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One article printed here discusses the state of the Citadelle after the fire of August 25th destroyed some of its rooms. Refuting reports that the buildings were in a complete state of disrepair, the editor writes that the gunpowder stores, as well as the vaults containing the gun magazines, were preserved and therefore that the Citadelle “was in the same state of defense as before.”

*Provenance: American Antiquarian Society

 

[    No   9.    ]

 

L I B E R T É ,   I N D E P E N D A N C E   O U   L A   M O R T.

 

G A Z E T T E   R O Y A L E   D’ H A Y T I ,

 

Du  5  Novembre  1818 , quinzième année de l’Indépendance.

                                                                             

L’union fait la Force.

                                                                                                                                          

 

N O U V E L L E S   É T R A N G È R ES.

 

Extrait d’une lettre datée de St-Thomas , le 15

                           Septembre.

 

LA  Guyra vient d’être prise par l’amiral Brion et le général Bermudas. Cumana est en ce moment assiégée par le général Monago , elle ne peut tenir longtemps.

L’armée forte de dix mille hommes , maintenant réunie à Augustura , va marcher pour Fernando de Apure , d’où elle sera dirigée pour les grandes opérations des ports de mer. Vous devez donc vous attendre à recevoir des nouvelles de la plus haute importance sur les événemens qui en résulteront ; tout ce que je puis vous assurer , c’est que le général espagnol Morillo qui est maintenant à Caracas , se prépare avec le peu de troupes qu’il a à sa disposition à se porter sur Porto-Cabello , où il est fortement menacé par un corps des indépendans.

                                                                                                           

 

L’article suivant a paru dans le Courier du 24  Juillet.

 

Document très – important.

 

Nous sommes heureux d’apprendre que l’audace des pirates , lesquels pendant la guerre dernière , ont tant interrompu le commerce de ce pays , sous le prétexte d’hostilité entre l’Espagne et ses colonies, viennent d’attirer l’attention de notre gouvernement; et que des ordres ont été donnés d’en faire justice. Nous joignons copie de ce que nous apprenons , être un ordre circulaire de nos Amiraux en station dans l’étranger.

 

[Le 9 Juin?]

Tandis que nous sommes informés que sous le prétexte des hostilités qui existent entre Sa Majesté Catholique et certaines provinces , ou partie de provinces dans l’Amérique espagnole ; plusieurs bâtimens ou embarcations qui n’ont point été armés dans les domaines de S. M. C. ni dans les provinces ci-dessus mentionnées, mais porteurs de prétendues commissions de guerre ou lettre de marque de S. M. C. comme aussi des personnes , prétendant exercer des pouvoirs du gouvernement desdites provinces de l’Amérique espagnole , commettent des actes de pirateries et d’outrages contre les bâtimens et les propriétés des sujets de Sa Majesté.

Vous êtes par les présentes autorisés à donner des instructions aux commandans des bâtimens sous vos ordres , sur la dénonciation d’un acte de piraterie , qui aurait été commis sur mer , sur un ou plusieurs bâtimens , ou sur des propriétés de S  M.  d’avoir à s’emparer dudit ou desdits bâtimens , capitaines et équipages , et de les faire conduire dans un des ports d’Angleterre, ou dans tout autre port des colonies Anglaises , où il y a une Cour d’Amirauté , à l’effet de les y traduire ensemble avec les témoins qui seront jugés nécessaires pour entendre l’accusation que ledit bâtiment a en effet commis des actes de pirateries contre les bâtimens ou sujets de S. M. B. ; le capitaine et l’équipage seront dans ce cas jugé suivant les lois.

 

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Du Cap-Henry , le 27 Octobre.

 

Le 23 du présent , l’aviso de l’état l’Union , commandé par M. le chevalier de Villarceaux sortant des Gonaïves et allant au Cap-Henry , est entré dans ce port avec la goëlette haytienne l’Espérance , capitaine Joseph Devie , montée de sept hommes d’équipage , sortant des îles Turques chargée de sel et allant au Port-au-Prince ; ladite goëlette appartenant au sieur Noël Piron , négociant au dit lieu , a été rencontré par ledit chevalier de Villarceaux dans les atterrages du Môle , et conduite dans le port de cette capitale.

Le capitaine Joseph Devie et les marins de son équipage , ont été présentés au Roi à Sans-Souci et ont reçu un accueil favorable de Sa Majesté , notre très-grâcieux Souverain , qui a ordonné qu’ils fussent renvoyés à leur destination primitive ; conséquence de 25 au matin , la goëlette l’Espérance a mis à la voile , après avoir reçu des approvisionnemens pour continuer sa route.

 

Le 1er Novembre.

 

Les gazettes de la Jamaïque des 7 et 13 Octobre donnent des détails peu exacts sur l’événement arrivé à la Citadelle Henry le 25 Août dernier. Dans celle du 7 , elle annonce cette Citadelle considérée comme imprenable , presque entièrement détruite ; et dans celle du 13 , malgré qu’elle ait rembruni [the next line is illegible, crease or fold in paper] circonstances , elle contredit entièrement les nouvelles du 7 , en annonçant que les poudrières qui contenaient trois millions de poudre à feu , les magasins voutés et les batteries , étaient restés intacts , et que cette Citadelle était dans le même état de défense qu’auparavant.

A la seule inspection de la vue , il est facile de se convaincre de la vérité de cette derniêre assertion , et de la fausseté de la première ; l’extrême élévation du pic de la Citadelle Henry et la hauteur de ses murailles font qu’on la découvre à plus de vingt lieues à la ronde ; les bâtimens qui passent le long de nos côtes et le voyageurs ont pu se convaincre par leurs propres yeux que non seulement le corps de la Citadelle n’a éprouvé aucun dommage ; mais que les maisons qui avaient été détruite , sont maintenant rebâties , d’une manière plus solide qu’elles n’étaient auparavant , et que l’événement bien loin de nous être désavantageux , nous est devenu profitable ; car le  mal est un bien , lorsqu’il sert à corriger un un plus grand mal.

                                                                                                                                                           

DES   SOCIÉTÉS   HUMAINES.

 

« L’ h o m m e  ne peut rien sans l’homme : un grand nombre d’animaux féroces le surpassent en agilité , en force et en moyens destructeurs ; son accroissement , dans le sein maternel , est long , sa naissance périlleuse, son enfance débile , sa puberté tardive : pour conserver , perpétuer et perfectionner son espèce , il a besoin de l’union et de la société de ses semblables. Les divers caractères qui distinguent les sociétés humaines établissent donc entre les hommes des différences ou des similitudes plus grandes que l’identité , ou la diversité des races dont ils sont issus , des contrées qu’ils habitent , et des climats sous l’influence desquels il vivent. Chacune des périodes de perfectionnement de la civilisation développe dans l’homme des idées , des sentimens , des passions qui étaient inconnues dans les périodes précédentes.

» L’état le plus simple des sociétés humaines est celui des familles , que le besoin de chercher leur nourriture par la chasse ou par la pêche ne réunit qu’occasionnellement :  l’homme, dans cet état , s’éloigne peu de la brute , il est indolent et stupide ; tous les sentimens du cœur , et le développement de l’intelligence , semblent comprimés par l’extrême misère , et la nécessité toujours renaissante de satisfaire aux premiers besoins de la vie animale : telles sont toutes les familles de sauvages que l’on a trouvées sur les côtes de la Notasie ou Nouvelle-Hollande , qui n’ont aucune espèce d’industrie , marchent armés de massues , et ne connaissent ni l’arc , ni les flèches , ni l’art de fabriquer des canots ; qui subsistent de coquillages , de poissons , des fruits spontanés de la terre , et des animaux qu’ils peuvent assommer.

Le premier pas vers la civilisation est lorsque plusieurs familles se réunissent , et forment une peuplade, pour se procurer leur nourriture par la chasse ou par la pêche , et  cultiver quelques plantes nourrissantes à l’entour de leurs habitations , sorte de culture qui ressemble à un jardinage grossier , et n’a presque point de rapport avec l’art de cultiver la terre en grand , par le moyen des animaux et de la charrue. Les deux continens d’Amérique , à la réserve des royaumes plus civilisés du Mexique et du Pérou , étaient peuplés par des sauvages chasseurs de ce genre ; ils possèdent encore tout le pays que n’habitent point les Européens : au milieu de leurs immenses forêts , ces nations déploient beaucoup d’industrie dans la fabrication de leurs arcs et de leurs flèches , dans la construction de leurs cabanes et de leurs canots , dans le travail des ornemens dont ils se parent , ou du petit nombre d’outils dont ils se servent ; ils savent obéir à la voix de leurs chefs , et suivre les conseils de leurs anciens ; leurs peuplades errantes correspondent entre elles à d’énormes distances , s’unissent et se confédèrent : chasseurs guerriers , pêcheurs infatigables , ils parcourent de grands espaces , et ne sont arrêtés ni par les montagnes , ni par les déserts ; ils supportent , pour les traverser , la faim et la soif : lorsqu’ils sont voisins de larges fleuves , des lacs ou de l’Océan , ils bravent , sur un frêle esquif les écueils menaçans et les vagues blanchissantes ;  ils sont prompts , adroits , courageux , éloquens même: mais ils sont féroces et ennemis de toute contrainte, ne sachant que détruire les animaux qu’ils pourraient réunir , soigner et multiplier ; et jeter quelques semences dans une terre fertile , de laquelle , avec un

 

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travail léger , ils obtiendraient une nourriture plus assurée.

» Placés sous un ciel plus doux , sur une terre plus abondante et plus riche , ombragée par des bosquets des palmiers , les heureux habitans de la Polynésie nous montrent de petites sociétés agricoles , plus avancées vers la civilisation que les peuplades des chasseurs d’Amérique : il y a , parmi ces insulaires , plus d’inégalité dans les rangs , plus d’industrie et de richesses , des idées plus exactes sur la propriété , et déjà aussi plus de dissolution : cependant la civilisation à peine commencée semble être retenue dans une perpetuelle enfance. Les caractères qui distinguent ces sociétés sont dus à la douceur de leur climat , à l’exiguité de leur territoire, et à leur position au milieu de mers. Certaines parties du sol brûlant et fécond de l’Afrique nous offrent des sociétés humaines parvenues au même degré de civilisation , ayant un même mode d’existence , et le même genre d’industrie, mais plus nombreuses , plus indolentes , plus dissolues et plus féroces.

» Dans les vastes plaines des grands continens , sur tout dans le nord de l’Asie , et en Arabie , les hommes, en domptant les animaux , et en les réunissant en troupeaux , ont acquis de puissans moyens de subsistance , et ont formé de grandes nations de pasteurs, qui , dans un heureux loisir, ou dans des guerres combinées , dévelloppent à un haut degré les plus nobles sentimens et les plus précieuses facultés de l’homme ; qui , enfin , ont rédigé des codes , composé des poëmes , et perfectionné certains arts nécessaires pour tirer partie de leurs richesses acquises, et satisfaire les nouveaux besoins qu’elles ont fait naître. Antérieurement au neuvième siècle de l’ère chrétienne, toute la Germanie et toute la Scythie européenne , c’est-à-dire tout le pays au nord du Danube , et à l’orient du Rhin , qui forme aujourd’hui le puissant empire de la Russie , le royaume de Prusse , une partie de l’Autriche et des autres États d’Allemagne , était encore plongé dans la barbarie de la civilisation pastorale.

» Les Auracans du Chily , dans l’Amérique méridionale , et le Cafres d’Afrique , à l’est de la colonie du Cap de Bonne-Espérance , participent de la civilisation et des mœurs des insulaires agricoles du Monde maritime , et des peuples pasteurs de l’Asie. Cette nuance intéressante des sociétés humaines paraît être due au contact d’une nation dans l’état sauvage agricole et pastoral avec des peuples agriculteurs et civilisés. Les Araucans du Chily nous retracent les vertus et les mœurs des temps héroïques de la Grèce ; c’est le peuple le plus remarquable et le plus digne d’être étudié , que le globe nous présente , parmi ceux qui ne sont pas parvenus à la dernière période de civilisation.

» Enfin l’homme , en employant à la culture des terres les animaux qu’il a domptés , et en réunissant tous les moyens de subsistance inventés et acquis dans les périodes précédentes , forme des nations agricoles et commerçantes : c’est dans cette période de civilisation que toutes les merveilles de l’état social se développent ; que l’homme perfectionne à un haut dégré ses facultés intellectuelles ; qu’il déploie tous les prodiges de son industrie ; qu’il ravit par l’exercice des plus sublimes vertus , ou attriste l’âme par ses vices ignobles , et d’autant plus révoltans , que moins soumis à l’empire des sens , il a acquis des notions plus exactes sur le juste et l’injuste , et sur la noble destination de son espèce. C’est dans cette pérîode de civilisation que les peuples ont un système fixe de législation , de politique et de guerre ; qu’ils se soumettent au droit de la nature et des gens , et qu’ils respectent , même en combattant , les propriétés des citoyens non armés ; qu’enfin ils dégagent la religion des superstitions sanguinaires ou absurdes , et la ramènent à son véritable bat , le culte de la Divinité et la perfection de la morale. Les nations parvenues à cette dernière période de civilisation , sont les seules qui bâtissent des villes , qui creusent des ports , des canaux , percent et aplanissent des routes ; les seules qui construisent des vaisseaux , et bravent les dangers des navigations lointaines , pour se procurer les avantages du commerce , ou pour perfectionner les sciences , et connaître le globe qu’elles habitent.

» C’est à ces progrès vers la civilisation , aux circonstances qui les accompagnent , aux causes qui les modifient , qu’il faut attribuer les diversités de gouvernement , de mœurs , d’habitudes , que l’on observe parmi les peuples , bien plus qu’à la différence des climats et des races , auxquels on a accordé trop d’influence. Si les peuples du nord ont souvent subjugué ceux du midi , les Romains , les Arabes et les Egyptiens ont aussi fréquemment étendu leur domination du midi au nord. Le code des Kalmouks ressemble tellement à celui de nos ancêtres , ou à la loi salique , qu’on les croirait tous deux dictés par le même législateur , et pour le même peuple : ce qui

 

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nous prouve que , malgré la différence des temps , des lieux et des races , les belliqueuses tribus que commandait Clovis ressemblaient davautage aux guerriers d’Atila ou de Genghiz-Khan , qu’aux Français d’aujourd’hui. Quand on découvrit le Nouveau-Monde , un peuple doux et faible habitait dans les montagnes froides du Pérou ; un peuple féroce et intraitable errait sous le soleil brûlant du Brésil ; et les Arabes , sous le tropique , sont au moins aussi braves et aussi belliqueux que les Tartars ou les Mongols , sous le quarante-septième dégré de latitude. Comme rien ne change que par succession de temps , et que les préjugés , les idées et les habitudes d’une nation , enfin tout ce qui compose son caractère , exerce aussi son influence sur les altérations produites par les progrès de la civilisation , il en résulte que , pour bien comprendre la nature et les causes des révolutions qu’un peuple a éprouvées dans sa constitution politique , ses lois , ses mœurs et ses habitudes , il faut étudier avec soin les circonstances qui ont accompagné ses premiers pas vers la civilisation ; et cette partie si utile de l’histoire des nations est précisément , dans tous les historiens , la plus défectueuse , parce qu’elle est la plus difficile à bien connaître.

» L’Europe est la seule partie du monde qui soit presqu’en entier occupée par des nations parvenues au dernier période de civilisation ; encore les portions les plus orientales qui sont situées dans l’Empire Russe , sont-elles habitées par des peuples pastuers ou nomades. En Asie , les contrées occupées par des peuples civilisés sont , la Chine , l’Hindoustan , la Perse et la Turquie d’Asie , quelques portions du Tibet , de la petite Boukharie et de l’Arabie , et ces contrées réunies ne forment pas le tiers de ce vaste continent. En Afrique , les contrées civilisées sont: au nord , Tripoli , Tunis , Alger , Maroc ; à l’est l’Egypte et l’Abyssinie , quelques faibles colonies portugaises sur la côte de Mozambique ; à l’ouest , les petits établissemens européens sur la côte occidentale ; au sud , la colonie plus considérable du Cap , et quelques colonies arabes sur la côte de Madagascar , qui cependant , ainsi que l’Abyssinie , n’offrent qu’une civilisation bien imparfaite. L’Amérique septentrionale nous présente , dans sa patrie orientale , les États-Unis ; et au sud , la Nouvelle-Espagne , le Mexique et les Antilles , c’est-à-dire environ un tiers de son territoire , occupé par des peuples civilisés. Si l’on en croyait les prétentions respectives des Portugais et des Espagnols , l’Amérique méridionale serait partagée en deux grands empires , possédés par ces deux peuples civilisés ; ils n’en exceptent sur leurs cartes que l’extrémité sud qu’habitent les Araucans , les Puelches et les Patagons : ce vaste continent n’est au contraire , que faiblement peuplé , et se trouve partagé , pour la plus grande partie, entre un grand nombre de tribus de sauvages chasseurs ; on doit en excepter quelques districts ou provinces assez étendues et réellement civilisées , dont les villes de Santa-Fe-de-Bogota , de Quito , de Lima , de la Conception au Chili, de Cayenne , de San-Salvador , de Spiritu-Santo , de Buenos-Ayres et de l’Assomption , sont considérées comme les capitales. La colonie anglaise du Port-Jackson , sur la côte orientale de la Notasie , et celle que le même peuple vient d’établir dans la Tasmanie , sont les seuls points de l’Australie où brille le flambeau de la civilisation : il ne jette qu’une lumière faible et décolorée dans quelques îles de l’Archipel de Notasie ; et il est encore inconnu dans la Polynésie, malgré les efforts que les anglais et les Anglo-Américains ont faits pour l’introduire aux îles Sandwich , aux îles Marquises , et dans celles de la Société.

» Ainsi , à peine un sixième des parties habitables du globe se trouve possédé par des nations agricoles et civilisées , et encore , dans ce nombre , que de nuances diverses , et de degrés différens dans la civilisation ! L’Europe seule nous la montre parvenue à son dernier terme ; et dans l’Europe même , il y a plusieurs contrées où elle ne date que d’une époque très-récente , et d’autres , où elle est encore imparfaite. La géographie , en faisant connaître les riches contrées du globe qui sont incultes et inhabitées , ainsi que les peuples encore privés des bienfaits de la civilisation , contribue à l’heureux établissement des colonies , et dirige vers un noble but l’ambitieuse activité des nations civilisées. »

 

Walckenaer.  )

 

                                                                                                                                                           

 

A Sans-Souci , de  l ’ i m p r i m e r i e  R o y a l e.