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The opening article of this issue describes an August 24th dinner at the Café des des Etrangers hosted by General Jean-Pierre Richard, the Duke of Marmelade, and given in continued honor of the queen’s fête. All of the foreigners living in Cap-Henry were in attendance, and after copious amounts of wine were had, toasts were once again made to the King of England, the King of Hayti, and to the President of the United States, as well as to the Queen of Great Britain, the Queen of Haiti, and the Prince Regent of England, all to cries of “huzza!”. One of these so-called foreigners, Mr. White, gave a final toast in the name of King Henry’s deceased son Ferdinand, the text of which is reprinted in the Gazette. A description of a lavish dinner given by the queen in the capital took place the next day with evidently 1500 guests in attendance. Thus, was ended a celebration that lasted an astonishing twelve days! An ordonnance of the king rounds out this issue, where we learn that a national monument is being constructed: “in the middle of the Place d’Armes of the Citadel Henry, there will be erected a Column to Liberty and Independence!” According to the decree, the column is set to contain engraved in bronze the entire Acte de l’Indépendance with the names of each signer appearing as well, with the exception of all those persons deemed traitors to the kingdom; their names are to be “erased.”

*Provenance: American Philosophical Society

LIBERTÉ, INDÉPENDANCE, OU LA MORT

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Gazette Royale d’Hayti,

Du 26 Août 1816, treizième année de l’indépendance.

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L’Union fait la Force.

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Suite de la Fête de S.M. la Reine.

LE 24, Messieurs les Négocians étrangers, établis au Cap-Henry, en retour du repas qui leur avait été donné par sa grâce monseigneur le duc de la Marmelade, gouverneur de la capitale, donnèrent aux haytiens un grand dîner prié, des plus magnifiques, au Café des étrangers.

Tous les convives qui étaient dans le repas de sa grâce monseigneur le duc de la Marmelade, s’y trouvèrent, et quelques autres personnages remarquables y furent invités; dans ces derniers, l’on y distinguait sa grâce monseigneur le duc de l’Anse, archevêque d’Hayti, grand aumônier du Roi, S. E. M. le comte d’Ouanaminthe, M. le baron de Charrier, secrétaire général du ministère des finances et de l’intérieur; S. E. M. le maréchal de camp Fidèle et Mrs les chevaliers de Hardy et de Manuel.

Tous les étrangers présentement au Cap- Henry, négocians, subrécargues et capitaines y étaient aussi présens.

La table était servie splendidement, couverte de mets les plus exquis et surtout d’un vin excellent, qui est l’âme d’un bon repas.

A cinq heures, tous les convives étant réunis furent placés suivant l’étiquette, par Mrs White , Shabner, Mallet, Beesley et Struckmann, faisant fonctions de maîtres des cérémonies.

La table fut présidée par M John Shoolbred, négociant anglais, et par M. French, négociant des Etats-Unis d’Amérique.

Le repas fut très gai, le vin n’y fut pas épargné.

Au dessert qui a été magnifiquement servi, le président porta le toast: Au Roi d’Angleterre, qui fut couvert par trois huzza! et la musique a joué l’air: God save the King.

Immédiatement après ce toast, le président porta celui du Roi d’Hayti, notre très-auguste et bien-aimé Souverain, qui fut couvert par les cris de huzza! et la musique a joué l’air: Vive Henry!

De suite fut porté celui du Président des Etats Unis d’Amérique, qui fut couvert par les cris de huzza! et la musique a joué l’air: de Washington March.

Après les toasts de la Reine de la Grande Bretagne, de la Reine d’Haytî, du Prince Régent d’Angleterre, et une infinité d’autres santés qui exprimèrent les sentimens de l’honorable société ont été portées et bues avec allégresse.

Parmi les toasts volontaires qui ont été portés, nous consignerons ceux-ci qui ont produit la plus vive émotion dans la société.

Par M. White:

A la Mémoire de S. A. R. Ferdinand Henry, Prince Royal d’Hayti, mort victime de la Scélératesse du Cabinet Français.

Tout à coup le bruit et la joie qui régnaient dans la société ont cessé pour faire place au calme et à la douleur; chacun des convives s’est levé, et a bu dans le plus grand recueillement et dans le plus grand silence, tant ils étaient pénétrés des sentimens d’amertume et d’indignation, au souvenir d’un crime aussi horrible!

Immédiatement après, ce toast fut porté par M. le baron de Vastey:

A la Reconnaissance que nous devons aune vertueux Philantropes qui ont défendu notre Cause avec, autant d’ardeur que de désintéressement; si leurs Vœux et leurs Efforts sont impuissans, servons-nous alors de nos Epées pour traverser le Corps des Ennemis de l’Humanité, et pour maintenir les Droits que nous tenons de Dieu, de la Nature et de la Justice!

Rien n’a manqué dans ce repas; tout y était; le bon goût, la magnificence et la délicatesse y présidaient.

Il était fort tard lorsque les convives se séparé-

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rent, satisfaits d’avoir passé quelques heures dans la joie et les plaisirs, et d’avoir goûté les doux charmes de la société.

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Dimanche 25, a eu lieu le Grand Repas donné par S. M. la Reine, aux Dames de la Capitale, dans l’enceinte de la cour du vieux Gouvernement.

Pour exécuter pleinement les intentions de S.M. la Reine, notre auguste et bien aimée Souveraine; plusieurs jours auparavant le repas, S. A. R. Mr le Prince Jean, neveu du Roi, aidé par sa grâce monseigneur le duc de la Marmelade, gouverneur de la capitale, et de M. le baron de Dupuy, s’étaient occupé de faire faire tous les préparatifs nécessaires, pour donner à cette fête toute la magnificence et la somptuosité possibles, afin de la rendre digne de l’auguste Princesse qui la donnait.

Un grand nombre de cuisiniers, de pâtissiers et de confiseurs, avaient été employés pour préparer le festin.

Les barriques de vin avaient été disposées sur le chantier, toutes prêtes à être tirées. Une quantité considérable de vins choisis, de liqueurs et de provisions de toutes espèces, avaient été préparés par les soins de M. le baron de Dupuy.

M. le baron des Bois, sénéchal juge de la ville du Cap Henry, s’était chargé de remplir les fonctions de grand maître d’hôtel; et la direction des détails avait été confiée aux soins et à la vigilance de M. le chevalier de Mouscardi, intendant de la maison du Roi, et de M. le chevalier de Calix Augustin, intendant de la maison du Prince Royal.

Quatre tables parallèles, de deux cents couvertes avaient été dressées sous les tentes; ce qui donnait un ensemble de huit cents couverts.

Ces quatre tables étaient servies avec la plus grande propreté, abondamment couvertes de mets les plus délicats, de pâtisseries, de confitures et de fruits de toutes espèces.

Rien n’avait été négligé, et l’on peut dire avec justice, que malgré l’étendue des tables, et le nombre d’objets qu’il a fallu pour les garnir comme il faut; tout a été servi avec la plus grande somptuosité; l’ordre et la symétrie qui ont été particulièrement observés, ont donné à ce repas le coup-d’œil le plus magnifique.

La première table était présidée par S. A. R. Mr le Prince Jean, chargé de représenter S. M. dans cette fête vraiment nationale; le vice président était S. E. M. le comte de Valière; M. le baron de Vastey, maître des cérémonies, ayant sous sa direction dix aides des cérémonies.

La seconde table était présidée par sa grâce monseigneur le duc de l’Anse, Archevêque d’Hayti, grand aumônier du Roi; à côté de sa grâce était S. A. R. madame la Princesse Jean, dame d’honneur de la Reine, et chargée de représenter S. M. dans ce festin; le vice Président était S. E. M. le comte d’Ennery; M. le baron de Dupuy, maître des cérémonies, ayant sous sa direction dix aides des cérémonies.

La troisième table était présidée par sa grâce monseigneur le duc de la Marmelade, gouverneur de la capitale; le vice président était M. le colonel chevalier de Nord; M. Filliatre, contrôleur des finances, maître des cérémonies, ayant sous sa direction dix aides des cérémonies.

La quatrième table était présidée par S. E. M. le comte d’Ouanaminthe; le vice président était M. le chevalier de Sainte Fleur; M. le baron de Ferrier, maître des cérémonies, ayant sous sa direction dix aides des cérémonies.

A trois heures, toutes les dames étaient réunies dans la salle du festin, et furent placées par les maîtres et les aides des cérémonies, en commençant par les mères de famille, ensuite par les demoiselles.

Le repas a été très gai, le plus grand ordre et la plus grande décence y ont régnés; la joie la plus pure brillait sur tous les visages.

Mrs du Commerce étranger qui ont participé à nos fêtes, se sont empressés de se joindre aux haytiens, pour servir, et y faire toutes sortes d’honnêteté et de politesse aux dames; ces messieurs se sont tenus debout comme tous les hommes, ayant cédés leurs places aux dames. Au dessert, les toasts suivant ont été portés:

Par S A. R. Mr le Prince Jean:

Au Roi Henry Ier, Souverain et Père des Haytiens!

Les cris de vive le Roi, se sont fait entendre de toute part; ce toast a été salué par vingt un coups de canon.

Par sa grâce monseigneur l’Archevêque, duc de l’Anse:

A Sa Majesté Marie-Louise, Reine d Hayti, le parfait modèle des Mères et des Epouses; à la reconnaissance que nous devons à S. M. pour la faveur insigne qu’elle nous a faite aujourd’hui; puisse le souvenir de ses bontés se graver éternellement dans notre mémoire!

Ce toast a été couvert par vingt un coup de canon, et a porté l’enthousiasme parmi les dames, qui choquant leurs verres à l’envi les unes des autres en s’écriant: A la Reine! A la Reine! vive la Reine! vive Sa Majesté la Reine!

Par son excellence M. le comte de Valière:

A notre Généralissime, S. A. R. le Prince Royal d’Hayti!

Ce toast a été couvert par onze coups de canon, et par les cris de vive le Prince Royal!

Par S. G. monseigneur le duc de la Marmelade: A nos aimables Princesses LL. AA. RR. les Princesses Royales d’Hayti!

Ce toast a été couvert par neuf coups de canon, de vifs applaudissemens, et par les cris de vivent les Princesses Royales.

Par S. Ex. M le comte d’Ouanaminthe:

A la Famille Royale; puisse-t-elle donner à l’Etat des Guerriers, Défenseurs du Trône et de la Patrie!

Applaudissemens,six coups de canon, et les cris de vive la Famille Royale.

Par S. Ex. M. le comte d’Ennery:

Au Peuple Haytien; puisse-t-il, par sa sagesse et par son aptitude aux Sciences et aux Arts , confondre les calomnies de nos Détracteurs, comme ils ont été vaincus dans les Combats, par son énergie, sa constance et sa valeur!

Ce toast, vraiment patriotique, a inspiré le plus vif enthousiasme; il a été couvert par vingt coups de canon, et la salle a retenti des cris de vive le Peuple Haytien!

Par M. le chevalier de Nord :

Aux Braves Officiers, Sous-Officiers et

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Soldats de l’Armée de Terre et de Mer; à ces intrépides Défenseurs du Trône, de la Liberté et de l‘Indépendance!

Vifs applaudissemens, onze coups de canon, vive l’Armée de Terre et de Mer!

Par M. le chevalier de Sainte Fleur:

A nos Pères nourriciers les Royal Dahomets; à ces Braves Auxiliaires de l’Armée; toujours paisibles et laborieux durant la Paix, et toujours la Terreur et le Fléau des Ennemis de la Patrie pendant la Guerre!

Bruyans applaudissemens, neuf coups de canon, et les cris mille fois répétés vive les Royal Dahomets!

Par M. le baron de Dupuy:

A la Prospérité de l’Agriculture, l’âme et le soutien du Commerce!

Vifs applaudissemens, six coups de canon.

Après ces toasts d’obligation dans une fête nationale, beaucoup d’autres furent portés à volonté par les convives.

Il s’est trouvé dans ce repas plus de quinze cents personnes, malgré qu’il n’y avait eu de couverts que pour huit cents; mais par l’urbanité, l’honnêteté et la délicatesse des convives tout le monde a participé également; ceux qui n’avaient pu avoir de places, se placèrent entre les tables, sur des chaises et des bancs; ils furent abondamment servis, par les soins des maîtres et des aides des cérémonies; et les personnes qui étaient à table, comme pour les dédommager de cette privation, s’empressaient de leur faire passer tout ce qu’il y avait des mets de plus délicats et de plus exquis, de sorte qu’ils ne furent pas les plus mal partagés.

Malgré tout ce monde qu’il y avait dans ce repas public et la quantité considérable de vins et qui ont été consommés, il n’est point arrivé le plus petit accident ni la plus petite querelle qui aient pu troubler les plaisirs de la société; la plus parfaite harmonie, la gaieté la plus franche, l’ordre et la décence, ont constamment régnés dans ce repas.

Généralement toutes les dames aisées étaient habillées richement, et très-élégamment; mais l’on admirait dans les personnes moins aisées une mise honnête et décente, et surtout la plus grande propreté.

Le spectacle de cette brillante assemblée flattait agréablement la vue, et l’observateur haytien a dû contempler avec ravissement les pas immenses que nous avons faits dans si peu d’années dans le grand art de vivre dans la société. O si quelques-uns de nos vils détracteurs avaient pu êtres témoins de cette belle réunion de personnes les plus estimables et des plus charmantes, combien ils auraient eu de honte de les avoir tant calomniées; et combien ils auraient eu de poignans remords si toutefois les ennemis de l’espèce humaine en étaient susceptibles!

Enfin, il n’a manqué dans ce repas, où l’on a vu briller le caractère national, que la présence des Augustes Personnes qui l’avaient donné aussi libéralement, pour couronner le bonheur et la joie des habitans de la capitale; et souvent l’idée de cette absence revenait aux convives, surtout dans ces momens d’une douce ivresse où le vin et la joie excitent l’âme à s’épancher, on entendait dire: c’est dommage! c’est dommage! que le Roi et la Reine ne soient pas ici! nous aurions joui de leur présence, et ils auraient joui de notre bonheur; ils auraient vu comme nous les chérissons: et pour se dédommager de cette privation, les hommes buvaient au Roi,, et les dames, à la Reine; l’on se faisait la petite guerre, et l’on finissait toujours par faire la paix, en buvant au Roi et à la Reine!

Le soir il y eut spectacle public: il y avait une foule immense; l’on a donné le Barbier de Séville. M. Heureaux aîné a excellé dans le rôle de Barthollo, et M. Daguindeau fils dans celui de Figaro.

Au sortir de la comédie, il y eut grand bal dans la salle du bal du palais, et les dames du Cap-Henry , se rappellant de la promesse que le Roi leur avait faite de les faire danser, n’ont pas manqué, pour donner des preuves à Sa Majesté de leur zèle et de leurs désirs de lui complaire, que de danser constamment et sans relâche, jusqu’au jour.

C’est ainsi que s’est terminée la fête de S.M. la Reine, notre très-auguste et bien-aimée Souveraine, qui pendant l’espace de douze jours qu’elle a durée, n’a cessée d’être, d’un seul instant, un sujet de satisfaction, de bonheur et de félicité universels!

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ORDONNANCE DU ROI,

Qui élève un Monument à la Liberté et à l’Indépendance, sur la Place d’Armes de la Citadelle HENRY.

HENRY, par la grâce de Dieu et la Loi constitutionnelle de l’Etat, Roi D’HAYTI, etc. etc. etc. à tous présens et à venir, SALUT;

Voulant donner au Peuple Haytien une preuve éclatante de notre amour pour la Liberté et l’Indépendance qu’il a conquises par son énergie et son courage, par les plus nobles et les plus généreux sacrifices;

Voulant consacrer, par un Monument durable, cet acte de la volonté nationale, et en perpétuer le souvenir jusqu’à nos derniers neveux;

Considérant qu’il est de notre devoir, et que nous devons être attentifs à nourrir la sensibilité et l’ardeur de nos peuples pour la gloire, d’exciter l’émulation qui fait naître les grands hommes, et de réprimer les crimes, en attachant la honte et l’infamie à la mémoire de ceux qui ont abjuré l’honneur et trahi la Patrie,

A ces causes, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit:

Article Premier.

Au milieu de la Place d’Armes de la Citadelle Henry, il sera élevé une CoIonne à la Liberté et à l’Indépendance!

  1. L’Acte de l’Indépendance, du premier Janvier 1804, qui proclame, en face de l’Univers, la résolution du Peuple Haytien de vivre libre et indépendant ou

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mourir, y sera gravé sur le bronze, et dans tout son contenu.

  1. Les noms des Signataires y seront aussi gravés, dans le même ordre qu’ils sont portés dans ledit Acte, à l’exception des noms des traîtres qui en seront effacés, pour avoir trahi depuis la cause de la Liberté et de l’Indépendance.
  2. Notre Grand Conseil d’Etat nous fera un rapport motivé sur les noms de ceux qui devront être portés ou effacés de l’Acte de l’Indépendance, et du Monument qui doit en perpétuer le souvenir.
  3. Tous les ans, à l’époque de l’anniversaire de l’Indépendance, il sera prononcé au pied du Monument, consacré à la Liberté et à l’Indépendance, un éloge funèbre des Guerriers qui sont morts, dans les combats ou dans les tortures, pour la défense de cette cause sublime.
  4. Notre Ministre des Finances et de l’Intérieur, le Directeur Général du Génie, sont chargés chacun en ce qui les concerne, de nous présenter incessamment le plan figuratif et descriptif de ce Monument, pour être approuvé et exécuté sous le plus bref délai.

MANDONS et ordonnons que les présentes, revêtues de notre sceau soient adressées à toutes les Cours, Tribunaux et Autorités administratives, pour qu’ils les transcrivent dans leurs registres, les observent et les fassent observer dans tout le Royaume; et le Ministre de la justice est chargé de la promulgation.

Donné en notre Palais Royal du Cap-Henry, le 20 Août 1816, l’an treizième de l’indépendance, et de notre règne le sixième.

HENRY.

Par le Roi,

Le Secrétaire d’Etat, Ministre des Affaires étrangères,

COMTE DE LIMONADE.

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COUP-D’OEIL

Politique sur la Situation actuelle du Royaume d’Hayti.

Plus nous avançons dans notre carrière politique, plus nous nous appercevons d’une amélioration sensible dans toutes les parties du gouvernement de l’Etat; nous possédons une belle armée, nombreuse, aguerrie et disciplinée; le le [sic] commerce est actif; l’agriculture florissante; nos finances prospèrent; une paix profonde règne dans nos provinces; la sécurité et la sûreté de tous les citoyens sont garanties par le règne des lois et de la justice; les vues sages et pacifiques du gouvernement nous font pressentir que nous touchons aux termes de nos dissensions, sans secousses violentes et sans effusion de sang; heureux au dedans, considérés et respectés au dehors, le peuple haytien se relève avec éclat à la hauteur de ses belles et brillantes destinées.

A qui sommes-nous redevables de tant de bienfaits, de bonheur et de prospérité? c’est au Roi, c’est aux méditations et aux veilles de S. M. que nous devons cette heureuse situation: sans ses constans efforts, sans sa politique, qui est un modèle de sagesse, nous n’aurions pas joui d’une perspective aussi enchanteresse; nous aurions végètés, sans gloire, dans-un état voisin de la misère et de la barbarie: livrons donc nos cœurs à la joie et à l’espérance, et confions-nous, sans réserve, aux soins paternels d’un Souverain sage et éclairé, qui ne veut que la gloire et le bonheur de sou peuple!

Loin de nous toute idée de flatterie, en faisant, l’apologie du gouvernement de Sa Majesté, nous rendons un pur hommage à la vérité; c’est être justes que de payer un tribut d’éloge à la vertu et au Souverain qui en est digne; et le plus grand éloge d’un Prince se trouve dans le bonheur de ses sujets et dans le résultat de ses travaux.

L’histoire nous démontre que les peuples n’ont jamais rien fait de grand par eux mêmes; ce n’est que par le concours des grands hommes qui naquirent de leur sein, qu’ils ont pu s’élever à la gloire et parvenir à faire de grandes choses.

La gloire des athéniens, des Spartiates et des romains, ne serait point parvenue jusqu’à nous, au travers de tant de siècles, sans le génie des grands hommes que ces peuples ont produits; Petersbourg serait encore enseveli dans les marais de la Neva, si Pierre le Grand n’eût point vécu; et Frédéric Guillaume, qui règne aujourd’hui si glorieusement sur ses peuples, serait peut être encore le marquis de Brandebourg, sans les nobles et glorieux efforts de ses ancêtres.

Tous les peuples doivent donc leur gloire et leur illustration aux grands hommes qui s’éleverént de leurs seins; c’est eux qui ont ranimé leurs nations, en leur soufflant le feu de leur génie, et qui leur ont donné l’impulsion nécessaire pour sortir de l’état de faiblesse et de barbarie , pour devenir des peuples puissans et civilisés.

L’on vit chaque législateur donner des institutions et des lois, qui, par leurs formes et leurs contextures, tenaient à la nature de leur génie; et l’on vit les peuples abandonner leurs anciennes coutumes pour prendre les mœurs, les manières et le caractère de ces hommes célèbres: c’est ainsi que les athéniens poussèrent l’amour de la patrie et de la gloire que leur avait inspiré Périclès, jusqu’au dernier degré d’exaltation, et que l’on reconnut dans leurs mœurs et leurs manières l’esprit des lois de Solon: c’est ainsi que les Spartiates eurent ce profond mépris de la vie et des richesses, cette austérité de mœurs et cet amour ardent pour la liberté qui leur avaient été inculqués par le génie des Lycurgue et des Léonidas: cest ainsi que les romains prirent le caractère et l’esprit belliqueux de Romulus, et qu’ils devinrent les conquérans du monde. Peut être, c’est dans les idées et dans les traces de grandeur et de puissance qu’a laissées Pierre le Grand, qu’Alexandre, son successeur, puise encore les leçons de la gloire; et l’ombre du grand Frédéric, toute environnée de sa gloire militaire, a fait, peut-être, triompher les généraux et les soldats prussiens dans les champs de Waterloo.

La Suite à l’Ordinaire prochain.

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Au Cap-Henry, chez P. Roux, imprimeur du Roi.