28 October 1819

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This issue stands as a prime example of the war of words that plagued newspaper culture in divided Haiti. At the top of the issue, Baron de Vastey, the newspaper’s editor, takes on Charles Hérard-Dumesle, editor of the southern newspaper L’Observateur. At issue is a report that Dumesle printed about the kingdom of Haiti, likening life there to slavery under French colonial rule. Vastey points to the kingdom’s prosperity, and to the testimony of the many foreigners, like Sir Home Popham of England, constantly in port at Cap-Henry to refute Dumesle’s accusations. More urgently, Vastey takes issue with Dumesle’s claim that northern Haiti does not abound in talented writers, and separately, with the idea that the late Adjutant-General Boisrond-Tonnerre, of Torbeck (in the south) like Dumesle, was the singular author of Haiti’s Declaration of Independence. Vastey confirms in this important issue that the Declaration was the work of many: “Oh! what criminal partiality it is it to attribute to a single writer that which was the work of a concurrence…” (for more on this see Daut, Awakening the Ashes, 219).

 

*Provenance: Archivo General de la Nación, Colombia

Fondo: Ministerio de lo Interior y Relaciones Exteriores (Courtesy Henry Stoll)

 

[No 10]

 

Liberté, Indépendance ou la mort.

 

Gazette Royale d’Hayti,

 

Du 28 Octobre 1819, Seizième de l’Indépendance.

 

De Sans-Souci, le 25 Octobre

 

Nous avons reçu des nouvelles des Cayes, et les papiers publics de cette ville. Un nouvel écrivain du nom de Hérard Dumesle, y rédige un journal sous le titre de L’Observateur, avec cette épigraphe : Au Temps et à la Vérité.

Mais le rédacteur de ce journal s’éloigne beaucoup de l’épigraphe qu’il a prise, du moins en ce qui regarde notre pays ; il marche sur les traces de Milcent [sic] et des Colombel, et lui comme ses consorts du parti français qui règne dans le Sud-Ouest de l’île, travaille dans le but de pervertir l’opinion publique et essayer de ramener nos concitoyens sous le joug de l’esclavage.

Nous allons répondre à quelques uns des articles qui nous concernent, et qui ont plus particulièrement fixé notre attention.

Le but que se proposent la plupart des écrivains du Sud-Ouest, étant de nous décrier dans l’opinion publique, en présentant notre situation actuelle sous de fausses couleurs, nous sommes dans l’obligation de relever au moins quelques unes de leurs assertions mensongères, malgré que nous ne voulions pas entrer avec ces savans dans une guerre de plume, mais il est ici de notre devoir de rectifier l’opinion publique.

Dans le numéro 4 de l’Observateur, il est dit : « le brick de S.M. Britannique le Beaver, a mouillé dernièrement dans la rade du Port-au-Prince, il était chargé des dépêches de l’amiral Sir Home Popham, pour Son Excellence. Le capitaine qui a déjà visité la capitale de la République, a été fort satisfait de l’accueil affectueux qu’il a reçu. »

Ensuite, le rédacteur se plait à prêter au Capitaine que nous savons être le capitaine Cox, un langage et des intentions, qui certainement ne sont pas les siens, lorsqu’il lui fait faire dans un cercle particulier, un parallèle du Cap Henry et du Port-au-Prince ; Il n’est pas difficile de s’imaginer le motif qui a guidé le sieur Hérard, en faisant un tableau hideux de la situation du Cap-Henry.

Selon ce Monsieur, il règne dans cette capitale un calme sinistre, le peuple est dans l’oppression, le commerce languit, les étrangers n’abordent cette ville qu’avec crainte, comme un lieur affecté de la peste, il n’existe point d’établissemens, il n’y avait que deux goëlettes en rade au départ du capitaine, etc. etc. etc. et mille autres semblables absurdités.  [end Page 1]

 

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Les capitaines et officiers du Beaver et de la frégate Iphignie, et tous les étrangers qui sont établis dans les ports du Royaume, seront persuadés de la fausseté de ces imputations. Les officiers britanniques qui ont été fêtés à leur arrivée par les autorités, le peuple, ainsi que par le commerce étranger et national ; dans tous les lieux qu’ils ont vus et visités, dans les parties de plaisirs, les festins et les bals, où ils ont été invités, en ville comme en plaine, n’ont pas dû s’apercevoir au milieu de la joie et de la gaieté, avec lesquelles ils ont été accueillis, de ce calme sinistre, que le Rédacteur de l’Observateur a vu du fond de son cabinet des Cayes.

Ces estimables étrangers se sont convaincus que la liberté règne chez nous, mais sans licence ; ils ont vu que les personnes, les propriétés y étaient respectées, que la justice des lois étaient exécutées, que tous les hommes riches, pauvres, nobles, citadins comme simple citoyens étaient égaux en droit, et justiciables devant la même loi, et les mêmes juges ; et si la liberté règne, l’égalité des droits règne aussi.

Eh ! comment se pourraient-il que l’oppression, la tyrannie et l’esclavage règnassent au milieu d’un peuple qui a conquis sa liberté et ses droits au prix de son sang ? Si cela pouvait être, ne serait-ce pas le comble de l’extravagance et de la folie humaine, et cet état pourrait-il durer ? Ce peuple fier et jaloux de sa liberté, qui a expulsé ses tyrans, pourrait-il en admettre d’autres de sa propre couleur ? Ne s’empresserait-il pas de revendiquer ses droits ?

Messieurs les écrivains du Sud-Ouest, croient-ils qu’il n’y a que dans leur République seulement ou les hommes soient libres ? L’expérience ne prouve-t-elle pas que dans les monarchies bien organisées, on jouit de la vraie liberté, de la garantie des personnes et des propriétés, qui sont le but de toutes les communautés sagement administrées.

Ces étrangers ont vu par l’aisance et l’abondance de toutes choses, que le commerce loin de languir, était dans un état florissant, et qu’au lieu de deux goëlettes, il y’avait une quarantaine de gros bâtiments en rade.

Ils ont vu et visité dans le plus grand détail, nos institutions, nos écoles nationales, nos académies, nos hôpitaux militaires, ils ont prodigué des éloges sur la tenue, l’ordre, la magnificence qui règnent dans ces établissements ; ils se sont accordés à convenir, que les hôpitaux de la Jamaïque n’étaient pas mieux traités que les nôtres.

Ils ont parcouru et visité nos campagnes, ils se sont convaincus que la culture y est florissante, et que les agriculteurs jouissent du bonheur qu’accompagne l’aisance.

Ces faits qui sont positifs et à la connaissance de tout le monde, démentent suffisamment les calomnies de l’observateur Hérard Dumesle, qui se plaît méchamment à les répandre pour discréditer la cause des haytiens et servir celle des français ses compatriotes.

Nous sommes loin de chercher à discréditer nos concitoyens du Sud-Ouest, mais nous aurions désiré voir régner parmi eux le bon ordre, les lois, et qu’ils auraient embrassé, comme nous cet esprit de sagesse et de modération qui nous dirige et avec lequel seul nous pourrons parvenir à concilier les choses pour le bien général de notre pays.

Nous nous sommes apperçus que la prévention et la partialité ont aussi dirigié la plume de M. Hérard Dumesle, dans sa notice sur la littérature du pays. Il ne s’est attaché qu’à citer trois écrivains dans le cercle étroit qu’il s’ést tracé, Pinchinat, Braquehaie, et Boisrond Tonnerre. Il se présente, dit-il, une foule d’autres tels que Juste Chanlatte, etc. Pourquoi ne cite-t-il que cet écrivain du Nord ? pourquoi a-t-il omis à dessein, ce grand nombre d’autres écrivains de cette partie, qui ont consacré leurs plumes et leurs talens au triomphe de la liberté ? c’est sans doute, parce qu’ils n’ont pas écrit dans le sens de M. Hérard Dumesle, et que ces écrivains patriotes se sont attachés à défendre la cause générale des haytiens, qui est nous le voyons bien, très éloigné d’être la sienne.

Nous rendons hommage aux talens comme écrivain, de l’adjutant général Boisrond Tonnerre, secrétaire de feu l’Empereur, mais cette illustre assemblée de guerriers, d’hommes instruits et énergiques dans tous les genres, qui avaient vaillamment combattu les français, cette illustre assemblée, dis-je, ayant à sa tête l’immortel Dessalines qui le Ier Janvier 1804 d’éternelle mémoire, fonda l’Indépendance de son pays et brisa pour jamais les liens que nous attachaient à une métropole injustice et barbare ; ne sont-ce pas ces guerriers, ces citoyens

 

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recommandables qui dictèrent à Boisrond cete acte sublime ? Eh ! qu’elle criminelle partialité d’attribuer à un seul écrivain, ce qui est l’ouvrage du concours de tant de valeurs, de patriotisme et de lumières réunies ?

Depuis cette glorieuse époque qui fera à jamais la gloire de nos neveux, nous le disons avec orgueil, les seuls, oui les seuls écrivains du Nord ont réfuté victorieusement les calomnies, les outrages des français ; ils ont rivalisé avec les guerriers, à qui combattraient avec plus de courage nos oppresseurs ; ils ont détruit l’échafaudage du system colonial et terrassé l’hydre de l’esclavage !

Ne sont-ce pas ces mêmes écrivains, dirigés par l’énergie de leurs chefs, qui ont éclairé le peuple, qui ont alimenté ce feu, cet amour sacré de la patrie, cette haine invétérée pour nos oppresseurs, et qui ont empêcher nos concitoyens de tomber dans les pièges nombreux que les partisans des français n’ont cessé de leur tendre.

Qu’on nous cite un seul écrivain du Sud-Ouest qui ait écrit une seule page en faveur du triomphe de la liberté et en vue d’éclairer la masse de nos concitoyens, et de les arracher de l’abîme creusé sous leurs pas ?

Nous relèverons aussi une assertion de M. Hérard Dumesle, qui nous a paru manquer de justice. Braquehaie, dit-il, est l’auteur de la fameuse lettre écrite à Leclerc, lors de son entrée au Cap. Cette seule pièce est un titre à la réputation. Il y joint ce rare assemblage de l’esprit et des sentiments énergiques qui distinguent le patriote.

Nous rendons pareillement hommage aux talens que possédait l’estimable Braquehaie, mais si M. l’observateur connaissait le chef sous lequel servait alors Braquehaie, il n’avancerait pas comme il l’a fait qu’il fut l’auteur de cette lettre, il ne lui serait pas difficile d’imaginer, puisqu’il convient que cette lettre renferme un rare assemblage d’esprit et de sentimens énergiques, quel en a été l’auteur.

L’infortuné Braquehaie périt victime des français au Cayes [sic], Boisrond a été massacré au Port-au-Prince après la mort de l’Empereur ; M. Hérard Dumesle a gardé le plus profond silence sur le sort qu’ont éprouvé ces deux écrivains.

Nous lui faisons savoir, puisqu’il semble l’ignorer, que Braquehaie avait été prévenu plusieurs fois du sort qui l’attendait, s’il retournait dans sa patrie, par le chef qu’il servait et qui était pénétré d’estime et d’amitié pour lui ; que ce chef n’a cédé qu’à ses pressantes sollicitations, au désir bien naturel et bien louable sans doute de revoir sa famille, en lui permettant de retourner aux Cayes, où à peine cet infortuné fut arrivé, qu’il fut noyé par les français, dans la rade de cette ville.

Nous n’avons fait ces réflexions que pour faire voir à nos concitoyens que M. l’observateur Hérard Dumesle, comme les français qui affectait de publier que les actes des haytiens n’étaient rédigés que par quelques blancs français qui résidaient au milieu de nous ; lui, leur écho fidèle, voudrait faire accroire aussi qu’il n’existait personne autre capable d’écrire que le petit nombre qu’il a cité.

 

 

NOUVELLES ÉTRANGÈRES

 

Traduction de l’Aurore, Gazette Américaine du 18 Septembre

 

Gibraltar, le 19 Juillet.

 

Vous avez sans doute appris le bannissement du ministre marquis Yrujo de Madrid. Il est inutile de vous en parler encore. Une affaire d’une plus grande importance m ;occupe maintenant.

La grande expédition est allée à tous les diables, du moment que vingt mille hommes équipés étaient préparés à partir ; quinze mille ont mis bas les armes et se sont sauvés de toutes parts dans la campagne !

Plusieurs officiers fugitifs sont arrivés ici, lesquels rapportent que O’Donnell leur commandant en chef, qui d’abord avait concerté le plan qui avait pour objet qu’aussitôt que l’expédition serait prête à partir, au lieu d’embarquer les troupes pour l’Amérique du Sud, il les conduirait à Madrid pour y demander la constitution et les Cortez, il avait mis dans le complot les généraux et officiers et les trois quarts de l’armée, l’autre quart a persisté à être du côté de Ferdinand et lui a resté fidèle.

Il ordonna une grande revue de l’armée, dans le dessein disait-il, de tout dire à l’armée, pour consommer l’affaire ; c’était à Ste-Marie à la baie de Cadix où elle devait avoir lieu.

Il donna des ordres secrets que tous les mécontens fussent munis de cartouches sans balles, que les fidèles seulement auraient des cartouches à balles, (au nombre de 5,000) le moment de la revue il prit le commandement des 5,000, et les mit en bataille devant les autres sous prétexte d’avoir des ordres à leur donner, il fit ensuite battre l’ordre d’officiers et les assembla tous dans le centre ; arrivé là il leur dit qu’ils étaient prisonniers,

 

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il se porta ensuite aux autres divisions et leur commanda de mettre bas les armes.

Les troupes se voyant trahies furent frappées comme d’un coup de foudre de voir leurs officiers arrêtés ; mirent enfin bas les armes et s’enfuirent dans une grande consternation par tous les chemins de la ville ; il ne fut fait aucun effort pour les arrêter.

Les officiers furent mis aux cachots, il s’y trouvent dix-huit généraux et huit cents subalternes, O’Donnell lui-même est allé à Madrid pour prendre les ordres du Roi, pour agir dans une telle circonstance.

Telle est l’histoire de cette affaire que nous tenons de ces officiers qui ont fuis ici et des voyageurs qui viennent d’arriver. Personne n’ose en parler dans les lettres ni gazettes.

Ceci vous prouve que l’expédition est détruite et on s’accorde à dire que rien ne peut la rétablir. Il ne faut pas croire qu’une pareille rébellion soit finie-là, nous devons attendre d’autres résultats.

La traité de la Floride est in-statu quo Notre escadre est encore dans Cadix [l’escadre américaine] une partie cependant doit faire voile dans quelques jours pour la Méditerranée.

Plusieurs négocians à Cadix ont trempé dans la conspiration, trois très-riches sont en fuit et viennent d’arriver, un d’eux à donné cent mille gourdes pour sa côte part.

Des troubles viennent d’avoir encore lieu à Valence, le gouverneur Elie, à ce que l’on a dit a été assassiné.

 

Baltimore, le 13 Septembre

 

Le capitaine Glasan du Sarra Ann est arrivé de la Havanne, rapporte que le 29 Août dernier, la frégate espagnole Sabina, ayant sous son convoi douze transport portant 3000 hommes de troupes, Don Joseph Cienta Fuegos, gouverneur de cette île est remplacé par Don Juan Manuel Cayigal, nouveau gouverneur.

Les habitans blancs de cette île étaient dans la plus grande consternation à l’égard de plusieurs insurrections de noirs qui venaient d’avoir lieu.

Il est arrivé dans un jour cinq bâtimens, sortant de la traite avec 1500 africains.

 

Mouvement de la rade du Cap-Henry depuis le 20 Octobre

 

BATIMENS Etrangers, entrés dans ce Port

 

Le bateau danois le Télégraphe, de St-Thomas, captaine A. Cavino.

La goëlette américaine George, capitaine T. Buster sortant de Norfolk.

La goëlette danoise, la Marie, capitaine Anderson, sortant de St-Thomas.

La goëlette anglaise John, sort des Gonaïves.

Le brick américain Francis, capitaine J. Davis, sortant des Étas-Unis.

La goëlette américaine le Governor, capit. J. Hatchin, sortant de Newbury-Port.

Il est aussi entré un bateau chargé de farine, riz, etc. conduit par un officier et quatre matelots du corsaire de Vénézuella [sic] Elcaroni capitaine Lomini.

L’officier a déclaré, que le corsaire Elcaroni, dans sa croisière aux environs de l’île de Cube, ayant apperçu sous le vent à lui, deux voiles qu’il donna chasse, et parvint à atteindre ledit bateau, à bord duquel on ne trouva personne, ni papiers ; l’autre bâtiment qui était une goëlette pirate, qui sans doute, le convoyait, s’est échappé à l’aide de ses avirons.

Le corsaire mit un officier et quatre hommes abord du bateau, avec ordre de se rendre à l’île de la Marguerite, mais l’était de détresse où se trouvait ledit bateau, l’a obligé d’entrer dans ce port.

La cour de l’amirauté, près de laquelle cette déclaration a été faite a nommé des experts, à l’effet de visiter et constater l’état dudit bateau et de sa cargaison.

Il n’y a pas de doute, que le bâtiment et sa cargaison, ne soient condamnés à être vendus conformément aux lois, et les fonds en provenans déposés chez un négociant qui fournira caution, jusqu’à ce que la cour obtienne de plus amples informations, attendu qu’on n’a pu présenter aucun papier ni personne appartenant à l’équipage dudit bateau qui pussie constater le véritable propriétaire.

A Sans-Souci, de l’Imprimerie Royale.

 

10 Septembre 18194 Novembre 1819

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