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Announcing that several different newspapers have arrived from London, covering the period from July 28th to September 11th, the opening article lets readers know that excerpts of these various papers have been translated and reprinted here in the Gazette. The most interesting of these international news items, perhaps, comes out of Madrid, where we learn that in May, King Ferdinand of Spain sought a meeting with the other European “Powers,” including the heads of state of England, Austria, Prussia, and Russia, in order to “solicit” their aid in helping to quell the numerous rebellions then occurring in the Spanish colonies of America. “The response was not satisfactory,” the article reads, as these countries all refused to even open a conversation about it with the Spanish monarch. Nevertheless, the writer tells us that the Spanish minister persisted in the belief that Buenos Aires, Montevideo (Uruguay), Chile, Venezuela, and “in effect, all of independent America,” could be “re-captured.” News out of Sans-Souci, dated October 10th, reveals that repairs to the Citadelle Henry continue in earnest, after the stroke of lightning that started a fire there on August 25th. Finally, we learn that storms and earthquakes had been common across the “islands of America” in 1818, “ravaging” the different locales experiencing these events, but not preventing the plantations of northern Haiti from thriving, as an “abundant harvest” is promised.

*Provenance: American Antiquarian Society

 

 

[  No   8. ]

L I B E R T É ,   I N D E P E N D A N C E   O U   L A   M O R T.

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G A Z E T T E   R O Y A L E   D’ H A Y T I ,

Du  15  Octobre  1818, quinzième année de l’Indépendance.

                                                                             

L’union fait la Force.

                                                                             

 

                                                                 

 

N O U V E L L E S   É T R A N G È R ES.

N o u s  avons reçu les gazettes de Londres qui vont jusqu’au 28 Juillet, et celles de l’Amérique jusqu’au 11 de Septembre. Nous nous occupons à traduire les articles qui nous on paru les plus intéressans; nous les donnerons successivement à nos lecteurs.

Londres, le 18 Juillet.

—- L’expédition des troupes espagnoles parties dernièrement de Cadix, au nombre de 3000 hommes, est entrée à Ténériffe, où le Commandant avait ordre d’ouvrir ses dépêches; une des frégates y a été condamnée comme incapable de tenir la mer; l’escadre était entièrement dépourvue de provisions et d’argent; l’ile était dans l’impossibilité d’en fournir ; d’après la requisition du Commandant de la flotte , le Gouverneur a été dans la nécessité de lever une contribution forcée de la somme de 120,000 gourdes , sur les habitans qui ont été traités avec autant de sévérité , que s’ils avaient été envahis par l’ennemi. D’après l’ouverture des dépêches, la destination de cette escadre a été reconnue pour Lima.

—-Le roi de Suede se propose de vendre l’île de Saint Barthelemi , pour liquider les dettes publiques de la Norwège ; cette proposition a été approuvée par un Comité d’Etat.

—-Le 28 Juillet , on a offert à Londres pour une certaine quantité de café d’Hayti 164 schellings ou 36 gourdes , 40 cents le quintal.

Madrid 25 Mai.

La situation politique et financière de l’Espagne, est si embarrassante; à moins qu’on ne soit sur les lieux pour l’observer , on ne saurait s’en former une juste idée; je me borne à vous en donner les détails suivans :

Dès que Ferdinand sut que les Souverains alliés allaient se rendre à Aix-la-Chapelle, pour la convocation du Congrès, il s’est empressé de donner ses ordres à ses Ambassadeurs, de solliciter près les Souverains, la permission d’y être admis, à l’effet de porter à la connaissance des hautes Puissances, les différens qui existent entre lui et ses ci-devant colonies de l’Amérique, et de solliciter l’appui des Souverains alliés, pour l’aider à les remettre sous le joug de l’Espagne.

La réponse n’a pas été satisfaisante, car les grandes

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Puissances alliées ont positivement refusé qu’il y fut admis. L’empereur d’Autriche a été le premier à s’y opposer; l’Angleterre et la Prusse ensuite ont tenu le même langage; quand à l’opinion de l’empereur de Russie, il n’y a aucun doute; mais il a bien fallu que Ferdinand renonçât au voyage.

Le Ministre espagnol, dans cette occasion a montré beaucoup de mécontentement, car il espérait de ce rapprochement, une amélioration dans leurs relations extérieures, que tous les efforts de l’Espagne ne pourraient attendre.

Malgré cela, on parle avec hardiesse des plus grands projets; c’est ainsi que le Ministre de la guerre croit déjà être sur le point de récapturer Buenos-Ayres, d’occuper Monte-Vidéo, de se rendre maître du Chily et de Venezuela; enfin de toute l’Amérique indépendante.

Le ministre Pizaro prépare un manifeste qui sera traduit dans toutes les langues, pour être répandu dans les deux mondes. Le but de ce manifeste est d’exposer les griefs de l ‘Espagne contre le Portugal et les indépendans, et de justifier ses armemens contre le Portugal.

S’il ne fallait qu’un manifeste pour faire la guerre, rien ne serait plus aisé; mais pour la faire, il faut de l’argent et du crédit; ainsi vous pouvez être assurés que les projets chimériques du gouvernement espagnol resteront dans l’imagination de ceux qui les ont inventés.

Les dépêches du général Morillo à la Terre-Ferme se bornent toujours à demander des renforts et des besoins de toutes espèces. Il n’est que trop certain qu’il éprouve , avec son armée, des privations effrayantes.

La Havane, le 25 Aôut

Nous avons éprouvé dans la soirée du 23 du couvrant un orage des plus terribles. Le tonnerre a tombé sur la Cathédrale et l’église de St Jérome; quinze maisons à plusieurs étages, qui étaient dans leurs voisinages, ont été réduites dans un état de ruine, aussi bien que les deux églises; plus de deux cents personnes ont péri dans ce malheureux événement; on ignore jusquà présent les dommages que l’on a du éprouver dans la campagne, où l’orage a paru se porter avec encore plus de violence.

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Sans-Souci, 10 Octobre.

Nous voyons avec la  plus grande satisfaction et le plus vif intérêt que les dommages qu’avait occasionnés le tonnerre à la Citadelle Henry, le 25 Août dernier, se réparent avec une activité incroyable. Déjà une grande partie des galeries des batteries hautes qui avaient tombé par les effets de l’explosion ont été rétablies dans leur premier état; et dans peu de temps, l’on ne s’appercevra pas des traces de cet événement.

Par les papiers publics, nous voyons que les orages et les tremblemens de terre ont été tres-fréquens cette année dans les îles de l’Amérique: dans les différens endroits où la foudre a tombé, elle a occasionné des ravages, mais en revanche l’année a été très-favorable pour les plantations; les pluies qui ont tombé à propos, nous assurent une belle et abondante récolte.

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DU SENTIMENT DE L’INNOCENCE.

« Le sentiment de l’innocence nous élève vers la Divinité, et nous porte à la vertu. Les Grecs et les Romains, faisaient chanter les enfans dans leurs fêtes religieuses, et les chargeaient de présenter les offrandes aux autels, afin de rendre, par le spectacle de leur innocence, les dieux favorables à la patrie. La vue de l’enfance rappelle l’homme aux sentimens de la nature. Lorsque Caton d’Utique eut pris la résolution de se tuer, ses amis et ses serviteurs lui retirèrent son épée; et, comme il la leur redemanda en se mettant dans une violente colère, ils envoyèrent un enfant la lui porter; mais la corruption de ses contemporains avait étouffé dans son cœur le sentiment que devait y faire naître l’innocence.

» Jésus-Christ veut que nous devenions semblables aux enfans: on les appelle innocens, non nocentes, parce qu’ils n’ont jamais nui. Cependant, malgré les droits de leur âge et l’autorité de notre religion, à quelle éducation barbare ne sont-ils pas abandonnés

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De la Pitié.

C’est le sentiment de l’innocence qui est le premier mobile de la pitié; voilà pourquoi nous sommes plus touchés des malheurs d’un enfant que de ceux d’un vieillard. Ce n’est pas, comme l’ont dit quelques philosophes, parce que l’enfant a moins de ressources et d’espérances; car il en a plus que le vieillard, qui est souvent infirme et qui s’avance vers la mort, tandis que l’enfant entre dans la vie : mais l’enfant n’a jamais offensé; il est innocent. Ce sentiment s’étend aux animaux mêmes, qui nous touchent souvent plus de pitié que les hommes, par cela seul qu’ils ne sont pas nuisibles. C’est ce qui a fait dire au bon Lafontaine, en parlant du déluge, dans la fable do Palémoun et de Baucis :

……………………….Tout  disparut sur l’heure,

Les vieillards déploraient ces sévères destins:

Les animaux périr! car encor les humains,

Tous avaient dû tomber sous les célestes armes.

Baucis en répandit en secret quelques larmes.

» Ainsi le sentiment de l’innocence développe dans le coeur de l’homme un caractère divin qui est celui de la générosité, il ne porte point sur le malheur en lui-même, mais sur une qualité morale qu’il demèle dans l’infortuné qui en est l’objet. Il s’accroit par la vue de l’innocence, et quelquefois encore plus par celle du repentir. L’homme, seul en est susceptible: et ce n’est point par un retour secret sur lui-même, comme l’ont prétendue quelques ennemis du genre humain; car, si cela était, en comparant un enfant et un vieillard qui sont-malheureux, nous devrions être plus touchés des maux du vieillard, attendu que nous nous éloignons des maux de l’enfance, et que nous nous approchons de ceux de la vieillesse: cependant, le contraire arrive par l’effet du sentiment  moral que j’ai allégué.

» Lorsqu’un vieillard est vertueux, le sentiment moral de ses malheur redouble en nous; ce qui prouve évidemment que la pitié de l’homme n’est pas une affection animale. Ainsi, la vue d’un Bélisaire est très-attendrissante. Si on y réunit celle d’un enfant qui tend sa petite main afin de recevoir quelques secours pour cet illustre aveugle, l’impression de la pitié est encore plus forte. Mais voici un cas

sentimental. Je suppose que vous eussiez rencontré Bélisaire vous demandant l’aumône d’un côté, et de l’autre un enfant orphelin, aveugle et misérable, et que vous n’eussiez eu qu’un écu, sans pouvoir le partager; auquel des deux l’eussiez vous donné?

» Si vous trouvez que les grands services rendus par Bélisaire à sa patrie ingrate, rendent la balance du sentiment trop inégale, supposez à l’enfant les maux de Bélisaire, et même quelques-unes de ses vertus, comme d’avoir eu les yeux crevés par ses pareils, et de demander encore l’aumône pour eux; il n’y aura plus, à mon avis, à balancer, si vous ne faites que sentir: car si vous raisonnez, c’est tout autre chose; les talens, les victoires, et l’illustration du général Grec, vous feront bientôt oublier les infortunes d’un enfant obscur. La raison vous ramènera à l’intérêt politique, au moi humain.

» Le sentiment de l’innocence est un rayon de la Divinité. Il couvre l’infortuné d’une lumière céleste, qui vient rejaillir contre le cœur humain, et y fait naître la générosité, cette autre flamme divine. C’est lui seul qui nous rend sensibles au malheur de la vertu; en nous la montrant comme incapable de nuire, car autrement nous pourrions la considérer comme se suffisant à elle-même. Alors elle exciterait plus notre admiration que notre pitié ».

De l’Amour de la Patrie.

» Ce sentiment est encore la source de l’amour de la patrie, parce qu’il nous y rappelle les affections douces et pures du premier âge. Il s’accroît avec l’étendu, et s’augmente avec les années, comme un []entiment d’une nature céleste et immortelle. Il y a en Suisse un air de musique antique, et fort simple, appelé le rans des Vaches. Cet air est d’un tel effet, qu’on fut obligé de défendre de le jouer en Hollande et en France devant les soldats de cette nation, parce qu’il les faisait déserter tous l’un après l’autre. Je m’imagine que ce rans des Vaches imite le mugissement des bestiaux, les retentissemens des échos, et d’autres convenances locales qui faisaient bouillir le sang dans les veines de ces pauvres soldats , en leur rappelant les valons, les lacs, les montagnes de leur patrie et en même-temps, les compagnons du premier âge, les premières amours, les souvenirs des bons aïeux, etc.

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«  L’amour de la patrie semble croître à proportion qu’elle est innocente et malheureuse. Voilà pourquoi les peuples sauvages aiment plus leur pays que les peuples policés , et ceux qui habitent des contrées âpres et rudes , comme les habitans des montagnes , que ceux qui vivent dans des contrées fertiles et dans de beaux climats. Jamais la cour de Russie n’a pu engager aucun Samoïede à quitter les bords de la mer Glaciale , pour s’établir à Pétersbourg. On amena , le siècle passé , quelques Groënlandais à la cour de Copenhague , on les y combla de bienfaits , et ils y moururent en peu de temps de chagrin. Plusieurs d’entr’eux se noyèrent en voulant retourner en chaloupe dans leurs pays. Ils virent avec le plus grand sang froid toutes les magnificences de la cour de Danemarck ; mais il y en avait un qui pleurait toutes les fois qu’il appercevait une femme portant un enfant dans ses bras. On conjectura que cet infortuné était pére. Sans doute , la douceur de l’éducation domestique attache ainsi fortement ces peuples aux lieux qui les ont vus naître. Ce fut elle qui inspira aux Grecs et aux Romains tant de courage pour défendre leur patrie. Le sentiment de l’innocence en redouble l’amour , parce qu’il rend toutes les affections du premier âge , pures , saintes et inaltérables. Virgile a bien connu l’effet de ce sentiment , quand il fait dire à Nisus , qui veut détourner Euryale de s’exposer au danger d’une expédition nocturne , ces mots touchans:

Te superesse velim : tua vità dignior ætas.

« J’ai désiré que vous me surviviez : votre âge plus que le mien est digne de la vie. »

» Mais chez les peuples où l’enfance est malheureuse et corrompue par des éducations ennuyeuses , féroces et étrangères, il n’y a pas plus d’amour de la patrie que d’innocence. C’est une des causes pour lesquelles tant d’Européens courent le monde , et pourquoi il y a si peu de monumens modernes en Europe ; parce que la génération qui suit ne manque jamais de détruire les monumens de celle qui l’a précédée. Voilà pourquoi nos livres , nos modes , nos usages , nos cérémonies et nos langues vieillissent si vîte, et sont tout différens d’un siècle , et que toutes ces choses se maintiennent les mêmes chez les peuples sédentaires de l’Asie , depuis une longue suite de siècles ; parce que les enfans élevés en Asie dans leur famille , avec beaucoup de douceur , restent attachés aux établissemens de leurs ancêtres , par reconnaissance pour leur mémoire , et aux lieux qui les ont vus naître , par le souvenir de leur bonheur et de leur innocence.

                                                                                                                                      

DU  SENTIMENT  DE  L’ADMIRATION.

« Le sentiment de l’admiration nous porte directement dans le sein de la Divinité. S’il est excité en nous par quelque objet de plaisir , nous nous y jetons comme à sa source ; si par la frayeur , comme à notre refuge. Dans l’un et l’autre cas , le cri de l’admiration est , ah mon Dieu! C’est , dit-on , un effet de notre éducation , où l’on nous parle souvent de Dieu ; mais on nous y parle encore plus souvent de notre père , du roi , d’un protecteur , d’un savant célèbre. Pourquoi , lorsque nous avons besoin de nous appuyer dans ces secousses imprévues , ne nous écrions-nous pas , ah mon roi !  ou s’il s’agit de sciences , ah Newton !

« Il est certain que si on nous parle souvent de Dieu dans notre éducation , nous en perdons bientôt l’idée dans le train ordinaire des choses du monde ; pourquoi donc y avons-nous recours dans les événemens extraordinaires ?  Ce sentiment naturel est commun à toutes les nations , dont il y en a beaucoup qui ne parlent point de théologie à leurs enfans. Je l’ai remarqué dans des noirs de la côte de Guinée , de Madagascar , de la Cafrérie et de Mosambique , dans des Tartares et des Malabares ; enfin dans les hommes de toutes les parties du monde. Je n’en ai pas vu un seul qui , dans les mouvemens extraordinaires de la surprise ou de l’admiration , ne fit dans sa langue les mêmes exclamations que nous , et ne levât les mains et les yeux vers le ciel ».

(Etude de la Nature.)

                                                                                                                                                           

A Sans-Souci, de  l’ I m p r i m e r i e   R o y a l e.