About This Publication

This entire issue (save the list of prices for commodities at the very end) is taken up with a general funeral elegy given by the “very reverend-father, Jean de Dieu,” the “chaplain of the queen.” The occasion for the sermon was to commemorate the “Defenders of the Country” and included recounting the crimes of the French colonists with some choice words and descriptions: “All my regrets and all my tears, are reserved for these unfortunate victims that the French have destroyed with their tortures and torments; some were devoured by hungry dogs, others were consumed and burned to ashes by the horrible torment of fire; a great number perished in the abyss of the sea! O cruelty for which one can never find a suitable epithet! It seems to me that I can even hear from the center of this catafalque; from this accusing tomb, a terrible voice that shouts: Haitians, avenge our blood, avenge the death of your brothers.” Yet after these strong words, the reverend pulls back and urges Haitians to forgive the French in imitation of Jesus Christ, admonishing himself for his earlier words by claiming that his “zeal had taken him too far.”

*Provenance: British Library

[N° 5]

LIBERTÉ, INDÉPENDANCE OU LA MORT.

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GAZETTE ROYALE D’HAYTI

Du 15 Janvier 1818, quinzième année dé l’Indépendance.

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L’Union fait la Force

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ÉLOGE FUNÈBRE

Prononcé dans l’Eglise Royale et Paroissale de Sans-Souci, et dans les Paroisses du Royaume, le 29 Novembre 1817, an 14e, Au Service Solonnel, qui a été célébré en mémoire des Défenseurs de la Patrie, etc.

PAR le Très-Révérend Père JEAN DE DIEU, Aumônier de la Reine.

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Sancta ergo et salubris est cogitaio pro defunctis exorare, ut à peccatis solvantur. Machab., liv.2.ch.12.v.46.

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SIRE,

L’INSTITUTION de ce service solennel, fera toujours honneur à Votre Majesté. Ordonner d’offrir un sacrifice annuellement, en mémoire des défenseurs de la patrie, est une preuve convaincante de ce qu’elle est animée du plus vif amour patriotique, ainsi que des sentimens de piété et de religion. On voit par là, que comme l’illustre guerrier du peuple de Dieu, elle est persuadée de la vérité de la résurrection, et qu’elle croit que c’est une sainte et salutaire pensée de prier dieu pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés. (Sancta ergo, etc.)

Si jamais j’ai ambitionné le talent d’un Périclès, d’un Marc-Antoine et d’un Bosuet, c’est aujourd’hui en jour remarquable, dans les annales d’Hayti, ce jour d’anniversaire de l’expulsion des misérables restes de l’armée expéditionnaire, jour enfin consacré à célébrer la mémoire des généreux défenseurs de la patrie, qui ont répandu leur sang pour conquérir la liberté et l’indépendance.

Périclès a célébré les braves guerriers qui avaient succombé dans la première campagne de la guerre du Péloponèse. Marc-Antoine a fait l’éloge de César assassiné en plein Sénat, Bossuet ceux de quelques personnages de l’Europe. Les morts qu’ils ont panégérisés, n’ont pas mérité l’estime des hommes, par l’acte de courage qui honore le plus l’espèce humaine, celui de sacrifier sa vie pour recouvrer sa liberté et celle de ses semblables. Les oraisons funèbres qu’ils ont composées pour honorer leurs héros, n’étaient pas si faciles à faire comme celle que je dois prononcer aujourd’hui, car plus une mort est glorieuse plus son éloge est facile. Or, si ces orateurs avec des sujets moitié féconds que le mien, ont attiré l’attention, ont touché, ont persuadé leurs auditeurs, et gagné les suffrages de la postérité, qu’est-ce qu’ils auraient fait, avec un sujet si fertile et si fécond comme celui que je dois traiter

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en ce jour? Ils auraient sans doute fait des chefs-d’œuvre inimitables; ils auraient sans doute fait un éloge comme celui que je voudrais faire mo -même, et non pas comme celui que je peux faire, attendu l’infériorité de mes talens.

N’importe, j’espère que la haine implacable que je professe pour les partisans de l’esclavage, et l’admiration que de tout temps m’ont inspiré les défenseurs de la liberté, pourront me suggérer quelques idées qui ne seront pas à dédaigner; d’ailleurs, cette affection que les haytiens m’ont prodiguée dans toutes les occasions, m’anime, m’encourage, et me fait espérer l’indulgence pour mes fautes de composition, et de prononciation.

Ces héros dont nous honorons la mémoire, ont combattu pour la cause la plus juste , et ont terminé leur vie, par la mort la plus glorieuse. Voilà la proposition que je veux prouver.

Sans autre préambule, j’entre en matière.

Nous sommes tous égaux dans l’état de nature, nous naissons tous libres. Il est triste, (il faut le dire , à la honte de l’humanité) que des hommes soient obligés de prouver à des hommes, la vérité d’une proposition aussi évidente que celle-ci: nous sommes tous frères.

Les anciens grecs s’imaginaient que les barbares étaient esclaves par nature, (c’est ainsi qu’ils parlaient;) il faut croire que les descendans des anciens gaulois pensent de même envers les africains. O préjugé incroyable de l’orgueil et de l’ignorance humaine! il faut le croire, dis-je, puisqu’ils ont demandé avec persévérance que la traite, cet abominable commerce des hommes d’Afrique, soit renouvellé pour cinq ans, malgré la répugnance de la grande nation philosophique et philantropique, qui a aboli ce commerce depuis long-temps, et sans égard à ce que le héros de l’Europe, le Grand Alexandre, a hautement annoncé qu’il soutiendra de tout son crédit la cause de l’africain.

Dieu est notre père universel, c’est ainsi que nous l’appellons dans l’oraison dominicale, dictée par J. C.; nous sommes tous ses enfans, par rapport à dieu: il n’y a pas de distinction entre juif et grec, barbare ou scythe dit l’écriture, américain , africain , asiatique, européen, tous sont ses enfans; noir et jaune, blanc et rouge, olivâtre et cuivré, tous sont ses enfans. Comment donc croire qu’un père aussi juste et aussi tendre ait condamné une partie de ses enfans à être les esclaves de ses autres enfans? cela est impossible, donc nous sommes tous libres dans l’état naturel: or si nous le sommes dans l’état naturel, nous devons l’être dans l’état civil; la loi naturelle est le fondement de toutes les lois civiles. Une loi quelconque, contraire à la loi naturelle, ne saurait jamais être juste, ou pour mieux dire, est évidemment nulle. Rien au monde ne peut rendre l’esclavage légitime, l’esclavage est le plus grand mal possible pour un homme; la liberté qu’il tient de son créateur est son apanage, son plus précieux bien. La beauté du corps, l’intelligence de l’esprit, les trésors du monde, la santé même, ne sont d’aucun prix sans la liberté. Par conséquent , les héros qui ont combattu pour la défense de la liberté, ont défendu la cause la plus juste; j’ajoute, et c’est la deuxième partie de ma proposition, qu’ils ont terminé leur vie par la mort la plus glorieuse.

La première vertu d’un homme dans la société est l’amour de la patrie. Qu’est-ce que l’amour de la patrie? L’amour du Souverain, qui se dévoue tout entier au bonheur et à la sûreté publique; l’amour des lois qui protègent la liberté, la vue, l’honneur et la propriété des citoyens, et qui conservent entr’eux l’ordre, la justice et la tranquillité; l’amour de son père et de sa mère, de sa femme, de ses enfans, de ses parens, de ses amis et de tous les hommes avec lesquels nous vivons en société; voilà tout ce que renferme cette expression: amour de la patrie. Ce seul mot patrie, signifie la réunion de tout ce qui est cher, de tout ce qui est aimable à l’homme civilisé. De là vient que les grecs et les romains, (et c’est le sentiment général de tous les hommes civilisés), ne connaissaient rien de si aimable que la patrie. Licurgue, Solon, Alcibiade, Thémistocle, Aristide, préféraient leur patrie à toutes les choses du monde. Brutus pour conserver sa patrie, immola son fils, et cette action ne paraîtra dénaturée qu’aux âmes faibles.

A Sparte, les femmes étaient citoyennes, elles réunissaient l’amour de la patrie aux grâces du sexe. Vas mon fils, disait une mère, arme toi pour défendre la patrie, et ne reviens qu’avec ou sur ton bouclier , c’est-à-dire vainqueur ou mort. Consoles-toi, disait

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une mère à un de ses fils, consoles-toi, de la jambe que tu as perdue, tu ne pourras jamais faire un pas, qui ne te fasse souvenir que tu as défendu la patrie.

Après la bataillé de Leuctres, toutes les mères de ceux qui avaient péris en combattant pour la patrie se félicitaient, tandis que les autres, pleuraient sur leurs fils qui revenaient vaincus.

On disait, et on croyait généralement, qu’il n’est pas permis de se venger d’une patrie, fut-elle même ingrate; qu’on doit plus à sa patrie qu’à son père; qu’il est beau, qu’il est doux, de mourir pour elle; qu’il y a dans le ciel des places marquées pour ceux qui auront contribué à sa gloire et à son élévation. Ces grandes et réelles idées, donnaient cette vigueur d’âme, qui nous fait faire et souffrir de grandes choses pour le bien public. Régulus, pour conserver un avantage à Rome, dissuade l’échange des prisonniers. Prisonnier lui-même, il retourne à Carthage, où les supplices et la mort l’attendaient. Les trois Décuis, père, fils et petit fils, signalèrent leur consulat, en se dévouant à une mort certaine. Codrus, roi d’Athènes, ayant su que l’oracle avait promis la victoire au peuple dont le Prince périrait dans la guerre, se livra lui-même à la mort. Il serait aisé de grossir cette liste, mais je dois ménager votre patience, vous savez que c’est un argument très-solide, que celui qui est fondé sur le consentement de tous les hommes; donc, si tous les hommes sont d’accord sur ce qu’il n’y a rien de si glorieux que de mourir pour la patrie. J’ai dit avec raison, que les héros dont nous célébrons la mémoire, ont terminé leur vie, par la mort la plus glorieuse.

Oui, mes frères, je le répète, et je ne saurais le trop répéter, la mort de ces généreux défenseurs de la patrie, qui ont combattu pour la cause de la liberté et de l’indépendance, est digne de notre émulation; puisqu’il faut absolument mourir tôt ou tard, plutôt que de mourir en force de la loi naturelle , il est préférable de finir honorablement, si l’occasion se présente, mourant pour sa Patrie, son Roi, sa Liberté et son Indépendance!

Sire, Souverain d’un peuple favorisé du ciel, d’un peuple que Dieu protège, que la condition de vos sujets est digne d’envie, de ce qu’ils peuvent exercer dans toute son étendue, la vertu que je préconise, et de ce qu’ils ont dans la personne de leur Roi, le plus parfait modèle d’amour patriotique. Oui, Sire, Votre Majesté a porté cette vertu jusqu’au degré le plus éminent où elle soit jamais parvenue. Votre Majesté se montre plus ardent pour le bien public, que les Sertorius, les Emillius et les Camilles; elle surpasse en zèle pour la patrie, les Codrus , les Phocion, les Aristides; si elle n’est pas morte pour la pairie, ce n’est pas de sa faute, elle a mille fois exposé sa vie, et c’est la Providence qui l’a conservée et qui l’a préservée presque miraculeusement pour le bien de ce pays.

Que vos sujets, Sire, vous imitent; qu’ils se montrent dignes enfans de ces pères qui ont faits de leurs têtes le fondement de cet état, et qui l’ont cimenté de leur sang. Que les femmes haytiennes se montrent plus patriotes, que celles de Rome, d’Athènes de Sparte; qu’elles animent et encouragent leurs maris, leurs fils à défendre la patrie et à mourir pour elle s’il le faut; qu’elles, ainsi que toute la jeunesse haytienne de l’un et de l’autre sexe, soient enthousiasmés de cette ardeur, de ce vif intérêt, poux-le bonheur, la globe et la sécurité du Royaume, dont la Reine, les Princes et les Princesses Royales, sont si vivement pénétrés.

Haytiens, réunissez-vous au grand homme, que la Providence a fait naître pour vous élever au rang des nations civilisées; réunissez-vous à lui pour perfectionner votre prospérité. Nous formons des vœux pour ce florissant Royaume que vous habitez: allez de prospérité en prospérité! transmettez à vos enfans cette félicité publique, cette douce liberté, que Dieu vous a confiée, et que vos pères ont achetée pour vous au prix de leur sang. Marchez sur les traces de ces illustres défenseurs de la patrie, dont nous faisons une mention honorable: leur sort est digne d’envie; je crois qu’ils jouissent d’une gloire immortelle, parce que le Dieu de bonté, qui est riche en miséricorde, aura accepté en expiation de leurs fautes, le sacrifice qu’ils ont fait de leur vie, pour, une cause si juste; c’est pourquoi je n’ai pas de larmes à verser pour eux.

Tous mes regrets et toutes mes larmes, sont donc réservés pour ces malheureuses

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victimes que les français ont fait périr dans les tortures et dans les tourmens; les uns ont été dévorés par des chiens affamés, les autres ont été consommés et réduits en cendres par l’horrible torment du feu; un grand nombre précipité dans les abymes de la mer!….O cruauté pour laquelle on ne pourra jamais trouver une épithète convenable! Il me paraît que j’entends du centre de ce catafalque; de ce tombeau accusateur, une voix terrible qui crie: haytiens, vengez notre sang, vengez la mort de vos frères

Mais…pardon haytiens, le zèle m’a emporté trop loin; Dieu ne plaise que je vous excité jamais à la vengeance; mon ministère est de concorde, de fraternité, de charité et de miséricorde; je vous exhorte à imiter l’exemple de J. C. notre divin maître, qui sur la croix a demandé pardon et miséricorde pour ses bourreaux: pardonnez-les mon père, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. (Ignosce illis quia nesciunt quid faciunt.) Ce sont les paroles de J. C. à son père; ce sont les mêmes que je vous adresse. Haytiens, pardonnez à ces perfides français, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. Depuis la convocation des Etats-Généraux, ils sont possédés d’un esprit de vertige; ils ont fait mille sottises;celles de la Convention Nationale, retentiront dans tous les siècles, Décapiter un Roi pour établir une république, et faire monter sur le trône un étranger avec le titre d’Empéreur, ce sont des inconséquences très fortes; ils ont méprisés l’opinion de tous les autres hommes; ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, quand pour réduire leurs frères en esclavage , après avoir publié la liberté à la face de tout l’univers, ils se sont pour toujours déshonorés, en brûlant, noyant, tourmentant une partie de leurs frères d’Hayti, pour réduire les autres à là servitude et au plus terrible esclavage. Pardonnez-les, je vous en conjure, mais je vous conseille de ne pas vous fier jamais à eux ; tenez-vous toujours sur vos gardes, vous les connaissez mieux que moi; vous savez qu’ils sont perfides et intriguans; vous en avez l’expérience, vous avez même déjoué leurs trames liberticides, lors de l’invasion de Leclerc; vous les avez terrassés, et vous les avez honteusement expulsés de votre territoire. Si vous-voulez les empêcher de jamais y mettre les pieds, soyez toujours unis à l’homme extraordinaire qui vous gouverne, et qui les connaît mieux que vous et moi. Si les victimes qu’ils ont immolées à Hayti, à leur orgueil, à leur insatiable cupidité, et à leur férocité gauloise ont encore besoin de vos prières, et de nos souffrages, nous allons offrir pour elles, comme pour tous les autres martyrs de la liberté, le sacrifice de l’agneau divin, qui nous a racheté de la servitude et de l’esclavage du démon, et qui efface les péchés de tout le monde ; parce que selon les paroles de mon texte, c’est une sainte et salutaire pensée de prier dieu pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leur péchés. Ainsi-soit-il.

Requiscant in pace. Amen.

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PRIX COURANT DES DENRÉES.

Café première qualité . . .. . 14 gourdes le cent.

Dito inférieur. …………………….13 gour. 50 c. dito.

Sucre brut. …………………………..6 dito dito.

Indigo . . . ………………………..75 cens la livre.

Sirop . …………………………………..58 dito la velte.

COMESTIBLES

Farine…………………………….13 gourdes le baril.

Vin rouge. …………………………..50 dito la barrique.

Hareng. . . . …………………………..6 le-baril.

Bœuf salé. ……………………………14 dito dito.

Petit salé…………………………30 dito dito.

Mantègue. ……………………………27 cens la livre..

Beurre. …………………………………27 dito dito.

Morue. ………………………………….6 gourd. le quintal.

Bacaya. ……………..………………4 dito dito.

Chandelles. ………………………….25 cens la livre.

Blanc de baleine………………70 dito dito.

Savon. . …………………………..17 dito dito.

Bois équarris pitchpin……..58 gourd. le millier.

Dito sap.. ……………………………..24 dito dito.

Essentes de pitchpin………..6 dito dito.

Dito de sap…………………….. 4 dito. dito.

Huile douce en tombeau……13 gourdes.

Dito en panier ou caisse…… 9 dito.

Dito de baleine…………….……1 dito. 25 c. le galon.

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PRIX Courant des Denrées aux Gonaïves

Café première qualité ……….10 g. 10 c. le cent.

Coton………………………23g. dito dito.

Sucre première qualité….8 g. dito.

Sirop…………………………..50 d. la velte.

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A Sans-Souci, de L’Imprimerie Royale.