19 July 1819

About This Publication

In this explosive issue, the kingdom announces the death of Father Corneille Brelle who had crowned Christophe on June 2, 1811 in a church erected for that purpose. As several issues of the Gazette Officielle testify, Father Brelle had also been an instrumental part of the Christophe’s reign as president over the State of Hayti (1807-1811). But, here, we learn that Brelle has died while “in detention at his home in the capital” from a case of scorbutic diarrhea, one of the persistent symptoms of scurvy. Brelle had been conspicuously absent from state functions since 1818. The Gazette’s editor did not hesitate to reveal the cause: “He had been suspended from his spiritual and temporal functions for having preached doctrines subversive to the state,” the paper explains, before going on to accuse Brelle of having “sought to sow unrest and civil war among the citizens of the cities and the countryside.”

*Provenance: Archives Nationales d’Outre-Mer, Aix-en-Provence, France (Courtesy of Henry Stoll)

[N. 4]

 

LIBERTÉ, INDEPÉNDANCE OU LA MORT.

 

GAZETTE ROYALE D’HAYTI

 

DU 19 Juillet 1819, Seizième année de l’Indépendance

 

L’union fait la Force.

 

De Sans-Soucy, le 10 Juillet

 

Le roi, notre auguste Souverain, vient de payer à la patrie la dette la plus chère de son cœur. Depuis long-temps il tardait à sa grande âme de rendre possesseurs de bien fonds tous les militaires indistinctement de l’armée, ces anciens et glorieux compagnons de ses travaux guerriers.

Le Grand Conseil d’État et le Conseil Privé ont été convoqués et réunis au Palais Royal de Sans-Souci, pour présenter à Sa Majesté les bases du projet d’Édit sur le mode à adopter pour les concessions de terre.

Déjà cette nouvelle qui avait transpiré dans le public, a fait la plus grande impression, et a excité la plus vive allégresse parmi les troupes. Tous les citoyens paisibles, les amis de l’ordre et de la prospérité de leurs pays, applaudissent à cette mesure dictée par la justice, et qui honore si bien le cœur paternel du Monarque qui l’a conçue dans sa profonde sagesse ; les avantages qui en résulteront seront incalculables : la population et la culture s’accroitront dans une progression sensible. Ces braves défenseurs de la patrie, pourront employer la partie du temps qui ne sera pas [consacrer ?] à leur service à cultiver les terres qui leur auront été concédées, fruit de leur conquête sur nos anciens oppresseurs tyrans ; après avoir parcouru une carrière semée de fatigues et de dangers, ils trouveront au déclin de leurs jours un repos honorable, un asile assuré, qu’ils auront la certitude de pouvoir transmettre à leur postérité avec la liberté et l’indépendance pour lesquelles ils ont si long-temps combattu.

Les Numéros prochains donneront connaissance du résultat des travaux des deux Conseils et de l’Edit [sic] de Sa Majesté concernant ces concessions de terre.

 

 

Du Cap-Henry le 11 Juillet.

 

L’ex-Archevêque d’Hayti qui était en détention dans son hôtel de la Capitale vient de décéder de la maladie chronique dont il était atteint depuis long-temps, (une diarrhée scorbuique [sic]). Il avait été suspendu de ses fonctions spirituelles et temporelles pour avoir préché [sic] des doctrines subversives de l’état, et cherché

 

[2]

 

à semer des troubles et la guerre civile parmi les citoyen des villes et des campagnes.

 

 

Il a plu au Roi, notre très gracieux Souverain de nommer au rang de Maréchal de Camps de ses armées, M. le Docteur Stewart, chirurgien en chef des hôpitaux militaires.

 

 

De la Citadelle Henry le 16 Juillet.

 

De ce bon Roi la fête et sa solennité

Sont dignes des regards de la Divinité

Le 15 Juillet, anniversaire mémorable et précieuse à tous les haytiens, a été célébré avec la pompe et la magnificence dûes à cette auguste solennité. A voir les transports de l’allégresse générale et les démonstrations affectueuses de la douce fraternité qui animait le peuple haytien, on se fût cru transporté au délicieux règne d’Astrée ; C’est que ce jour était celui de la fête de son Roi, c’est qu’il célébrait, en ce Monarque, les vertus estimables de ces vieux [patriarches ?] qui était plutôt les pères que les chefs de la grande famille de l’état, c’est enfin que dans le transport sublime, dans l’élan rapide avec lesquels un tendre fils court fêter un bien aimé père, il y a je ne sais quoi de céleste, d’attendrissant et d’électrique qui vous enchante et vous entraîne. La nation haytienne habituée à voir les lauriers et la gloire de son Souverain identifiés avec les siens propres, s’abusait, dans son ivresse, au point de se croire elle-même identifiée avec la personne de ce Monarque. Il résultait de cette douce erreur, de cette illusion générale, un charme qui se communiquait à tout ce qui respire, et qui prêtait, même aux choses inanimées, un degré de prix et d’intérêt non encore aperçus.

Si le tableau enchanteur d’un peuple, se comptant un patron de plus dans la fête de son Roi, offrait, dans les villes et les campagnes le spectacle le plus déduisant, de quelle pompe enivrante, de quel éclat attrayante brillait pas l’intérieur du Plais Royal de la Citadelle Henry ? Citadelle Henry ! ô prodige admirable !

 

Du génie et de l’art chef-d’œuvre inattendu,

De ce nouvel Etna la masse foudroyante

Offre à l’œil étonné que sa cîme épouvante

l’arsenal de Dieu Mars dans les airs suspendu.

 

Après avoir payé à cet édifice imposante un juste tribut d’admiration, je vole à mon sujet, persuadé que mes concitoyens me pardonneront cette digression en faveur du sentiment qui l’a commandé.

Dès le 14 au soir, les Dignitaires du Royaume et leurs épouses respectables, réunis dans ce Palais, présentaient le coup-d’œil le plus flatteur ; la parure et les ornemens du beau sexe se plaisaient à s’associer aux décorations de nos guerriers, et les myrtes conjugaux se mariaient admirablement aux lauriers de Mars.

Après le souper, une sérénade a eû [sic] lieu sous le principal balcon du Palais royal. Quoique les plaisirs de la danse eûssent dérobé une grande partie du reste de la nuit, le lendemain, dès les sept heures, les Dignitaires et leurs épouses, impatiens de déposer leur encens aux pieds de Sa Majesté, se trouvaient rassemblés dans la salle du Trône.

O scène impossible et majestueuse ! Quel pinceau réussirait à vous peindre dignement ? déjà les aîles [sic] des chérubins s’étendent sur le dais royal, l’ange gardien de la patrie tresse en guirlandes les palmes qui croîssent autour du trône, un Roi chéri, puissant et glorieux s’y assied ; à ses côtés, une Reine adorée, idole de la patrie dont elle est le génie bienfaisant, s’entoure du beau cortège des vertus, et s’investit de la ceinture céleste de la confiance et de l’affection du peuple.

Pénétrés des plus vifs sentimens d’amour de respect et d’admiration, MM. Les Dignitaires s’expriment, ainsi, par l’organe de Son Excellence, Monsieur le comte de Rosier.

 

[3]

 

SIRE,

Le quinze Juillet est de retour ; il rassemble autour de l’astre glorieux du phénix ses divers rayons épars, pour briller avec plus d’éclat et de majesté.

En ce jour si cher à nos cœurs, ils palpitent de joie, d’amour et d’attendrissement ; ils sont agités des transports qu’inspirent les sentimens les plus purs de respect, de gratitude et d’admiration.

O moment délicieux pour nos âmes fidèles et sensibles ! sur le front rayonnant de Votre Majesté est peinte cette douce satisfaction intérieure qui ne peut être ressentie que par le tendre et généreux père de la grande famille entouré des heureux enfans de son affection.

Qu’il est beau ce jour ! qu’il nous est précieux ! ah ! nous n’avons tous qu’une même âme, qu’un seul esprit pour le célébrer. Chacun de nous met son triomphe dans celui de Votre Majesté, et la patrie reconnaissante, qui voit sa fête dans celle de son bien-aimé Roi, se croit un patron de plus.

Heureux le peuple dont les destinées ont été remises aux puissantes mains de Votre Majesté ! pour nous, témoins et admirateurs de vos nobles travaux, libres et indépendans par les doux fruits de votre vaillance et de votre génie, nous rendons grâce au Ciel du bienfait qu’il nous a accordé en votre personne sacrée et nous nous efforcerons, en tout temps, en tous lieux, de mériter un tel honneur.

Un bouquet est un faible présent ; il ne devient précieux que lorsqu’il est l’offrande d’un cœur pur, dévoué, fidèle et désintéressé, si celui-ci a quelque mérite, il ne le doit qu’aux qualités qui ont présidé à sa composition, c’est sous ce rapport que nous glorifions de vous le présenter.

Daignez, Sire, accueillir le pur hommage que nous avons l’honneur de déposer aux pieds de Votre Majesté, et répandre sur nous cette bénédiction et cette faveur royale sans lesquelles nous sentons que nous ne saurions prospérer. En retour, nous jurons de nouveau, à Votre Majesté, foi, hommage, soumission, dévouement et fidélité impérissables.

Sa Majesté a répondu en ces termes :

J’accueille, avec sensibilité, votre hommage ; il m’est d’autant plus agréable que je le crois la sincère expression de vos cœurs.

Oui, mes enfans ! elle est douce ma satisfaction, je suis charmé de voir participer à la joie et aux plaisirs de ce jour, ceux qui ont partagé mes peines et mes dangers, je répands sur vous ma bénédiction, elle est la récompense de votre rare fidélité et de votre inviolable attachement.

Je me flatte que vous continuerez toujours à me seconder avec la même ardeur, et que chacun de vous, dans les fonctions qu’il aura à remplir, et par tout où son devoir l’appelera [sic], apportera le même zèle, le même dévouement au service de son Prince et de sa Patrie.

La réponse de Sa Majesté a produit la plus vive sensation dans tous les cœurs, et a été couverte par les cris de vive le Roi.

Au repas, qui eut lieu au palais, parmi les nombreux couplets qui ont été chantés, on a remarqué le bouquet suivant que S.A.R. Mgr le Prince Royal, a adressé à son auguste père, et le toast qu’il a porté à l’armée.

 

BOUQUET

 

Air : Tous ces héros, conquérans, etc.

Du haut des célestes lambris,

Déjà des chérubins les aîles

Ont couvert le trône d’Henry,

L’ornent de palmes immortelles.

L’haytien fidèle aux lois

Dit : vive Henry ! vive Marie !

Sa fête est celle de son Roi,

Sa devise est, gloire et patrie.

 

Pour nous de l’heureux âge d’or

S’offrent, en ce jour, les délices,

Ce jour pour nous est un trésor

d’Henry c’est la pompe propice

L’haytien etc.

 

D’Hayti s’exprime l’ardeur

Aux pieds d’un Monarque et d’un père ;

Il la presse contre son cœur,

Le cœur garant d’un sort prospère.

L’haytien fidèle aux lois

Dit : vive Henry ! vive Marie !

Sa fête est celle de son Roi,

Sa devise est, gloire et patrie.

 

[4]

 

 

Autour de ce bien-aimé Roi

Le peuple nage dans L’ivresse,

Quand on garde envers lui sa foi

On vit toujours dans l’alégresse,

L’haytien fidèle aux lois

Dit vive Henry ! vie Marie !

Sa fête est celle de son Roi,

Sa devise est, gloire et patrie.

 

 

TOAST du Prince Royal.

 

A l’armée haytienne, toujours fidèle et obéissante, elle vaincra toujours les tyrans partout où ils présenteront, et elle sera toujours le soutien du Trône et le plus ferme rempart de la Patrie !

 

__

Air : Préparons-nous, citoyens pleins d’honneur :

 

De la patrie intrépides soutiens !

Ah ! Quel beau jour ! braves haytiens !

D’Henry vous célébrez la fête,

Et moi, je dis, à votre tête :

Chaque soldat, aux champs de valeur,

Est un Bayard, sans reproche et sans peur.

 

Du grand Henry chérissant les accents,

Oui, de nos preux voilà les nobles rangs.

Honneur et gloire à notre armée !

Elle est d’un beau zèle animée.

Chaque soldat, etc.

 

Pour la couronne et pour la liberté

De quel éclat rayonne sa fierté !

Partout effroi de l’esclavage,

Elle est l’honneur de ce rivage.

Chaque soldat, etc.

 

Tremblez, français, ambitieux tyrans !

Le Phénix brille et flotte au gré des vents.

Tout est possible à la patrie

Répétant vive Henry ! Marie !

Chaque soldat, etc.

 

De vos Iris, au retour des combats,

Volez, héros ! encenser les appas ;

Chacun dira : ma chère amie !

Plus de fers, plus d’ignominie ;

Chaque soldat, aux champs de la valeur,

Est un Bayard, sans reproche et sans peur.

 

 

Dans une fête de famille aussi belle, nous croirons priver nos concitoyens si nous ne leur faisons aussi part des couplets chantés par nos deux chères et intéressantes Princesses Royales, ces modèles de vertu, et de piété filiale.

Voici celui de S.A.R. Madame Première.

 

Air : L’Amitié vive et pure, etc.

 

D’un monarque, d’un père,

Voulant célébrer le nom,

En ce riant parterre,

J’importunais Apollon ;

Etendant sur moi son aîle,

D’Hayti l’ange gardien

Me dit : Prends cette immortelle,

A ton père elle revient.

 

Ensuite S.A.R. Madame Athénaïre a fait éclater ses sentiments par ceux-ci.

 

Air : Que le Sultan Saladin, etc.

 

Éclatez, en ce beau jour,

Doux transports de mon amour !

Fumez, encens pur, sincère !

Aux pieds du Roi, notre père !

Répétons, avec ardeur,

En chœur,

En chœur,

Ce refrain cher à l’honneur ;

Vive, Henry ! vive Marie !

Et la Patrie !

 

Qu’un rare et profond talent

De sons et de mots savants

Se fatigue, en vain, la tête

Pour célébrer cette fête ;

Suivons la voix de nos cœurs ;

En chœur,

En chœur,

Chantons ce refrain flatteur :

Vive, Henry ! vive Marie !

Et la Patrie !

 

Bouquet des haytiens

Et de mes tendres liens,

Grand Roi ! reçois l’immortelle

Emblême de notre zèle

Et de tes nobles travaux ;

Bravo !

Bravo !

C’est le bouquet d’un Héros.

Vive Henry ! vive Marie !

Et la Patrie !

 

Le bal qui s’est prolongé fort avant dans la nuit a terminé cette belle journée.

 

PRIX Courant des Denrées.

 

Café première qualité….14g. 50 c. le cent.

Dito inférieur…13 gourdes le cent

Sucre brut. première qualité…5 gourdes le c.

Dito inférieur…4 gourdes le cent.

Cacao…8 dito dito

Indigo…75 cents la livre.

Sirop…63 cents la velte.

 

PRIX Courant des Denrées aux Gonaïves.

 

Café première qualité…15 gourd. c.

Coton…20 gourd. le cent.

Sucre…7. G. 50 c. à 8. g. dito.

Sirop…50 cents. la velte.

 

 

A Sans-Souci, de l’Imprimerie Royale.

25 May 181930 Août 1819

Get in Touch

Comments? Questions? Found an early Haitian newspaper that you’d like to share?

Office

Yale University

203-432-6086

Social