuvres, avaient attiré une foule de spectateurs et de curieux.

Le soir, le Palais et la ville de Sans Souci furent illuminés; il y eut grand bal au Palais qui a duré jusqu’à deux heures après minuit.

Du 22.

Sa Majesté, notre très-auguste et bien aimé, Souverain, porte toute sa sollicitude sur l’amélioration de l’agriculture et l’organisation de l’armée. Des ordres ont été donnés pour effectuer d’immenses plantations de vivres de toutes espèces et d’augmenter aussi les plantations de cannes, café, coton, sur toutes les habitations, pour accroître nos productions territoriales. On dit que Sa Majesté se propose de visiter les différentes

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paroisses du royaume, pour s’assurer par elle même des progrès de l’agriculture.

L’armée toute entière vient d’être habillée et équipée; la maison militaire du Roi a été considérablement augmentée; Sa Majesté a créé un superbe et nombreux corps de chasseurs de la garde; diverses mutations et promotions ont eu lieu, à cette- occasion, dans le grand état major et dans les différent régimens de l’armée.

Nous avons reçu des Etats-Unis d’Amérique, plusieurs cargaisons de chevaux pour monter l’artillerie légère de la maison militaire du Roi. Plusieurs cargaisons de bois de construction et de matériaux ont été débarquées, pour le compte du gouvernement, destinées à construire des collèges et autres édifices d’utilité publique.

Nous nous réjouissons de bon cœur, et tous les bons haytiens doivent se réjouir avec nous, des mesures sages que Sa Majesté, notre bien-aimé Souverain prend pour la prospérité et la gloire de notre pays. C’est donc à toutes les autorités civiles, administratives et militaires, et à tous les bons citoyens de seconder l’action du gouvernement de tout leur zèle et de tous leurs efforts pour aider notre généreux Monarque dans ses vues bienfaisantes et paternelles; ce n’est que par le concours et le zèle unanime de tous, que nous pourrons atteindre promptement ce haut degré de bonheur, de gloire et de prospérité, qui est l’objet de la sollicitude, des veilles et des travaux de Sa Majesté, notre bon et grand Roi.

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VERS

Adressés au PRINCE ROYAL D’HAYTI,
pour le jour de sa Fête.

Prince, objet précieux de nos tendres hommages!

Illustre rejeton de l’immortel Henry!

Toi dont les traits heureux, dès la fleur du bel âge,

Ont présagé l’étoile, ornement d’Hayti,

Que ton front où sont peints de si nobles emblèmes

Où brillent en leur lustre, espoir et majesté

Inspire mes accens! Mars avait apprêté

Où tu naquis, Victor, un nouveau diadème.

Si le sein de Pallas nourrit ton jeune cœur,

Les grâces devant toi conduisent la décence;

Ta raison exercée atteint en sa grandeur

Le midi de nos ans, ou même le devance.

Peuple fier et sensible! heureux haytiens!

Qui dans lui prévoyez une suite de gloire,

Secondez mes transports: à nos yeux la victoire

Déroulant l’avenir prépare ses liens.

O destin glorieux!… fuis, parque, au loin ta rage,

Ne viens pas déranger de si nobles desseins;

Et toi dont le soin veille au bonheur des humains

Divinité du ciel, protège ton ouvrage.

La fortune toujours fléchira sous ses pas,

En lui seront empreints tous les dons de sa mère.

Et pour mieux se fixer au timon de l’Etat

Il aura de Henry le mâle caractère.

Par un HAYTIEN.

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Fin des Réflexions sur l’Assassinat du général DELVARE

Je vous ai signalé, mes frères, tous les crimes et les calamités de tous genres que Pétion a attirés sur nos têtes; n’aurait-il pas mieux valu pour notre infortuné pays que ce monstre n’eût jamais existé, puisqu’il est le principe, la cause et l’auteur de tous nos maux? Maudit soit à jamais le jour qui l’a vu naître!

Haytiens, noirs et jaunes, mes frères, de partie de l’Ouest et du Sud, je vais vous dire de grandes et de terribles vérités; c’est en fouillant le mal dans sa racine, que nous pourrons l’extirper; je vais vous parler le langage de la franchise, puissiez-vous me prêter votre attention, il s’agit de votre salut.

Le plan de Pétion, bien connu, est de réduire les noirs dans l’esclavage, pour servir la cause des français; vous n’en avez pas de doute; je vous en ai fourni des preuves signées de la propre, main de Pétion; je l’en ai accusé en face du peuple haytien et de l’univers entier; il a été accablé par la vérité et l’évidence des faits; il n’a pu y répondre; et je le défie de pouvoir jamais se justifier de ce crime horrible; il a brûlé mes écrits, mais il n’a pu brûler la vérité!

Pour exécuter ses criminels projets, Pétion se sert des hommes de couleur, comme d’instrumens nécessaires, qu’il emploie pour tenir dans l’oppression et détruire les noirs qui veulent résister à la perte de leur liberté; l’assassinat du général Delvare et de tant d’autres vous en donne la preuve; et je vais encore vous le démontrer d’une manière incontestable

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Le plan favori des Français et des ex-colons étant de nous faire détruire les uns par les autres, jusqu’à ce que nous tombions dans un état de dépopulation et de faiblesse, pour entreprendre ensuite l’œuvre de notre entière extermination; Pétion, ce monstre, agent des Français, poursuit avec ardeur l’exécution du plan favori des blancs français, en faisant détruire les noirs par les hommes de couleur, pour ensuite faire détruire ceux ci par les noirs.

Hommes de couleur, mes frères, ne soyez pas sourds à ma voix, aux accens de la vérité; daignez je vous prie m’écouter.

Pétion en travaillant à réduire les noirs dans l’esclavage, en se servant de vous comme des instrumens nécessaires, suivant le système de Malouet, Pétion ne travaille-t-il pas en même temps à la destruction des hommes de couleur; projets favoris des blancs français? Je vous le demande, pouvez-vous réduire les noirs dans l’esclavage? Et je suppose même, ce qui est impossible, que par le concours des ex-colons, vous réussiriez à exécuter cet infâme projet, que deviendrez vous pour prix de vos forfaits? N’êtes-vous pas des instrumens nécessaires qui devez être brisés à votre tour?

Hommes de couleur, mes frères, revenez donc de vos erreurs; Pétion vous avait bercé du rêve de sa trop funeste ambition; malheureusement pour vous, méconnaissant vos vrais intérêts, vous avez rejeté la voix de la raison, de la justice, qui doivent être toujours la règle de la conduite et des actions des hommes. Hélas! vous vous êtes laissés entraîner par les perfides suggestions de Pétion! Qu’en est-il résulté? il vous a placés dans la position la plus funeste, la plus dangereuse, la plus critique où vous vous soyez jamais trouvés depuis le cours de la révolution. Vous ne pouvez exister à Hayti et n’avoir de salut que dans le sein des noirs, avec les noirs et par les noirs, nos parens, qui nous ont donné le jour. Eh bien! Pétion, par sa conduite infâme, est parvenu à vous les aliéner; non content d’avoir détruit le premier Chef, parce qu’il ne voulait pas, disait-il, se laisser commander par un nègre, il a voulu encore porter ses mains parricides sur le Roi, notre auguste et bien aimé Souverain, pour les mêmes raisons , je veux dire par la même scélératesse. Voilà quel a été sont début; maintenant voici comme il poursuit ses attentats. Toutes les places civiles et militaires sont occupées par les hommes de couleur, depuis le Sud jusqu’au Port au Prince; vous verrez la vérité de cette assertion; s’il y a un noir qui commande, c’est pour la forme, il est surveillé par deux ou trois hommes de couleur en sous-ordre qui épient toutes ses actions, pour en rendre compte à Pétion, qui fait détruire successivement tous les chefs noirs sous vos yeux. Par cette conduite infâme, il creuse de ses mains vos tombeaux et travaille à votre entière destruction! vous n’existez que dans des angoisses, que dans des craintes continuelles, pour vous et vos familles; qui peut donc vous obliger de rester dans cet état pénible et déplorable, qui ne peut durer encore longtemps, sans que vous éprouviez une commotion des plus terribles, lorsque vous pouvez trouver, auprès du Roi, dans le sein de la patrie, des honneurs et des récompenses, le calme et la sécurité, pour vous et vos familles? Pourquoi persistez-vous à rester sur le volcan, lorsque vous pouvez en sortir? Je vais vous en proposer les moyens.

Il s’agit de votre salut, réfléchissez-y bien, c’est un frère, c’est un compatriote qui vous parle, et qui voudrait vous sauver, en vous montrant du doigt le bon chemin.

Dites vous donc à vous-mêmes un homme de couleur, Pétion est le premier moteur de tous nos malheurs; lui seul est coupable; lui seul est la causé des calamités de tous genres qui ont affligé et qui affligent encore notre infortuné pays. Hé bien! qu’un d’entre vous se lève et dise: un homme de ma couleur a fait fout le mal, il faut que je le répare; il faut que par mes nobles efforts que je contribue à éteindre la guerre civile, à réunir mes compatriotes en une seule et même famille; il faut que je chasse ou fasse tomber sous mes coups l’ambitieux Pétion, l’unique auteur de fous nos maux; il faut que je proclame mon Souverain, mon chef légitime, j’en aurai l’honneur et la gloire, j’aurai sauvé mes frères et mon pays sans effusion de sang!

Hâtez-vous de prendre ce parti si honorable, le seul qui vous reste; qu’un homme d’un cœur grand et généreux se lève parmi vous, et vous êtes sauvés! Sinon, rappeliez-vous bien de cette grande vérité que je vais vous dire, Pétion aura beau faire tuer les noirs, ils se lasseront d’être tués, opprimés, avilis et dégradés; tôt ou tard il se trouvera parmi les noirs un homme de courage, assez grand, assez généreux pour tenter

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cette noble entreprise, Pétion tombera sous ses coups, et il aura vengé ses concitoyens et son

pays, alors que deviendrez vous?………..Vous qui persistez toujours à être les instrumens de ses crimes et de ses vengeances!

Pourquoi donc persistez-vous à rester dans cet état de choses qui ne peut durer? Pétion, pour vous empêcher de prendre cette salutaire résolution qui doit rétablir le calme, le bonheur et la sécurité parmi vous, vous inspire des craintes, invente des mensonges et des calomnies, pour reculer tant qu’il peut sa chute inévitable!

Ne craignez rien, mes frères, le Roi sage qui nous gouverne, avec cet esprit de clémence et de justice, ne veut et ne peut vouloir que le salut des haytiens de toutes les couleurs, celui qui ne se donne pas un instant de repos, sans travailler à consolider l’édifice de notre liberté et de notre indépendance; celui qui veille sans cesse et qui épie les mouvemens de nos implacables ennemis, pour déjouer leurs projets destructeurs; celui là, dis-je est l’ami du peuple, et ne peut vouloir que l’extinction de la guerre civile et la réunion des haytiens de toutes les couleurs, en une seule et même famille!

Dans les guerres civiles, il ne peut exister de véritable gloire dans les combats, puisque le parti victorieux est obligé de pleurer la perte des vaincus, sur le champ de bataille; que des frères aient égorgés des frères, que des haytiens aient vaincus des haytiens; quel bien, quelle gloire, peut-il en résulter pour la patrie? ah! dans les dissentions civiles, la seule, la vraie gloire, c’est de pouvoir les éteindre sans effusion de sang! cette gloire immortelle appartient à notre auguste et-bien-aimé Souverain, d’une main ferme et sage, il tient le timon de l’état; il saura, n’en doutez pas, réunir les fragmens épars de la famille Haytienne; mais lorsque notre généreux monarque vous tend des bras, lorsqu’il fait tous ces efforts pour opérer cette réunion si désirée, ne ferez vous donc rien pour vous mêmes? Resterez vous insensibles à vos propres malheurs, à la voix de ce père bon et généreux qui vous appelle? O mes frères! O mes compatriotes! je ne vous ai jamais écris sans que je ne soye descendu dans ma conscience, si vous aviez le bonheur de connaître le Roi comme nous, si vous connaissiez ses sentimens, son grand cœur, son amour pour sa patrie et ses concitoyens. Ah ! que de regret vous auriez de ne l’avoir pas connu; comme vous vous empresseriez sur ses pas, avec quelle ardeur vous le seconderiez dans ses généreux desseins, pour le bonheur de notre commune patrie! Qu’est-ce donc, mes frères, quel génie infernal peut encore vous arrêter? Que craignez vous donc ? Ce n’est pas celui qui vous dit: marches droit, suis ton chemin, fais ton devoir, qui vous trompe; mais bien celui qui vous flatte et vous caresse, et qui vous dit: fais ce que tu veux, suis tes passions, ne t’embarasse de rien: ce n’est pas le père qui corrige ses enfans qui les aime le moins, c’est plutôt celui qui les abandonne à eux même , qui les déteste! Ah! mes frères, ce n’est pas le torrent impétueux, qui descend en grondant de la montagne, qui noye le voyageur; mais bien plutôt cette eau paisible et dormante qui croupit dans la plaine! Image fidèle de l’hypocrisie; elle engloutit le malheureux qu’elle trompe et qui se fie à ses perfides apparences!

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Prix courant des Denrées.

Café — —        —        —        —        —        9 cens la livre.

Coton—           —        —        —        —        20 gourdes le quintal.

Sucre brut —   —        —        —        —        8 gourdes dito.

Cacao —          —        —        —        —        6 cens la livre.

Mélasse —      —        —        —        —        50 cens la velte.

Comestibles.

Farine — — 16 gourdes baril.

Vin rouge — 45 gourdes la barriq.

Hareng — — 7 gourdes le baril.

Boeuf salé — — 14 gourdes dito.

Mantègue — — 36 cens la livre.

Vorue — — 8 gourdes le quintal.

Bacaya — — 6 gourdes dito.

Chandelles— — 50 cens la livre.

Blanc de baleine—      —— 75 cens dito.

Savon — — 20 cens la livre

Bois équarri pitchpin—50 gourdes le millier.

Dito sap -—     —        —        — 35 gourdes le millier.

Essentes de pitchpin — — 7 gourdes dito.

Dito de sap — — —    —4 gourdes dito.

Huile en tombeau —  —13 gourdes.

Idem en panier ou caisse – 8 gourdes.

Idem de poisson — — —1. G. 25 cens le galon.

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Au Cap-Henry, chez P. Roux, imprimeur du Roi.